La justice iranienne a annoncé mardi l'arrestation de douze personnes, accusées d'avoir participé à l'attentat ayant fait 13 morts en avril dans une mosquée à Shiraz (sud), et qui ont "avoué" avoir reçu une aide financière des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.
"Jusqu'ici, 12 individus ont été arrêtés en lien avec l'incident terroriste (...) des explosifs, des armes, des équipements et du cyanure ont été saisis", a déclaré le porte-parole de la justice, Alireza Jamshidi lors de son point de presse hebdomadaire.
"Ils sont actuellement interrogés et ont avoué leurs liens avec des étrangers, en particulier avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis", a ajouté M. Jamshidi, qui a affirmé qu'ils "seront sévèrement punis".
Les autorités iraniennes avaient annoncé la semaine dernière l'arrestation de six personnes.
Selon M. Jamshidi les individus arrêtés ont reçu "un entraînement pour fabriquer des bombes et, en vérifiant leurs comptes bancaires, le soutien financier par les étrangers aux terroristes est devenu clair".
"Ces choses sont désormais claires, ils les ont avoué, ils ont avoué leurs liens avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne", a ajouté le porte-parole.
Téhéran a imputé jeudi à des groupes monarchistes soutenus par les pays occidentaux l'attentat qui a fait 13 morts et 200 blessés à Shiraz le 12 avril, après avoir annoncé la veille l'arrestation du cerveau de l'opération.
Les autorités iraniennes avaient un temps affirmé que l'explosion, qui s'était produite dans une mosquée bondée, était accidentelle.
"Ils projetaient de commettre d'autres attentats à la bombe dans des endroits très fréquentés", a encore affirmé M. Jamshidi.
Les journaux iraniens ont rapporté, citant des sites internet, que les personnes arrêtées avaient planifié un attentat à la foire du livre de Téhéran, qui s'est achevé dimanche.
Des attentats meurtriers ont été perpétrés ces dernières années dans des villes frontalières de l'Iran, où résident des minorités ethniques. Les autorités iraniennes ont accusé les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d'en être les instigateurs.
Mais une attaque dans une ville telle que Shiraz, l'une des plus grandes du pays, est sans précédent. Cette cité historique est éloignée de toute zone frontalière et ne compte pas de minorités importantes.
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mardi 13 mai 2008
Attentat de Shiraz: l'Iran arrête 12 personnes, accuse les USA et la GB
vendredi 9 mai 2008
Iran, Pakistan, Inde, ou l’entente gazière
Pour sa première visite à New Delhi, le 29 avril 2008, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad n’est resté que quelques heures, mais son passage a marqué les esprits. D’abord par la qualité de ses rencontres : la présidente de la République Pratibha Patil et le premier ministre Manmohan Singh. Ensuite par la relance du projet de gazoduc reliant l’Iran à l’Inde en passant par le Pakistan. Ce dernier semble désormais sur les rails, la construction devant commencer d’ici à 2010. Tous les détails ne sont pas encore réglés - il s’en faut de beaucoup. Mais le principe est retenu. « Le gazoduc est faisable, a déclaré lors d’une conférence de presse le ministre indien des affaires étrangères, M. Shiv Shankar Menon, et c‘est plus qu’un accord commercial. » (Agence France-Presse, 29 avril 2008.)
Pour saisir l’importance ces progrès, il faut savoir que les premières négociations datent de… 1994. L’idée de départ est de puiser dans les énormes réserves gazières de l’Iran (les deuxièmes plus importantes du monde) pour alimenter les besoins énergétiques de l’Inde, qui grimpent à vive allure et sont couverts aux trois quarts par des importations. (Lire « Actualité stratégique en Asie », n° 8, 15 mars 2007.) Rien de plus logique que de construire un gazoduc long de 2 700 kilomètres, qui, selon les prévisions actuelles, apporterait 90 millions de mètres cubes de gaz par jour à l’Inde, et 50 à 60 millions de mètres cubes au Pakistan. Plus simple et moins coûteux à terme que par la mer (voir Philippe Rekacewicz, « En Asie, des projets de construction de voies d’acheminement du pétrole et du gaz »). Mais, depuis quatorze ans, les discussions se sont enlisées. Nombres d’experts ont même cru le projet définitivement enterré, au début des années 2000. D’où l’importance de ces pourparlers relancés la semaine dernière. Et cela, à plus d’un titre.
