L'Iran partage avec les Etats-Unis et ses alliés un certain intérêt à voir s'améliorer la situation en Afghanistan et pourrait faire partie d'un effort régional en ce sens, a suggéré jeudi le général David Petraeus, chef des opérations américaines en Afghanistan et en Irak.
La résolution du conflit en Afghanistan requiert "une stratégie régionale comprenant le Pakistan, l'Inde, les Etats d'Asie centrale, même la Chine et la Russie, et aussi, peut-être, à un moment donné, l'Iran", a estimé le général lors d'une conférence organisée par le centre de réflexion Institute of Peace.
"Il existe un intérêt commun entre l'Afghanistan, la coalition (des forces étrangères en Afghanistan) et l'Iran, mais il va sans dire qu'il existe aussi de gros conflits d'intérêts", a-t-il souligné, en disant "laisser cet élément de l'approche régionale aux diplomates et aux responsables politiques".
Près de 70.0000 soldats des forces de l'Otan et de la coalition militaire sous commandement américain sont déployés dans le pays pour soutenir le gouvernement pro-américain de Kaboul face à la rébellion menée par les talibans, qui a gagné du terrain ces deux dernières années.
Les Etats-Unis, qui ont rompu leurs relations diplomatique avec Téhéran depuis trente ans, accusent l'Iran de développer un programme nucléaire à des fins militaires.
Toutefois, le président élu américain Barack Obama a indiqué vouloir mettre en place une diplomatie "dure mais directe" avec l'Iran.
"Les Iraniens ne veulent pas voir l'Afghanistan tomber aux mains de forces sunnites extrémistes, comme les talibans, et ils ne souhaitent pas non plus voir empirer le problème de la drogue", a expliqué le général Petraeus.
L'Afghanistan est le premier pays producteur d'opium mondial, dont la plupart est transformée en héroïne, ensuite exportée dans d'autres pays dont l'Iran.
"Ils veulent également voir se développer le commerce" avec leur voisin afghan, a-t-il souligné.
Mais "ils peuvent aussi rendre la vie impossible aux forces afghanes et de coalition", a-t-il constaté, en évoquant l'interception occasionnelle en Afghanistan d'armements en provenance d'Iran.
Le général Petraeus a par ailleurs souligné l'importance du Pakistan voisin dans toute approche du problème afghan.
"A bien des égards, l'Afghanistan et le Pakistan sont devenus un seul et même problème, et la route à suivre en Afghanistan est incomplète sans une stratégie incluant et aidant le Pakistan", a-t-il assuré.
Les zones tribales situées au nord-ouest du Pakistan, de l'autre côté de la frontière avec l'Afghanistan, son considérées comme la base arrière des insurgés afghans et de leurs alliés du réseau Al-Qaïda.
Le chef des opérations d'Al-Qaïda au Pakistan et son lieutenant y ont été tués "au cours de la semaine dernière", a indiqué jeudi à l'AFP un responsable américain du contre-terrorisme, sous couvert d'anonymat.
"Il n'y rien de facile en Afghanistan, et cela continuera d'être le cas en 2009 et dans les années suivantes", a conclu le général Petraeus.
L'armée américaine a annoncé fin décembre l'envoi prochain de 20.000 à 30.000 renforts dans le pays.
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vendredi 9 janvier 2009
David Petraeus: Iran et USA ont des intérêts communs en Afghanistan
Après l'année de la crise, l'année de la guerre ?, par Gérard Chaliand
La crise financière puis économique de la seconde moitié de l'année 2008 ont fait oublier la gravité croissante de la situation au Moyen-Orient. L'intervention israélienne à Gaza n'est que le premier signal du recours à la force armée pour chercher à résoudre une situation qui depuis quatre ans n'a cessé de se détériorer.
La guerre du Liban de l'été 2006 n'avait apporté aucune solution. On constate au contraire un effet de dominos qui affecte l'ensemble du Grand Moyen-Orient, celui-là même que les néoconservateurs américains prétendaient remodeler de Beyrouth à Islamabad.
La perspective de la création d'un Etat palestinien paraît plus lointaine que jamais. Depuis quatre ans (seconde présidence Bush, élection de Mahmoud Ahmadinejad en Iran), les théâtres de conflits ont plutôt pris de l'ampleur : Liban, Afghanistan, Gaza.
