L'analyse de Renaud Girard, grand reporter au service étranger du Figaro.
Mercredi dernier, l'Iran procède à des tirs d'essai de missiles à longue portée, dont les images télévisées font le tour du monde. Jeudi, le secrétaire d'Etat Condoleeza Rice annonce que les Etats-Unis ont renforcé leur présence militaire dans la région. Le monde est-il reparti dans la spirale vicieuse conduisant à une nouvelle guerre sur les rivages du golfe Persique, qui serait provoquée par un bombardement israélien ou américain, peu importe des installations nucléaires iraniennes ?
Tout se passe-t-il comme si deux trains fous avaient été lancés sur la même voie en sens contraire, que tout le monde voyait venir la collision mais que personne ne pouvait ou n'osait les arrêter ? Le président iranien Ahmadinejad, un islamiste illuminé, serait le conducteur du premier train fou ; le vice-président néoconservateur américain Dick Cheney, celui du second. Heureusement, ces deux cheminots ne disposent pas, chez eux, de la décision suprême de faire la guerre. En Iran, elle appartient au guide suprême de la révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei. À Washington, l'influence des néoconservateurs sur le président George W. Bush a beaucoup diminué, en raison du fiasco irakien. Robert Gates, le respecté secrétaire à la Défense, est opposé à l'ouverture d'un troisième front en Iran, alors que les forces américaines peinent à stabiliser l'Afghanistan et l'Irak.
Aux États-Unis, la Rand Corporation, un institut indépendant, vient de publier une étude montrant que des frappes contre les installations d'enrichissement d'uranium iraniennes seraient contre-productives. Non seulement elles ne modifieraient en rien le programme nucléaire iranien, mais elles rallieraient, dans un réflexe nationaliste, la totalité de la population iranienne au régime, alors que celui-ci est devenu impopulaire à cause de ses échecs économiques. La Rand préconise au contraire la création de conditions permettant le rétablissement d'un dialogue direct et de haut niveau entre Washington et Téhéran.
De surcroît, on ne voit pas le Congrès en majorité démocrate donner l'autorisation au président Bush d'entrer en guerre contre l'Iran, de même qu'on ne voit pas la Maison-Blanche se passer de l'aval du Capitole pour ordonner des frappes aériennes aux conséquences incalculables.
Mais, dans les scénarios du pire, il reste celui de la double détente. Première phase : un raid israélien sur les installations nucléaires de l'Iran. Deuxième phase : des représailles iraniennes visant à fermer le détroit d'Ormuz, dans le Golfe, afin d'assécher l'approvisionnement pétrolier de l'Occident. Troisième phase : les Américains sont obligés d'intervenir militairement pour rétablir la liberté de navigation dans le Golfe. Quatrième phase : les pasdarans iraniens se vengent en bombardant à coups de missiles les bases américaines et les pays arabes les abritant, à commencer par le Qatar.
En Irak, les miliciens chiites de l'Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr lancent une offensive générale contre les soldats américains. Le Golfe s'embrase. Le Proche-Orient aussi, car on ne voit pas le Hezbollah libanais, filleul des pasdarans, rester les bras croisés face à Israël. Le baril de pétrole passe à 500 dollars, la Russie est le seul pays gagnant. À ce scénario du pire s'oppose le cercle vertueux suivant : phase un, les États-Unis ouvrent un dialogue direct avec l'Iran. Phase deux, Téhéran facilite la stabilisation du Sud irakien ; Washington met fin à son embargo technologique frappant l'industrie pétrolière iranienne. Phase trois, l'offre de pétrole augmentant, le prix du baril se stabilise. Phase quatre, on reprend, de manière apaisée, la négociation nucléaire avec l'Iran. Le monde entier est gagnant…
La France s'honorerait à jouer un rôle d'«honest broker» (intermédiaire sincère) entre l'Amérique et l'Iran, afin que prévale le scénario vertueux.
