Va-t-il nous imposer la paix, se demandent Israéliens et Palestiniens ? Va-t-il nous proposer un compromis que nous ne pourrions pas refuser, se demande le régime iranien ? Nulle part ailleurs qu’au Proche-Orient l’attente suscitée par Barack Obama n’est aussi grande mais l’optimisme n’y est pas de rigueur.
Conversation récente avec une figure de la République islamique, conservateur déclaré mais partisan de longue date d’un rapprochement avec les Etats-Unis : «Le problème, dit-il d’emblée, est qu’Ahmadinejad a de grandes chances d’être réélu… - Avec une inflation galopante et les deux tiers du clergé contre lui ? - Il est affaibli, reprend-il, mais ses opposants sont divisés, non seulement entre conservateurs et réformateurs mais au sein même, aussi, des deux camps. Parti comme c’est, répète-il sombrement, il se succédera à lui-même au début de l’été.»
Peut-être a-t-il raison car, si les dirigeants iraniens savent bien que les provocations, l’intransigeance et l’impéritie de Mahmoud Ahmadinejad menacent leur pouvoir, il n’y a pas l’ombre d’un consensus, à Téhéran, sur l’ampleur des changements à opérer. Comme toutes les dictatures à bout de souffle, cette théocratie est tétanisée par la crainte qu’un appel d’air ne l’emporte. Les conservateurs les plus réalistes voudraient échanger avec les Américains la reconnaissance et la consolidation économique de leur régime contre la participation de l’Iran à la stabilisation de la région mais ils se déchirent sur le degré de réformes à introduire à l’intérieur même du pays. Les réformateurs sont partagés entre avocats d’une laïcisation complète - seul moyen, à leurs yeux, de préserver l’autorité des mollahs - et partisans d’évolutions plus graduelles.
Question, donc : «Comment Obama pourrait-il négocier avec vous si Ahmadinejad est réélu ?» Silence. «Obama n’aura plus que le choix des bombes et peu de gens l’en désapprouveront alors»«Oui», fait-il de la tête. «Et que se passerait-il après un bombardement de vos sites nucléaires ?» Nouveau silence. «Une vague d’attentats à travers le monde ?» Ses paupières acquiescent. «Et après ?»«Après, lâche-t-il sur le ton de l’évidence, Khamenei tombera.» «Le Guide tombera ? - Oui, car on lui reprochera d’avoir continué à soutenir Ahmadinejad et sous-estimé les Américains. - Et ensuite ? - Rafsandjani lui succédera et, petit à petit, tout sautera. L’explosion deviendra incontrôlable.» Talleyrand du régime iranien, ancien président de la République et homme de confiance du clergé, Ali Akbar Rafsandjani, est connu pour vouloir lâcher du lest sur les mœurs et trouver un compromis avec Washington. Si un tel scénario s’avérait, même au prix d’un chaos, ce ne serait pas le pire mais…
Conversation, maintenant, avec un haut responsable israélien, une colombe qui, lui aussi, sait tout ce qui se passe dans son pays : «Vous croyez qu’Obama pourrait finir par bombarder l’Iran ? - Non. Les Iraniens ne sont plus loin de leur but. Ils y parviendront et le monde entier s’y est résigné, même nous, parce qu’ils veulent essentiellement s’assurer d’un rapport de forces avec les sunnites et qu’on en est, déjà, à l’étape suivante, lorsque les centrales se seront répandues dans toute la région, dans des pays beaucoup plus instables que l’Iran, et que des mouvements islamistes auront les moyens d’organiser des attentats nucléaires. - Et d’ici là ? - La droite remportera nos prochaines élections. Barack Obama fera ce qu’avait fait Bush père avec la conférence de Madrid. Il contraindra le Likoud à négocier avec les Palestiniens. On arrivera à un accord… - A la paix ? - A un accord de paix, déjà conclu sur le papier, mais qui ne sera pas appliqué. - Pourquoi ? - Parce que le Hamas n’en voudra pas, que les pays arabes dits "modérés" ne sont, en fait, que patients, qu’ils ont besoin de nous contre l’Iran et les islamistes mais ne veulent pas d’un Etat israélien pérenne et que, nous-mêmes, nous n’oserons jamais risquer une guerre civile pour évacuer les colons de Cisjordanie. Tout arrive trop tard. Arafat ne nous a pas aidés mais nous avons laissé passer la chance de la paix. - Vous voulez dire que vous ne croyez plus en la survie d’Israël ? - Je ne sais plus. Pour mes enfants, je ne sais pas.»