1. Le pipeline de la paix
Ce nouveau coup d’envoi signifie, d’abord et avant tout, un accord entre l’Inde et le Pakistan, qui ont connu des guerres à répétition pour le partage du Cachemire - la dernière en date remontant à 1999, sur fond de course à l’armement nucléaire (lire Jean-Luc Racine, « Entre Washington et les talibans, les ambiguïtés du Pakistan », février 2007). Jusqu’à présent, les relations entre les deux voisins étaient si détériorées que la traversée du territoire pakistanais apparaissait inacceptable aux yeux des dirigeants indiens (et de la population). « Pas question de laisser notre indépendance énergétique entre les mains d’Islamabad », m’expliquait encore, en 2005, un diplomate indien qui voyait déjà le général Pervez Moucharraf fermant de ses propres mains les robinets du gazoduc et privant l’Inde d’une énergie si indispensable. Certes, depuis 2001, le dialogue a repris entre les frères ennemis, et progressivement les échanges commerciaux se sont étoffés. Mais on reste fort loin de l’entente cordiale et de la paix.
C’est dire le changement d’attitude de part et d’autre dont témoigne cet accord tout neuf pour la mise en place des tuyaux gaziers. En effet, le 25 avril 2008, les deux ministres du pétrole, M. Murli Deora pour l’Inde et M. Khwaja Asif pour le Pakistan, sont arrivés à « un consensus sur les principes pouvant aboutir à un accord », selon leur déclaration commune. Les « deux parties, est-il précisé, reconnaissent l’immense valeur économique et stratégique du pipeline » (« India, Pakistan hope IPI pipeline will begin next year », Indianews.com, 25 avril). « L’Inde, a commenté M. Deora, croit que la coopération économique avec ses voisins n’est pas seulement une nécessité mais qu’elle permet d’établir la confiance et de renforcer les relations ». Ce « pipeline de la paix », comme on l’appelle parfois, a donc une importance autant diplomatique qu’énergétique. Comme le notait le commentateur Edward Luce, ancien collaborateur de M. William Clinton au milieu des années 2000, « ce serait un puissant incitatif au maintien de la stabilité entre l’Inde et le Pakistan » (In Spite of the Gods. The Strange Rise of Modern India, Little, Brown, Londres, 2006).
Le différend sur le montant des droits et des taxes pour le transit n’est pas effacé : le Pakistan réclamait deux fois plus que ne le proposait l’Inde, jusqu’à une date récente. Mais New Delhi et Islamabad cherchent un compromis. Et l’accord élaboré par les deux ministres du pétrole devrait être ratifié par leurs gouvernements respectifs.
2. L’ingérence américaine en échec
Depuis son rapprochement avec New Delhi (lire Christophe Jaffrelot, « Pari américain pour l’Inde », septembre 2006), l’administration américaine fait pression pour que les autorités indiennes abandonnent ce projet. Le porte-parole du département d’Etat, M. Sean McCormak, a « mis en garde » ses partenaires (le Pakistan comme l’Inde) contre ce projet. Et d’ajouter : « Alors que l’Iran est sous le coup de sanctions de la part de la communauté internationale, est-ce bien le moment de conclure un accord avec l’Iran ? » (« India, Iran to discuss pipeline, ignoring US fears », Bloomberg.com).
En fait, les Etats-Unis espéraient que l’Inde troquerait ce projet contre un autre, tout aussi ambitieux mais plus maîtrisable à leurs yeux : le futur gazoduc reliant le Turkménistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde. Les troupes de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), que M. Nicolas Sarkozy vient de renforcer avec un contingent français, étaient censées sécuriser ces approvisionnements. On sait ce qu’il en est…
Certes, les quatre pays concernés ont relancé les pourparlers à la mi-avril. Mais l’enlisement occidental en Afghanistan et la menace d’un retour des talibans éloignent toute idée de construction à court terme d’un tel gazoduc. L’Inde préfère tenir que courir et refuse de mettre tous ses œufs énergétiques dans le même panier (proaméricain). D’où les pas accomplis pour la construction du gazoduc reliant l’Iran, malgré les risques et les instabilités qui perdurent au Pakistan (lire Selig S. Harrison, « Contestation indépendantiste au Baloutchistan », octobre 2006).