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samedi 12 juillet 2008
Iran : le scénario du pire n'est pas une fatalité
vendredi 11 juillet 2008
La photo retouchée des missiles iraniens
Sur une photographie diffusée par les Gardiens de la révolution en Iran, quatre missiles s'élèvent d'un endroit non précisé du désert iranien, laissant derrière eux une traînée et des nuages de fumée au sol. Publié par Sepah News, page Web d'info et de relations publiques de l'armée d'élite du régime iranien, ce cliché a un objectif : illustrer le lancement d'un total de neuf missiles, dont un missile Shahab 3 qui serait capable d'atteindre Israël, selon la chaîne de télévision iranienne en arabe Al-Alam.
Mais cette photo aurait été retouchée pour ajouter le deuxième missile à partir de la droite. C'est ce que suppose Mark Fitzpatrick, expert à l'Institut international d'études stratégiques (IISS) et ancien responsable au département d'État américain. Selon lui, l'un des quatre missiles présents sur la photo a, "semble-t-il", été ajouté en copiant des éléments pris des autres engins, à savoir les panaches de fumée et les nuages de poussière.
D'après l'expert, les motivations des Gardiens de la révolution sont simples : "On dirait vraiment que l'Iran a retouché la photo pour dissimuler ce qui était apparemment l'échec d'un tir de missile." Et il poursuit : "L'objectif du test était d'envoyer un signal. L'Iran a donc à la fois exagéré les capacités du missile dans ses déclarations et, semble-t-il, également retouché les photos."
Pour Barah Mikhaïl, chercheur à l'Iris joint par lepoint.fr, l'image retouchée "donne une impression de force, car le cadre de la photo est entièrement rempli". "Il s'agit d'une entreprise d'exposition de muscles de la part de l'Iran. Tout moyen est bon pour montrer le potentiel effectif de l'Iran", poursuit ce dernier.
Un trucage "grossier" et "mal fait"
Des professionnels de l'image doutent aussi de l'intégrité du cliché. "C'est une photo truquée. On voit tout de suite que le missile a été dupliqué", a affirmé Gérard Issert, technicien en traitement d'images aux laboratoires Granon, l'un des grands laboratoires photo parisiens. "Les missiles n'ont pas été tirés sur le même plan. Or, ils font la même taille sur la photo." Sur le missile douteux, "la fumée en haut est dense, puis plus bas, elle se disperse et redevient dense en bas". "C'est fabriqué de toutes pièces et en plus, c'est grossier, mal fait", ajoute-t-il.
Grégoire Korganow, photographe à Libération de 1993 à 2002 pour lequel il a couvert notamment les débuts de la guerre en ex-Yougoslavie, est "sûr que l'image a été retravaillée". Évoquant la traînée de fumée laissée par les deuxième et troisième missiles à partir de la droite, il souligne que "les deux fumées sont les mêmes". "Il y a une zone claire [autour du missile controversé] comme si on était réintervenu sur l'image. Le ciel est impeccable, la fumée veloutée. Quand on tire un missile, ça fait de la poussière !", relève-t-il. "C'est un faux, on voit les mêmes détails. Il y a eu peut-être un tir, peut-être deux, mais pas quatre", renchérit de son côté un autre photographe, toujours interrogé à Arles, Thierry Cohen.
Le quotidien iranien Jamejam a pour sa part publié une photographie identique au cliché controversé... mais à une exception près : on y voit trois - et non quatre - missiles en train de décoller, un quatrième demeurant sur sa rampe de lancement mobile.
L'Iran a procédé jeudi à de nouveaux essais de missiles dans le Golfe . "Les évènements les plus importants ont été les tirs de missiles sol-mer et sol-sol ainsi que des missiles mer-sol", a indiqué jeudi le site de la télévision iranienne. Lors des exercices, les forces armées ont également tiré la torpille Hout ("baleine" en persan), testée en avril 2006, et qui avait alors été décrite comme une arme extrêmement rapide, capable de frapper les sous-marins ennemis. Des navires de guerre des Gardiens de la révolution ont participé aux manoeuvres, a rapporté le site iranien.