Il y avait, bien sûr, du coup du blues chez ces deux interlocuteurs. Lorsqu’on a le nez dans le guidon, israélien ou iranien, il y a de quoi. On n’en oublie la force du désir de changement de la jeunesse iranienne, la profondeur de l’aspiration au compromis chez les Israéliens et les Palestiniens, le bouleversement de la donne, surtout, qu’introduira le tournant américain. Vivement le 20 janvier mais, pour Barack Obama, les difficultés commencent.
Par Bernard Guetta; membre du conseil de surveillance de Libération.
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vendredi 12 décembre 2008
Obama, Israël et l’Iran
Paris condamne les propos anti-Israël
La France maintient sa condamnation des propos de Mahmoud Ahmadinejad, après que l'ambassadeur français a été mis en garde par la diplomatie iranienne jeudi matin.
Le ministère des Affaires Etrangères français, Bernard Kouchner, maintient, jeudi 11 décembre, la position de la France sur la condamnation des propos anti-israéliens de Téhéran, mais il affirme cependant que la France reste ouverte au dialogue.
Frédéric Desagneaux, porte-parole adjoint du Quai d'Orsay, a argué que le conflit israélo-palestinien "ne peut en aucun cas servir de prétexte pour remettre en cause le droit d'Israël à exister". Selon lui, "les déclarations des autorités iraniennes qui remettent en cause ce droit sont inacceptables et ne peuvent avoir qu'un impact négatif sur la perception de l'Iran par la communauté internationale".
Il a néanmoins assuré que l'"attitude (de la France) demeure fondée sur une approche qui combine la fermeté et une ouverture au dialogue", rappelant que la France avait convié l'Iran à la réunion informelle des pays voisins de l'Afghanistan prévue à Paris dimanche, ce qui montrait la disposition de Paris a maintenir le dialogue "notamment sur les questions régionales".
Israël, "tumeur cancéreuse"
Le 8 décembre dernier, alors qu'il assistait à la célébration du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme, Nicolas Sarkozy avait jugé "impossible de serrer la main à quelqu'un qui a osé dire qu'Israël devait être rayé de la carte".
Le président iranien avait en effet provoqué un scandale en déclarant en octobre 2005 que "le régime occupant Jérusalem doit être oblitéré de la page du temps".
Le président français, lors de son discours, a aussi minimisé le rôle de son homologue iranien, affirmant qu'il "ne représente pas tout le pouvoir en Iran, et encore moins la population iranienne".
La plus haute autorité de l'Etat iranien est effectivement le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.
Mahmoud Ahmadinejad est boycotté par un grand nombre de dirigeants étrangers, notamment à cause de ses déclarations sur l'holocauste, qu'il a qualifié de "mythe", et sur Israël, qualifié de "tumeur cancéreuse" et de "sale microbe", et appelé selon lui à "disparaître".
La France "mise en garde"
L'ambassadeur de France en Iran, Bernard Poletti, avait été convoqué par les Affaires étrangères de ce pays. Le ministère iranien lui avait adressé mercredi une "mise en garde" après les propos polémiques de Nicolas Sarkozy qui, lors du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, avait estimé "impossible de serrer la main" à Mahmoud Ahmadinejad.
L'ambassadeur avait reçu de la part du vice-ministre iranien des Affaires étrangères Mehdi Safari une "mise en garde sur les conséquences dans les relations entre les deux pays de la répétition de tels propos irréfléchis par des responsables français"selon un communiqué du ministère iranien. Ce dernier avait exprimé "sa forte objection aux récentes ingérences exprimées par le président français", estimant que "l'attitude extrémiste, maladroite de la France aura des conséquences indésirables sur les relations entre les deux pays", selon l'agence de presse Mehr.