3. Un certain non-alignement indien
En recevant le président iranien et en redonnant vie au projet de gazoduc, le premier ministre Manmohan Singh a voulu marquer l’autonomie indienne. D’une part, à un an des élections, son gouvernement doit faire face à une forte opposition, au sein même de la coalition qui le soutient. Plusieurs partis et un grand nombre d’intellectuels lui reprochent un alignement trop marqué sur Washington. Ainsi, par exemple, sept anciens dirigeants d’organismes officiels pour l’énergie nucléaire ont rédigé une note publique où ils pointent les dangers de l’accord passé avec les Etats-Unis – et toujours pas ratifié par le Parlement indien (The Hindu, 16 décembre 2006). D’autre part, les difficultés militaires en Afghanistan, l’enlisement dans la guerre d’Irak ne plaident guère pour une diplomatie totalement calquée sur le géant américain, même lorsque l’on est, comme New Delhi, à la recherche d’une stature internationale. Tout en ménageant les susceptibilités américaines, le premier ministre indien tente de naviguer entre les récifs, optant pour la solution lui paraissant la meilleure pour l’Inde. C’est ainsi que New Delhi a voté le renforcement des sanctions à l’encontre de l’Iran à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en 2005 et en 2006 sans pour autant rompre les liens économiques et diplomatiques. Il est évident que les besoins énergétiques indiens jouent un rôle, mais l’on aurait tort d’oublier le volet politique. Il faut aussi se rappeler que l’Inde est le deuxième pays musulman du monde (derrière l’Indonésie, mais devant le Pakistan).
Les dirigeants indiens veulent-ils revenir aux origines du non-alignement cher à Jawaharlal Nehru ? Il est sans doute trop tôt pour l’affirmer. Mais le fait est qu’ils n’ont pas cédé aux injonctions de l’administration Bush.
Martine Bulard
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dimanche 4 mai 2008
Iran: l'inflation sur 12 mois a atteint 19,1% en avril
Le taux d'inflation a atteint 19,1% en Iran sur les douze mois précédant le 19 avril 2008, avec une forte accélération au cours des derniers mois, ont rapporté dimanche les journaux iraniens citant des chiffres officiels.
L'inflation en mars dernier sur 12 mois avait été annoncée à 18,4%. Ce taux s'établissait à 12,8% en avril 2007.
L'inflation est plus forte dans les zones urbaines, selon la Banque centrale, qui a précisé que le taux atteignait 19,5% à Téhéran pour avril, précise la presse.
L'ex-ministre de l'Economie, Davoud Danesh Jaafari, qui a durement critiqué l'amateurisme de l'entourage du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, avait affirmé début avril, peu avant son départ, que "le gouvernement avait échoué à contrôler l'inflation".
Cette inflation est notamment le fruit d'une injection massive dans le circuit économique de fonds publics, rendue possible par la hausse des revenus de la vente du pétrole.
Le président Ahmadinejad a largement puisé dans cette cagnotte pour distribuer de l'argent à travers le pays, notamment en attribuant de petits prêts à taux faible, et financer des projets d'infrastructures, gonflant la masse monétaire en circulation de près de 40% au cours de l'année iranienne passé (mars 2007 - mars 2008).
De nombreux responsables politiques et religieux ont critiqué cette politique économique, qui a entraîné une forte hausse de l'inflation.
Selon les experts, l'inflation devrait encore s'accélérer au cours des prochains mois. Certains spécialistes estiment que le chiffre officiel de l'inflation est en dessous de la réalité et que ce taux dépasse en fait les 25%.
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samedi 3 mai 2008
Nucléaire iranien: nouvelles mesures incitatives pour Téhéran
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l'Allemagne, réunis vendredi à Londres, sont convenus de faire de nouvelles propositions à l'Iran pour l'inciter à renoncer à son programme nucléaire, a annoncé le chef de la diplomatie britannique, David Miliband.