Selon Barah Mikhaïl, cette dernière démonstration de force n'a rien d'un hasard. Elle est à prendre comme une réponse aux pays du G8 qui se sont réunis au Japon autour notamment de la question du nucléaire iranien. Le régime islamique entend ainsi "prouver qu'il a un arsenal disponible et qu'une réplique est possible", rapporte le chercheur.
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Après l'Irak, l'Iran ressurgit dans la campagne présidentielle américaine
Les candidats à la présidentielle ont profité des tests de missiles par l'Iran, mercredi 9 juillet, pour débattre sur la meilleure manière de gérer les relations avec le géant perse. La politique internationale est l'un des sujets de campagne favoris de McCain, qui caricature Obama en naïf manquant d'expérience.
Dans un entretien sur CBS News, Barack Obama a estimé que les tests montraient "la nécessité d'une politique claire pour que l'Iran change d'attitude, (...) ce dont nous n'avons pas été capables ces dernières années, en partie parce que nous ne sommes pas engagés dans de la diplomatie directe avec ce pays".
Le New York Times rapporte l'immédiate réaction de John McCain à la proposition de son rival : "Les tests soulignent la nécessité d'un système de missiles de défense maintenant et pour le futur, y compris en Europe comme c'est prévu avec la République tchèque et en Pologne. Travailler avec nos alliés européens et régionaux est le meilleur moyen de répondre à la menace iranienne, et non pas des concessions unilatérales qui sapent la diplomatie multilatérale."
Barack Obama a, dans la même journée, explicité sa position dans un communiqué de presse, dont des extraits ont été mis en ligne par le Washington Post : "Il faut s'occuper de la menace posée par le régime iranien. (...) Il est temps de poursuivre une diplomatie directe et agressive avec le régime iranien, renforcée par des sanctions unilatérales et multilatérales endurcies."
Depuis la Pennsylvanie, où il faisait campagne, M. McCain a ajouté que "des preuves incessantes s'accumulent montrant que l'Iran cherche à acquérir des armes nucléaires", rapporte le Boston Globe. Une affirmation contraire à un rapport des services secrets américains de décembre 2007. Ce rapport conclut que l'Iran a cessé son programme de développement d'armes nucléaires depuis 2003 à cause des pressions internationales, tout en soulignant que le pays serait toujours capable de créer une bombe entre 2010 et 2015 puisqu'il pousuivait son programme d'enrichissement d'uranium.
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vendredi 4 juillet 2008
Nucléaire : "Toutes les options sont possibles" pour Bush
Alors que le président des Etats-Unis réaffirme que "toutes les options étaient sur la table" pour résoudre la crise nucléaire iranienne, privilégiant toutefois "la diplomatie comme première option", le ministre iranien du Pétrole prévient que "l'Iran ne restera pas impassible et réagira férocement" à toute action hostile contre son programme nucléaire.
Toutes les options, y compris militaire, restaient sur la table pour résoudre la crise nucléaire iranienne, a réaffirmé mercredi 2 juillet le président américain George W. Bush. Il a cependant ajouté que la première d'entre elles était la diplomatie.
"J'ai toujours dit que toutes les options étaient sur la table. Mais la première option des Etats-Unis, c'est de résoudre ce problème par la diplomatie", a-t-il dit à la presse.
"Messages brouillés"
Plus tôt dans la journée, la Maison Blanche, réagissant à différentes déclarations de responsables iraniens, s'était montrée "sceptique" quant à une nouvelle volonté d'ouverture de la part de l'Iran pour résoudre la crise nucléaire.
"Comme nous recevons très souvent des messages brouillés de leur part, je pense que nous avons toutes les raisons d'être sceptiques", a dit Dana Perino, la porte-parole de la Maison Blanche.