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mercredi 10 décembre 2008
Le pouvoir iranien divisé par l'ouverture américaine
Un mois après l'élection de Barack Obama, l'espoir d'une normalisation des relations entre l'Iran et les États-Unis semble retombé. «Traditionnellement, il y a une grande différence entre les promesses électorales et la politique de celui qui occupe la Maison-Blanche», déclare au Figaro Manouchehr Mottaki, le ministre des Affaires étrangères iranien.
Pendant la campagne présidentielle, le candidat démocrate s'était dit prêt à ouvrir un dialogue «sans préconditions» avec l'Iran, pays avec lequel Washington n'a plus de relations diplomatiques depuis l'avènement de la République islamique en 1979. Mais sitôt élu, Obama a douché ces espoirs, en affirmant que l'enrichissement d'uranium par l'Iran était «inacceptable». Téhéran est soupçonné par les États-Unis et l'Union européenne de poursuivre des activités nucléaires à des fins militaires et, à ce titre, est frappé par un régime de sanctions internationales.
Les relations avec le «Grand Satan» constituent l'un des sujets de contentieux les plus profonds entre les multiples centres du pouvoir. Comment répondre au geste que les États-Unis devraient faire après le 20 janvier, date de l'investiture du président Obama ?
Optimistes, ultras et réalistes
Autour de ce dilemme, trois écoles de pensée s'affrontent, selon un expert du système iranien. «Les optimistes estiment qu'il faut saisir cette occasion en or, maintenant que Bush est parti. Les ultraradicaux, au contraire, pensent que, quel que soit leur président, les États-Unis ne reconnaîtront jamais la République islamique. Le président Ahmadinejad n'est pas loin de cette thèse, même si, pour des raisons électorales, il aimerait que Washington fasse des gestes envers l'Iran avant la présidentielle de juin 2009. Ainsi pourrait-il dire à son peuple : regardez, ma fermeté a payé. Et enfin, il y a les réalistes pour qui tout dépendra de l'offre américaine.» Le guide de la révolution et réel détenteur du pouvoir, Ali Khamenei, partagerait cette dernière position.
«Si les Américains reconnaissent le rôle stabilisateur de l'Iran en Irak et en Afghanistan, et se déclarent prêts à réduire les sanctions américaines contre nous, alors le Guide pourrait donner son feu vert au processus de normalisation», ajoute un de ses récents visiteurs. Mais ce dont Ali Khamenei ne veut pas, selon cette source, c'est d'«une approche sélective» des différends qui opposent Téhéran aux Américains. «Les Iraniens veulent tout mettre sur la table», estime Saddegh Kharrazi.
Or, à court terme, un premier geste pourrait être l'ouverture à Téhéran d'une section d'intérêts américains. L'Iran redoute le piège. «Voir des centaines d'Iraniens faire la queue pour obtenir un visa américain, en termes d'image, c'est une catastrophe que le régime ne peut accepter», reconnaît un officiel sous le couvert de l'anonymat. Dans ces conditions, à court terme, de réelles avancées sont peu probables. D'autant que Washington pourrait être tenté d'attendre l'élection du prochain président iranien, en prenant le risque de voir Ahmadinejad réélu…
Entre Américains et Iraniens, les contentieux sont lourds. L'Iran réclame, entre autres, le dégel de ses avoirs aux États-Unis, un compromis sur l'Irak, tout en s'opposant à un dialogue entre Washington et les talibans en Afghanistan. Et puis il y a le nucléaire, priorité de la communauté internationale. Grâce à la bombe, Téhéran veut sanctuariser son régime. La première de ses exigences sera que les États-Unis s'engagent à ne pas renverser la République islamique. Washington est-il prêt à lâcher cet atout d'entrée de jeu ?