"Je suis heureux de dire que nous sommes parvenus à un accord sur une offre à présenter au gouvernement iranien", a-t-il dit à la télévision. Il a ajouté que les détails de cette offre ne seraient pas rendus publics.
Toutefois, un diplomate d'un pays de l'Union européenne a indiqué par la suite qu'aider Téhéran à développer de l'électricité nucléaire restait au coeur de la nouvelle offre qui renferme des éléments économiques propres à la rendre plus séduisante.
Jeudi, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice avait fait part de son scepticisme quant à de nouvelles mesures incitatives pour encourager l'Iran à mettre fin à son programme d'enrichissement d'uranium.
Elle avait à l'inverse appelé à une application plus stricte des sanctions décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies contre Téhéran.
Pour les Etats-Unis et plusieurs pays occidentaux, le programme nucléaire iranien masque le développement clandestin d'armes atomiques. Téhéran dément et assure ne vouloir que produire de l'électricité pour pouvoir exporter une plus grande partie de ses hydrocarbures.
L'Iran a rejeté une proposition incitative formulée en juin 2006 et a affirmé que les sanctions n'avaient pas d'effet sur son programme nucléaire.
Arshad Mohammed, version française Guy Kerivel
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Il ne faut pas avoir peur de l'Iran
L'Iran, soupçonné de vouloir se doter de l'arme atomique, est frappé de sanctions internationales et, régulièrement, à Washington, l'idée d'une opération militaire refait surface. L'image de ce pays se réduit souvent à l'étranger à celle des diatribes inquiétantes de son président, Mahmoud Ahmadinejad, pour "rayer Israël de la carte". Faut-il vraiment avoir peur de l'Iran ?
L'Iran n'a pu exporter sa révolution islamique, mais garde une capacité de nuisance, au Sud-Liban avec le Hezbollah, en Irak ou ailleurs. En réalité, l'Iran est faible. Il crie d'autant plus fort, comme Ahmadinejad, qu'il veut "détruire Israël" qu'il sait qu'il n'en a pas la capacité. Téhéran sait qu'il ne peut rien régler dans la région, mais aussi que rien ne s'y réglera sans lui. Et cette certitude le fait crier encore plus fort. L'Iran fait peur, parce qu'on le réduit à quelques images fortes et qu'on n'essaye pas de comprendre ce qu'est ce pays aujourd'hui. Beaucoup en Occident traitent la République islamique comme si elle était illégitime et transitoire. Pourtant, la révolution de 1979 était une révolution fondamentale.
De quoi est faite l'identité iranienne ?
C'est la synthèse oscillante de trois facteurs : le nationalisme, l'islam, et la volonté d'être un acteur de la communauté internationale. Le nationalisme est une donnée ancienne, l'Iran a été le premier Etat indépendant de la région au Ve siècle avant J.-C. L'identité islamique avec le chiisme comme religion d'Etat remonte au XVIe siècle, sous chah Abbas. Le chiisme a façonné l'Iran comme le catholicisme a marqué la France. Le dernier facteur, c'est l'aspiration internationale, au sens de progrès scientifique, d'échanges. L'Iran a été le premier pays de la région où du pétrole a été trouvé en 1908, mais il est resté en marge de la révolution industrielle. Il y a trente ans, tout ce qui était novateur, scientifique, venait d'Occident, les physiciens étaient formés en France. A présent, ils sont formés en Iran. Il y a 2 300 000 étudiants, ils étaient 170 000 à la fin du chah Reza Pahlavi. Malgré l'image rétrograde qu'il projette, Ahmadinejad lui-même est ingénieur. En matière de technologie, les Iraniens ne veulent plus être de simples consommateurs de produits américains et français, mais des partenaires. Le pays a un potentiel de modernité étonnant et les moyens de participer à la mondialisation. D'où ce désir de s'intégrer à la vie du XXIe siècle.
C'est de là que vient le consensus unanime en Iran sur la recherche nucléaire ?