"La meilleure manière d'y répondre, c'est de dire : attendons de voir. S'ils étaient sérieux et prêts à accepter cette offre, ce serait bienvenu".
Troisième front américain en Iran
De son côté, sur fond de rumeurs selon lesquelles Israël envisage d'attaquer l'Iran, le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, a estimé qu'"ouvrir un troisième front" en Iran "serait extrêmement stressant du point de vue militaire américain".
Les Etats-Unis se sont également employés à rassurer les monarchies pétrolières arabes sur la sécurité dans le Golfe, qui fournit environ 40% du brut mondial transitant par le détroit d'Ormuz que contrôle l'Iran. "Nous sommes déterminés à contribuer à la sécurité maritime" dans le Golfe, a annoncé le commandant de la Ve Flotte américaine, le vice-amiral Kevin Cosgriff, à l'adresse des chefs des marines des six monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG), réunis à Abou Dhabi pour un débat sur la sécurité maritime régionale.
Rassurer les pays du Golfe
Les Etats-Unis et leurs alliés au sein d'une coalition d'une vingtaine de pays opérant dans les eaux du Golfe "ne permettront pas à l'Iran de fermer" le détroit d'Ormuz, vital pour l'économie mondiale, a répété le responsable militaire américain.
"Ils (les Iraniens) ne le fermeront pas (...) Ils ne seront pas autorisés à le fermer", avait-il déclaré lundi à la presse à Manama, en réaction à de récentes déclarations du chef des Gardiens de la révolution iraniens, le général Mohammad Ali Jafari, laissant entendre que la République islamique pourrait fermer le détroit d'Ormuz en représailles à une attaque contre ses installations nucléaires.
"La sécurité maritime au Moyen-Orient est une condition sine qua non de la stabilité économique mondiale et de la prospérité régionale", a-t-il affirmé, rappelant que la région détient environ 60% des réserves pétrolières prouvées dans le monde ainsi que plus de 40% des réserves prouvées en gaz.
Riposte "féroce"
A ces rumeurs d'attaque, Téhéran oppose une volonté de riposte "féroce". Le ministre iranien du Pétrole Gholam Hossein Nozari a prévenu mercredi à Madrid que toute attaque contre l'Iran entraînerait une riposte "féroce" de Téhéran et pèserait sur le prix déjà très élevé du pétrole.
"L'Iran ne resterait pas impassible et réagirait férocement" à toute action hostile extérieure contre son programme nucléaire, a-t-il indiqué à la presse lors du XIXe congrès du pétrole qui se tient à Madrid.
"Alors que la seule mention (d'une possible attaque) rend le marché très volatile, pouvez-vous imaginer ce qui se passerait en cas d'une quelconque action... quel serait le résultat sur le marché du pétrole?", a demandé le ministre iranien.
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Iran : Velayati en faveur d’un compromis
La lettre d’Ali Akbar Velayati qui vient d’être publiée dans le quotidien Libération d’aujourd’hui mérite d’être lue avec attention.
D’abord, parce qu’en tant que conseiller du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ses paroles sont celles qui se rapprochent le plus de la pensée du numéro un du régime iranien.
Ensuite, parce que son texte suit de quelques jours, une interview accordée au quotidien iranien pro-gouvernemental Jomhouri Eslami, - déjà révélatrice d’une volonté de « communiquer ».
Le contenu du texte est fort en sens. Face à l’intransigeance du Mahmoud Ahmadinejad, élu il y a trois ans, on peut y lire une volonté de rappeler qu’en République islamique, ce n’est pas le Président mais le guide suprême qui a le dernier mot. Ce dernier, rappelle Velayati, « n’intervient que dans des cas extrêmement importants », mais « s’il s’agit des questions stratégiques essentielles », c’est à lui que « la Constitution confère la décision de dernier ressort» et « c’est en fonction de ce principe qu’on peut prévoir le cours de la diplomatie» iranienne.