«Messages positifs»
L'histoire récente a montré qu'Américains et Iraniens savaient coopérer lorsque leurs intérêts convergeaient, comme en Afghanistan, après la chute des talibans en 2001.
Les contacts officiels n'ont jamais été totalement rompus. Un proche du Guide révèle au Figaro avoir été «approché» par plusieurs responsables américains «avant et après» l'élection d'Obama. Parmi ceux-ci, le vice-président, Joe Biden, John Kerry et Anthony Lakes, l'ancien patron du Conseil national de sécurité. «Ces messages positifs ont été transmis au Guide», assure ce proche d'Ali Khamenei. Mais au final, le régime des mollahs peut-il survivre à une normalisation avec son ennemi ? «Si la société en rêve, le régime, lui, redoute d'être emporté avec cette ouverture», conclut un diplomate.
Lisez ici l'article de Delphine Minoui sur le blog du Figaro
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une militante des droits de l'Homme interdite de quitter le territoire
Une militante iranienne des droits de l'Homme, Nasrine Sotoudeh, a été empêchée mercredi par les autorités de se rendre en Italie pour y recevoir le prix d'une ONG italienne, a-t-elle dit à l'AFP.
"Après avoir reçu un tampon de sortie sur mon passeport à l'aéroport, j'ai été appelée et deux personnes travaillant pour le gouvernement m'ont confisqué mon passeport", a dit par téléphone Mme Sotoudeh.
L'activiste a précisé que son mari et ses enfants, qui l'accompagnaient, avaient été autorisés à quitter l'Iran pour recevoir à sa place le prix que lui a décerné l'ONG Human Rights International.
Mme Sotoudeh a dénoncé un acte "illégal", en expliquant ne pas avoir été prévenue par une décision de justice qu'elle était "interdite de voyage à l'étranger".
Le président de l'Association Human Rights International, Adolf Pfitscher, basée à Bolzano dans le Haut Adige, a indiqué que le prix serait remis à l'époux de l'avocate.
"Le fait qu'elle n'ait pas pu quitter Téhéran confirme l'importance de son engagement", a-t-il déclaré à l'agence italienne Ansa.
L'activiste est, en tant qu'avocate, un membre réputé du Centre des défenseurs des droits de l'Homme, présidé par l'avocate et lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi.
Mme Sotoudeh est aussi impliquée dans la pétition "Un million de signatures", qui a pour objectif d'obtenir l'égalité des droits pour les femmes en Iran.
Elle a aussi défendu des membres de minorités ethniques poursuivis en justice, comme l'activiste et journaliste kurde Mohammad Sadigh Kaboudvand, qui a fondé l'Organisation des droits de l'Homme du Kurdistan.
Des ONG internationales et de nombreux pays occidentaux accusent régulièrement la République islamique de violations des droits de l'Homme.
La commission des droits de l'Homme de l'Assemblée générale de l'ONU a adopté en novembre une résolution dans laquelle elle a exprimé sa préoccupation devant les "violations graves" des droits de l'Homme en Iran.
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lundi 8 décembre 2008
En Iran, l'engouement perdure pour la culture de l'«ennemi»
Loin des clichés officiels hostiles au «Grand Satan», à Téhéran, la population rêve d'un rapprochement avec les États-Unis, rendu désormais possible par l'élection de Barack Obama.
À deux pas de la mythique place de la Révolution, qui fit tomber le régime proaméricain du chah il y a trente ans, se niche un sacré pied de nez à l'histoire. Les derniers films du «Grand Satan», l'ennemi juré de Téhéran, sont vendus sous le manteau en DVD pirates dans des échoppes, comme celle de Reza, qui se frotte les mains.
«J'attends avec impatience le dernier W., d'Oliver Stone, sur Bush, je suis sûr que ça va faire un tabac», lâche ce jeune homme, les cheveux gominés, à mille lieues de l'image de l'hezbollahi révolutionnaire. Ses meilleures ventes : My Mom's New Boyfriend (Mon espion préféré), avec Antonio Banderas, et Mensonges d'État, avec Leonardo DiCaprio, sur les coups tordus de la CIA au Proche-Orient. «J'en vends une vingtaine chaque jour, les Iraniens adorent les films américains», dit-il, en jetant un œil dehors. Pour échapper à la police, il doit en effet cacher ses «DVD impies» dans l'arrière-boutique.