Je le pense. Personnellement je n'ai pas d'information confirmant ou non un programme militaire. Ce qui est évident, c'est que l'Iran, quel que soit à l'avenir son régime politique, aura la capacité scientifique de produire, s'il le souhaite, une arme nucléaire, comme le Japon ou l'Allemagne. C'est pour cela qu'il faut le prendre au sérieux. Il faut exiger qu'il tienne ses engagements mais aussi bénéficie de ses droits. Il y a une composante nationaliste évidente là derrière : chercher à acquérir une technologie autonome pour défendre éventuellement la patrie, c'est quasiment du gaullisme. Il y a aussi un défi scientifique. Voilà un pays sous embargo qui a réussi à enrichir de l'uranium à 4 %. C'est un brevet de modernité, dont même les Iraniens réfugiés aux Etats-Unis, qui vomissent Ahmadinejad et sont contre la bombe, sont fiers. Ensuite, il y a la récupération politique par le gouvernement et sa façon de négocier qui divise les Iraniens.
Le jeu politique consiste ainsi à gérer les tensions entre ces composantes de l'identité iranienne ?
En grande partie. Le chah Mohammad Reza Pahlavi a voulu marginaliser le chiisme. C'est une des raisons de sa chute en 1979. Plus tard, le président réformateur Mohammad Khatami, bien que religieux, a échoué, lui, pour avoir malmené les gardiens du dogme. Après huit ans d'une guerre avec l'Irak (1980-1988) qui combinait le côté patriotique et islamique, l'Iran voulait s'ouvrir à l'international. En 1997, le premier discours de politique étrangère de Khatami s'adressait "au peuple américain". Mais malgré le soutien de la grande majorité de la société civile, le mouvement réformateur a été paralysé par la double opposition du Guide Ali Khamenei, gardien du dogme, et des neocons américains qui voulaient un changement de régime et non juste des réformes en Iran.
Le mot réformateur est ambigu...
Khatami voulait infléchir la politique, pas changer le régime. Même s'ils critiquent le gouvernement et le régime, l'immense majorité des Iraniens et les partis politiques ne veulent pas d'une autre révolution. Je suis étonné quand des élus à Paris ou Bruxelles me demandent les chances en Iran du fils du chah ou des Moudjahidins, ces opposants de gauche qui ont viré à la secte politique et se sont discrédités en combattant auprès de Saddam Hussein. Ils ne représentent rien. C'est comme si on s'interrogeait sur les chances du comte de Paris en France ou des Khmers rouges au Cambodge... La société iranienne a subi une évolution profonde et durable depuis 1979. Toute une génération n'a connu que ce bain islamo-nationaliste. Une classe moyenne s'est créée. L'Iranienne d'aujourd'hui est fille de gardien de la révolution. Elle a un BTS de chimie et a épousé le commerçant du coin. Que veut-elle ? Sa place dans la société et un retour dans sa vie de la richesse du pays. Elle connaît le monde à travers Internet et sent que son pays doit s'ouvrir. Face à l'essor de cette société qui avance toujours plus, le pouvoir, paniqué, tente de l'étouffer sous la répression.
On voit aussi émerger une nouvelle génération de politiciens...
Ces jeunes qui avaient 20 ans à la révolution et ont connu la guerre en ont aujourd'hui 45-50. Ce sont des laïques, bons musulmans. Beaucoup viennent des anciens gardiens de la révolution (pasdarans), l'armée idéologique, ou des bassidjis, les milices volontaires. Leur arrivée dans la vie politique n'est pas une militarisation en soi, c'est normal dans un pays où des millions de jeunes se sont battus. Ils ont différentes approches. Ahmadinejad vient des bassidjis et représente les 20 % d'Iraniens traditionnels et conservateurs qui, même lorsqu'il s'agit de goudronner une route, disent agir pour la venue du Mahdi (Messie). Pour eux, le martyre est une réponse politique aux problèmes internationaux de l'Iran et tout ce qui est occidental est hostile.
Pourquoi le Guide a-t-il soutenu Ahmadinejad à la présidentielle de 2005 ?