Quand il tient à rappeler que « durant toutes ces années, l’action du Guide suprême a été fondée sur la conviction que le maintien de la paix mondiale passait par la reconnaissance de la souveraineté des Etats et par le respect des frontières internationales », il se pose en rupture totale avec les discours belliqueux du Président Ahmadinejad. Dans cette lettre, il n’est ni question de « rayer Israël de la carte », ni de comparer le programme nucléaire à « une locomotive qui a perdu ses freins ».
« La technologie et la maîtrise du nucléaire civil iranien doivent être préservées dans l’avenir. Ils constituent un acquis pour les objectifs pacifiques de l’Iran et un héritage de la génération de la révolution. Cet impératif s’exprime dans la participation au Traité de non-prolifération nucléaire auquel l’Iran a adhéré et qui lui donne des droits en contrepartie de ses engagements. C’est ainsi qu’un compromis pourra être trouvé entre les préoccupations communes à l’Iran et aux autres Etats », précise Velayati, à propos du nucléaire.
Le moment choisi pour envoyer cette lettre à un grand quotidien français n’est pas anodin. Il suit de près la récente offre incitative des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et de l'Allemagne. Celle-ci s’accompagne d’une suggestion d’une période de pré négociation de six semaines, dite « freeze for freeze », pendant laquelle l’Iran ne serait pas contraint de suspendre l’enrichissement d’uranium.
Cette lettre coïncide également avec un renforcement des sanctions imposées par les Puissances mondiales, et suit de quelques jours la publication d’un nouvel article du journaliste américain d’investigation Seymour Hersh, faisant état de l’aval du Congrès américain aux demandes du gouvernement américain de financer une intensification des opérations secrètes contre l’Iran.
Il est intéressant de replacer, aussi, cette lettre dans le contexte interne de la République islamique à un an des prochaines présidentielles. On y sent une volonté de contourner Ahmadinejad, de le remettre à sa place, tandis que ses deux principaux adversaires, Ali Larijani, le chef du Parlement, et Ghalibaf, le maire de Téhéran ne ménagent pas, non plus, leurs mots à son encontre.
Manouchehr Mottaki, le Ministre iranien des affaires étrangères, vient également de se distinguer de la dialectique va-t-en guerre d’Ahmadinejad, quand il a laissé entendre, lors de sa visite à New York, qu’il était favorable à une reprise des vols Téhéran-New York, et que son pays réfléchissait au projet américain d’ouvrir un avant-poste diplomatique dans la capitale iranienne.
Reste, pourtant, à préciser qu’en dépit de ces différents signaux envoyés par Téhéran, aucune réponse officielle n’a encore été transmise à la dernière offre occidentale. « Nous avons lu les commentaires de Velayati ainsi que les autres interviews faites à la presse, y compris les déclarations de Mottaki à New York. Mais nous n’avons pas encore reçu de réponse officielle », nous confie Cristina Gallach, la porte-parole de Javier Solana, le diplomate en chef de l’Union Européenne. « Tous ces sons qui nous viennent sont des signes positifs, mais nous devons rester prudents, car rien ne s’est encore formellement concrétisé », ajoute-t-elle.
Que cherche l’Iran ? Sauver la face ? Faire preuve de bonne volonté ? Ou tout simplement gagner du temps ? Certains observateurs y voient même une volonté de Téhéran de préparer le terrain pour l’annonce d’une contre-offre faites par les autorités iraniennes, qui leur permettrait de se positionner en « victime » en cas de rejet américain.
Habitués des retournements de situation de dernière minute, de nombreux diplomates occidentaux en poste à Téhéran privilégient pour l’instant la prudence. « Nous ne nous faisons pas d’illusions », confie l’un d’entre eux.