Dans la République des mollahs, ces petits trafics sont devenus un secret de Polichinelle. Mais il faut bien sauver les apparences. Officiellement, la culture américaine «pollue l'esprit révolutionnaire». Elle est, pourtant, presque partout présente à Téhéran.
«La société iranienne est la plus proaméricaine du Moyen-Orient», assure Mourad Saqafi, rédacteur en chef du trimestriel Goftegou («Dialogue»). Dans quel pays de la région peut-on acheter des uniformes de l'armée américaine tout à fait librement ? Place Gamrok, dans le sud de Téhéran, où des magasins offrent des parkas venus de l'Afghanistan voisin, mais aussi des blousons et des bottes à l'effigie de cette US Army qui menace Téhéran pour son programme nucléaire militaire. «Même les mollahs en réclament, car ce sont de solides vêtements», reconnaît un vendeur, en pull-over kaki.
Placardés sur les murs de Téhéran, les posters «À bas l'Amérique» sonnent creux, aux yeux d'une population toujours séduite par l'American way of life.
«Visa américain à l'intérieur»
Récemment, près de deux mille Iraniens ont gagné à la loterie, organisée comme chaque année à travers le monde, pour émigrer Outre-Atlantique. À Téhéran, des cafés Internet n'hésitent pas à afficher en vitrine «inscription pour le visa américain à l'intérieur», et des agences de voyages incluent même dans leur séjour à Dubaï un rendez-vous avec l'ambassade, sous-entendu américaine.
Seule journaliste américaine invitée au Salon des médias, qui vient de se tenir à Téhéran, Farah Stockman, du Boston Globe, n'est pas encore revenue de l'accueil qui lui a été réservé. «Sur la centaine d'Iraniens qui se sont arrêtés à mon stand, quatre ou cinq seulement ont eu une réaction négative, tous les autres m'ont dit : “On aime l'Amérique, on fait la différence entre votre gouvernement et le peuple”, “on veut avoir plus de relations avec les États-Unis”. Certains m'ont même offert des fleurs. Je repars avec l'impression qu'Iraniens et Américains sont liés par une étrange relation d'amour et de haine.» Un peu comme un couple divorcé qui rêverait de renouer.
Les liens plongent dans une histoire déjà ancienne. Sous le chah, les Iraniens formaient le premier contingent d'étudiants étrangers aux États-Unis, alors le principal allié de la monarchie. «La moitié des ministres du dernier gouvernement réformateur de Mohammad Khatami en 2005 avaient été formés aux États-Unis», se souvient un homme d'affaires iranien. Les bisbilles de ces trente dernières années ne sont, en fait, qu'une parenthèse.
Voice of America en farsi
Plus de deux millions d'Iraniens vivent aux États-Unis, tout en gardant de solides liens avec leur pays d'origine. À Téhéran, de nombreux Iraniens regardent la chaîne de télévision Voice of America en farsi, qui émet de Washington, tout en sirotant un Coca-Cola, boisson préférée au Zam Zam, sa copie locale fabriquée par la «Fondation des déshérités». Lorsque les restaurants n'offrent pas le traditionnel chello kebab, ce sont des fast-foods qui fleurissent aux quatre coins de la capitale. Ils ne s'appellent bien sûr pas McDo, mais Boof, cette chaîne qui appartient à la famille de Hashemi Rafsandjani, un pilier du régime islamiste, qui reçut en cadeau une bible d'un émissaire américain pour avoir refermé le douloureux dossier des otages au Liban en 1990. Au diable toutes ces contradictions ! «Les Américains et les Iraniens ne sont que des ennemis virtuels», sourit Sadegh Kharrazi, ancien ambassadeur d'Iran à Paris.