En fait, le Guide a voulu porter au pouvoir la nouvelle génération des "fils de la révolution", fidèles aux principes de la République, mais capables de mettre fin à l'isolement du pays. Ahmadinejad paraissait le candidat le plus docile. Il faisait contrepoint à la phase khatamiste dont la politique d'ouverture était allée, de l'avis du Guide, trop vite, et trop loin. Or, Ahmadinejad a tout bloqué avec ses agressions verbales et sa méfiance vis-à-vis de l'extérieur. Le constat est accablant. L'économie va très mal et le pays est encerclé par la présence militaire américaine en Irak, en Afghanistan et dans le golfe Persique. Malgré sa richesse en gaz et en pétrole, l'Iran a besoin de 15 milliards de dollars par an pour maintenir les exportations. Au lieu d'investir, le gouvernement populiste d'Ahmadinejad distribue l'argent du pétrole. Le reste de ses exportations se réduit aux tapis et aux pistaches, comme au XVIe siècle. Alors, ces anciens combattants qui ont rêvé d'un Iran islamique fort se sentent floués par les mollahs qui ont laissé aller les choses et par Ahmadinejad, qui a isolé un peu plus le pays. Certains convaincus, surtout depuis les sanctions, que si rien ne change, l'Iran n'a pas d'avenir, tentent une troisième voie entre réformateurs et conservateurs.
Quel est le but de cette troisième voie ?
Etablir un Iran moderne sans perdre son identité. Ils ont compris l'erreur de Khatami : hors du Guide, point de salut. Rangés sous sa bannière ils défendent les valeurs fondamentales. Plus que conservateurs, ils se disent "fondamentalistes" "osulgaran", d'"osul", le fondement. Ce n'est pas un parti, mais des personnalités comme Ali Larijani, l'ex-négociateur du dossier nucléaire, ou Mohsen Rezaï, chef des pasdarans durant la guerre. Le plus marquant est le maire de Téhéran, Mohammad-Bagher Qalibaf. Candidat malheureux en 2005 à la présidence, il se présentera sans doute en 2009. A 23 ans, sur le front, il commandait 15 000 hommes à la bataille de Khoramchahr. C'est un Bonaparte iranien, avec une vision dynamique des relations avec l'étranger. Il s'est rendu cette année à Davos. Il veut rallier les classes moyennes, sortir l'Iran du désastre économique, lui rendre une crédibilité. Face à Ahmadinejad, des accords sont possibles entre lui, les réformateurs et les pragmatiques de l'ancien président Rafsandjani.
La suprématie du religieux sur le politique en Iran ne bloque-t-elle pas le jeu ?
Tout est mêlé, tout le monde contrôle tout le monde. Il y a des débats très vifs au Parlement, et en même temps, on l'a vu aux législatives, en mars, les rouages de contrôle religieux sélectionnent les candidats en amont. Le Guide, en haut de la pyramide n'est pas un dictateur pour autant. Son rôle de gardien du dogme, c'est de dire "non". Pas d'imprimer sa propre ligne, juste d'indiquer les limites du possible. Parfois, ses choix semblent contradictoires, en fait, c'est un arbitre. Et en ce moment, il cherche qui est porteur d'avenir parmi ces clans qui se déchirent. En attendant, le système, bloqué, a des aspects despotiques terribles. Certains songent à le changer de l'intérieur. De grands intellectuels religieux comme Mohsen Kadivar estiment même qu'il faut remettre l'islam à sa place, celle d'un idéal philosophique et spirituel car cet islam politique exacerbé n'est bon ni pour la religion ni pour la société. Une société dans laquelle les jeunes, notamment les femmes, majoritaires à l'université, étouffent. D'autres tombent dans la drogue.
C'est pourquoi, je crois qu'il faut oser parler avec l'Iran. Il faut le faire participer à ce bain de valeurs universelles qui irrigue le reste du monde. Mais sans imposer un modèle extérieur. Le Prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, est un bon exemple : elle défend les droits de l'homme, mais ne renie ni sa culture ni sa religion. Il y a d'autres Shirin Ebadi en Iran. Sur le plan politique, Qalibaf et les adeptes de la troisième voie ont peut-être une chance de faire évoluer les choses. Là encore, cela dépendra des Iraniens, mais aussi de nous Occidentaux. Et sans doute du résultat de l'élection présidentielle aux Etats-Unis.
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vendredi 2 mai 2008
Délégation irakienne en Iran, double attentat au nord de Bagdad
Une délégation de la coalition emmenée par le Premier ministre irakien Nouri al Maliki s'est rendue en Iran pour demander à Téhéran de cesser de soutenir des milices chiites, alors qu'une localité au nord-est de Bagdad a été endeuillée jeudi par un double attentat suicide.