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jeudi 3 juillet 2008
L'Iran, une priorité pour la présidence française de l'UE
L'ancien ministre britannique de l'Intérieur dans le gouvernement de Margaret Thatcher et l'ancien membre du Conseil de sécurité nationale américain, aujourd'hui président du Iran Policy Committee et professeur de sciences politiques à Georgetown University, plaident pour une politique de fermeté vis-à-vis du régime de Téhéran.
Lorsque le président Sarkozy, en août 2007, a prononcé son premier discours de politique étrangère, il a fait allusion au risque sérieux d'avoir à choisir entre une bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran.
Peu de gens pensaient alors que dans la recherche d'une solution, le gros du travail devrait être fait par le gouvernement français, mais la France préside maintenant l'Union européenne (UE) et le problème de l'Iran est plus que jamais à l'ordre du jour. La course effrénée de Téhéran pour l'obtention de la bombe atomique, son ingérence en Irak et son soutien à des groupes extrémistes au Liban, en Palestine et en Afghanistan sont source d'une grande préoccupation pour l'Occident en général et l'UE en particulier ; avec les États-Unis occupés par leurs élections présidentielles, les yeux se tournent donc vers Paris et l'Élysée.
Certains préconisent encore la poursuite des « négociations » avec Téhéran, mais cela fait vingt ans qu'elles perdurent et pendant ce temps le régime a fait avancer ses ambitions régionales et poursuit secrètement son programme d'armement nucléaire.
Pour paraphraser Winston Churchill, le résultat de toutes ces négociations a été qu'au lieu de chiper la nourriture de la table, le régime iranien s'est fait servir plat après plat. Et une clique intégriste enhardie a graduellement élargi son influence vers la Méditerranée et se rapproche inexorablement de la bombe atomique. C'est pourquoi ces «négociations» relèvent de la complaisance.
Il y a peu, les grandes puissances ont dépêché une fois de plus le chef de la diplomatie de l'UE, Javier Solana, à Téhéran pour offrir à l'Iran un nouveau paquet de mesures incitatives. Le plan était d'amener le régime à respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et de suspendre ses activités d'enrichissement d'uranium. Mais la mission était vouée à l'échec. Alors que Nicolas Sarkozy déclarait dans sa conférence de presse commune avec le président Bush qu'il est totalement inacceptable que l'Iran obtienne une bombe atomique, l'Iran annonçait qu'il était hors de question de suspendre l'enrichissement de l'uranium.
Il est certain que des mesures comme le gel des avoirs de la plus grande banque iranienne, la Banque Melli, vont dans la bonne direction, mais c'est trop peu et trop tard. Les dirigeants occidentaux semblent se diriger en somnambules vers une catastrophe.
L'histoire montre que la complaisance est contre-productive, et l'expérience irakienne montre les limites d'une intervention militaire étrangère. Entre la complaisance et la guerre, il existe une troisième voie, formulée par Maryam Radjavi, la dirigeante de la principale force de l'opposition démocratique, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), un choix qui est également celui de l'organisation des Moudjahidins du peuple d'Iran (OMPI).
Alarmée par la popularité et l'influence de l'OMPI, le régime iranien exerce des pressions sur les gouvernements occidentaux pour en faire interdire les activités. En 1997, les États-Unis ont cédé et inscrit l'OMPI sur leur liste des organisations terroristes, et en 2001, le Royaume-Uni suivi de l'Union européenne ont fait de même.
Mais tout le monde n'était pas prêts à accepter cette injustice, en particulier la décision du gouvernement britannique, et après une longue bataille juridique, la cour d'appel britannique a ordonné le 7 mai dernier le retrait immédiat de l'OMPI de la liste britannique des organisations terroristes, déclarant que cette inscription avait été une décision «perverse» et non étayée de preuves.
À présent, l'annulation de la liste britannique rendant caduque celle de l'UE basée sur la décision britannique, l'Union Européenne doit retirer l'OMPI de sa liste.