«Dans leur vision du monde encore marquée par l'empire, les Iraniens recherchent à tout prix le tête-à-tête avec la superpuissance américaine», souligne un ancien industriel français, qui se souvient de la remarque aigre-douce d'un de ses partenaires iraniens, à la signature d'un contrat. «On vous félicite, mais sachez bien que si une entreprise américaine avait pu soumissionner à l'appel d'offres, vous n'auriez pas gagné !» Conséquences de cette américanophilie aiguë : le responsable politique iranien qui normalisera les relations avec les États-Unis sera très populaire. «À ce moment-là, les autres nations, et notamment nous autres Français, risquons d'être totalement marginalisés», prévient l'homme d'affaires.
Georges Malbrunot
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Iran: Obama mise sur l'après-Ahmadinejad
Hier, sur NBC, Obama a livré les contours de sa politique vis à vis de l'Iran.
On s'attendait à une approche radicalement nouvelle.
Or, pour l'instant, elle ressemble à s'y méprendre à celle de George Bush, quand celui-ci a, en mai 2006, accepté de soutenir les efforts diplomatiques des Européens.
Les conditions d'un compromis restent identiques.
Obama accordera des avantages économiques à l'Iran si et seulement si Téhéran renonce à son programme nucléaire et au financement du Hamas et du Hezbollah.
Il ne dit rien de ce qui semble être les revendications principales des Iraniens: la reconnaissance du rôle de l'Iran comme puissance régionale et abandon par les Etats-Unis de la politique de changement régime.
Et il brandit la menace de sanctions aggravées (avec l'aide dit-il de la Chine et de la Russie) si Téhéran ne cède pas.
La stratégie d'Obama diffère de celle de Bush sur un point majeur.
L'Amérique ne passera plus par les intermédiaires européens pour proposer ses "carottes" et ses "bâtons" à Téhéran.
Elle le fera elle-même.
Sera-ce suffisant?
Le porte parole du ministère iranien des Affaires étrangères a dit ce matin que ces propositions étaient "inacceptables".
Déjà une occasion manquée?
En fait, Obama a sans doute décidé de ne faire aucune proposition novatrice tout de suite.
Pas avant l'élection présidentielle iranienne qui se déroulera ce printemps.
Car toute ouverture pourrait faciliter la réélection d'Ahmadinejad.
Et c'est évidemment avec quelqu'un d'autre qu'il entend mener ces discussions directes.
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samedi 6 décembre 2008
Seize policiers iraniens enlevés par des rebelles ont été tués
TEHERAN - Des rebelles sunnites ont tué les 16 policiers qu'ils avaient enlevés en juin dans le sud-est de l'Iran, rapporte l'agence de presse iranienne Irna.
Les Jundollah ("Soldats de Dieu") qui, selon l'Iran à dominante chiite sont liés à al Qaïda, ont enlevé les 16 policiers à un barrage routier à Saravan, dans la province du Sistan-Balouchistan, et ils réclamaient la libération de 200 de leurs camarades emprisonnés.
Le groupe, qui aurait transféré les otages au Pakistan, a annoncé le mois dernier qu'il avait tué quatre d'entre eux.
Le numéro deux de la police iranienne, Ahmadreza Radan, a déclaré qu'ils avaient tous été tués.
"Les enquêtes menées par le gouvernement iranien et (...) par la police ont montré que tous nos êtres chers avaient été martyrisés par les terroristes du Jundollah", a dit Radan, cité par Irna. "Nous étudions les moyens de rapatrier les corps (du Pakistan)."
Les rebelles opèrent principalement au Sistan-Baluchistan, région instable proche de la frontière avec le Pakistan. Cette région dont la population est à dominante sunnite est le théâtre de heurts entre forces de sécurité et narcotrafiquants.
En août 2007, l'Iran a accusé le Jundollah d'avoir enlevé 30 personnes dans cette province. Les otages, qui avaient été emmenés au Pakistan, ont été par la suite libérés par les forces pakistanaises.
Pariza Hafezi, version française Nicole Dupont
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