Une délégation de l'Alliance irakienne unie (AIU) s'est envolée mercredi pour l'Iran afin de "demander au gouvernement iranien d'arrêter de financer et de soutenir les groupes armés", a déclaré Sami al Askari, un influent député de l'AIU, qui comprend les principaux partis chiites soutenant Maliki.
Djalal al Din al Saghir, un autre député de l'AIU, a expliqué que l'envoi de cette délégation avait été décidé au vu de "la grave détérioration de la sécurité récemment survenue en Irak".
Ce regain de violence a encore été illustré, jeudi, par un double attentat suicide qui a fait au moins 30 morts et 65 blessés sur un marché, dans une localité située au nord-est de Bagdad.
Un second kamikaze s'est fait exploser alors que la foule se précipitait pour porter secours aux victimes de la première attaque, une tactique souvent utilisée par les activistes pour faire un maximum de victimes.
D'après des chiffres communiqués par le gouvernement irakien, le mois d'avril a été le plus meurtrier pour les civils depuis août de l'an dernier.
IMPORTANTE SAISIE D'ARMES IRANIENNES
Par ailleurs, le commandant en chef des forces alliées en Irak, le général David Petraeus, a annoncé à Londres qu'un nombre "très, très significatif" d'armes iraniennes avaient été saisies depuis le début, fin mars, de l'offensive menée contre les milices.
Interrogé par la BBC à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre britannique Gordon Brown, Petraeus a déclaré que plus d'un millier d'obus de mortier et d'artillerie, des centaines de roquettes et des dizaines de bombes antichars avaient été saisis.
Des responsables américains accusent depuis longtemps l'Iran de fournir des roquettes, des bombes sophistiquées et une formation à des combattants chiites en Irak. Téhéran a nié soutenir les milices, qui disent obéir à l'imam radical chiite Moktada Sadr, lequel serait en Iran selon les Etats-Unis.
Washington s'est réjoui de la visite d'une délégation irakienne en Iran. "C'est une étape très importante", a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates.
"Je pense que les Iraniens se préoccupent de leurs futures relations avec l'Irak (...) Veulent-ils travailler avec le gouvernement irakien ou cherchent-ils à renverser le gouvernement irakien?", a-t-il interrogé.
Le porte-parole du gouvernement irakien, Ali Al Dabbagh, a déclaré que la délégation demanderait des réponses précises au régime iranien, notamment sur la question de l'armement des milices.
"Toutes les questions qui ont été soulevées seront évoquées (...). Nous attendons et nous voulons que l'intervention de l'Iran (en Irak) se fasse par le biais du gouvernement élu et non par un tiers", a-t-il dit, sans préciser quels seraient les interlocuteurs côté iranien.
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Un ministre israélien affirme que l'Iran maîtrisera la fabrication de la bombe nucléaire dans quelques mois
Le ministre israélien Shaul Mofaz, ancien ministre de la Défense et ex-chef de l'état-major, a estimé jeudi que l'Iran pourrait posséder la technologie de fabrication de la bombe nucléaire dès cette année, avec au moins un an d'avance sur les prévisions les plus pessimistes.
Israël devrait "être prêt pour un tel scénario", a-t-il déclaré jeudi à la Radio de l'armée, après avoir exposé son point de vue la veille dans un discours à l'Université américaine de Yale, selon sa porte-parole Talia Somech. M. Mofaz n'a pas fourni d'éléments étayant sa nouvelle estimation.
Téhéran affirme que ses travaux nucléaires ont un but strictement civil, et le régime islamique refuse donc d'interrompre les activités les plus sensibles liées à l'enrichissement d'uranium. Nombre de pays, au premier rang desquels les Etats-Unis et l'Etat hébreu, soupçonnent l'Iran de développer un programme militaire clandestin. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad appelle régulièrement de ses voeux la destruction d'Israël.
Le bureau du Premier ministre israélien Ehoud Olmert s'est refusé à tout commentaire des propos de Shaul Mofaz. Jusque-là, le renseignement militaire israélien estimait que l'Iran pourrait fabriquer une bombe nucléaire dans un ou deux ans.
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