En conséquence, le régime des mollahs comprendra que le paysage politique a changé, qu'il est différent de celui qui a prévalu ces vingt dernières années. L'OMPI pourra alors user de son énergie pour organiser l'opposition à un régime de plus en plus impopulaire. Elle peut aider à mobiliser les énergies de millions d'Iraniens désabusés qui ne veulent rien entendre des mollahs et ont massivement boycotté les récentes législatives. Dans les grandes villes, pas plus de 25 % des électeurs ont voté et les candidats gagnants, y compris le président du parlement, ont obtenu de 5 à 12 % des suffrages.
En Iran, la population est de plus en plus agitée. En 2007, les villes iraniennes ont été le théâtre de plus de 5 300 manifestations, ce qui n'est guère surprenant lorsque malgré la flambée des prix du pétrole, près de 80 % des Iraniens vivent sous le seuil de la pauvreté. Le peuple iranien veut le changement. Moquant le slogan d'Ahmadinejad «l'énergie nucléaire est notre droit inaliénable», les jeunes Iraniens scandent «la liberté est notre droit inaliénable».
Samedi dernier, avec des centaines d'hommes politiques des cinq continents et des dizaines de milliers de personnes, nous étions à Paris pour demander instamment une autre politique vis-à-vis de l'Iran. Une politique de soutien au peuple iranien et à son aspiration démocratique, une politique qui permettra à l'opposition iranienne d'utiliser ses ressources pour mobiliser la population contre le régime — un régime qui avec l'exportation de l'intégrisme islamiste, son terrorisme et sa quête d'armes nucléaires est une grave menace pour paix. Nous pensons que face à cette menace, la France reconnaîtra que l'inactivité et l'indifférence ne peuvent être acceptables.
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mardi 1 juillet 2008
Nouveau record du pétrole avec les tensions Israël-Iran
Le baril de brut a franchi un nouveau record à plus de 143 dollars lundi, les marchés craignant un conflit entre Israël et l'Iran sur le programme nucléaire de Téhéran.
Les prix se sont ensuite repliés par rapport à leur plus haut du jour.
Vers 15h00 GMT, le contrat août sur le brut léger américain gagnait 1,4 dollar, soit 1% environ, à 141,63 dollars le baril et le Brent prenait 1,54 dollar (0,97%) à 141,85 dollars.
Le contrat août sur le brut léger américain a atteint 143,67 dollars le baril et celui sur le Brent de la mer du Nord a touché 143,91 dollars.
Les précédents records dataient de vendredi, à 142,99 dollars le baril pour le brut texan et à 142,97 dollars pour le Brent.
"De nombreux éléments géopolitiques entrent en ligne de compte, en particulier au Moyen-Orient", note Mark Pervan, analyste en matières premières à l'Australian & New Zealand Bank de Melbourne.
Les Gardiens de la Révolution ont prévenu ce week-end qu'en cas d'attaque, l'Iran imposerait des contrôles du trafic maritime dans le Golfe et le détroit d'Ormuz, par ou transitent environ 40% du pétrole mondial.
Le conflit qui oppose l'Occident à la République islamique au sujet du programme nucléaire iranien n'est toutefois pas le seul facteur haussier qui pèse depuis plusieurs mois sur les cours de l'or noir.
Les investisseurs s'interrogent en particulier sur la capacité de la production mondiale à répondre à la croissance de la demande en provenance de l'Inde et de la Chine.
Nombre d'entre eux considèrent d'ailleurs que les contrats sur les matières premières constituent une valeur refuge dans un contexte de tension sur les prix.
"Les problèmes qui entourent le compartiment financier ont stimulé la demande des investisseurs, de même qu'une recherche de diversification (de leurs placements)", estime Frances Hudson, directeur d'investissement stratège chez Standard Investment. "De plus, les inquiétudes liées à l'inflation incitent à investir dans des actifs tels l'or et le pétrole."
Lundi, Eurostat a annoncé que l'inflation dans la zone euro avait atteint en juin 4,0% en rythme annuel.
Jane Merriman(Reuters), version française Nicolas Delame
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