En Irak, le fragile équilibre militaire instauré par le général Petraeus n'a déterminé aucune avancée politique. La lutte pour le pouvoir est ouverte et personne ne peut prévoir à quoi le pays ressemblera d'ici à 2012. Les pays frontaliers, l'Iran en premier chef et la Turquie pèsent de toute façon. Sans l'agrément de ces voisins, l'Irak ne connaîtra pas de paix durable.
L'Afghanistan, hier considéré comme un théâtre secondaire dont seule la capitale était sécurisée, se révèle depuis peu comme le centre d'une crise locale et régionale d'envergure. Le prochain renforcement militaire américain, même épaulé par l'OTAN, est nécessaire mais non suffisant. La solution est surtout politique. La victoire, pour les Occidentaux, est hors de question. Il s'agit plutôt de rétablir un équilibre permettant de négocier dans un rapport de force plus favorable. Cela implique une coopération régionale, en premier lieu avec le Pakistan, l'Iran et l'Inde.
Or nulle part nous ne voyons se dessiner une solution prochaine ou durable. L'OTAN aujourd'hui joue sa crédibilité, ballotté par des objectifs incertains, des missions trop disparates, des décisions peu cohérentes, des engagements trop divers : la défense antimissile en Pologne et en République tchèque, les prétentions d'élargissement à la Géorgie et à l'Ukraine. L'Alliance est perçue comme l'instrument de la volonté de puissance des Etats-Unis.
Si, en février, M. Nétanyahou l'emportait, ce qui est probable, si début juin M. Ahmadinejad est réélu, ce qui est moins assuré, toute perspective de résolution pacifique serait sans doute écartée. La guerre pourrait devenir inévitable et concerner toutes les zones où chacune des puissances concernées pourrait pousser ses pions. Les Etats membres du Conseil de coopération du Golfe ne seraient probablement pas épargnés. Imagine-t-on les effets économiques de l'embrasement de cette zone ?
ASSUMER LE FARDEAU
M. Obama risque alors de se voir entraîné dans un processus dont il ne porte pas la responsabilité mais dont il devra assumer le fardeau. Cette mécanique guerrière est désormais enclenchée et son centre de gravité politique est l'Iran, car, pour Israël, l'acquisition éventuelle du feu nucléaire par ce pays constitue, à tort ou à raison, un fait inacceptable et un facteur essentiel, beaucoup plus important que le Hamas ou le Hezbollah. L'Iran peut aussi contribuer, s'il le juge productif, à dissiper les tensions au Liban, en Irak et partiellement en Afghanistan ou, à l'inverse, les exacerber. C'est pourquoi le dialogue américano-iranien est devenu vital. L'importance de la situation exige une coopération très large dont ne sauraient être exclus ni les Russes ni les Chinois.
M. Obama dispose encore de la puissance nécessaire pour créer cette ouverture. L'UE peut renforcer l'action de ce dernier en donnant une meilleure cohérence dès lors qu'il s'agit de la Russie.
L'heure des petits et des grands trocs, tous intimement liés, est venue mais le temps presse. Sinon, c'est sur une situation dégradée que se recomposera un nouvel équilibre géostratégique qui risque fort d'être défavorable aux puissances occidentales.
Gérard Chaliand est géostratège.
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jeudi 8 janvier 2009
QUI A TUÉ L'AYATOLLAH KANUNI ?
Le Livre de la semaine:
QUI A TUÉ L'AYATOLLAH KANUNI ? de Naïri Nahapétian. Ed. Liana Lévi, 280 p
Lisez ce critique publié dans le Monde.
On pourrait appeler cela la mondialisation du roman noir. Autrefois, la situation était simple : l'essentiel de la production en matière de fiction policière provenait de Grande-Bretagne, des Etats-Unis ou de France (on peut ajouter la Belgique pour ne pas fâcher les amateurs de Simenon, même si ses intrigues ont pour décor la France, la plupart du temps).
On pourra toujours trouver çà et là quelques exceptions. Mais globalement, la plupart des pays du monde se contentaient d'importer chez eux le roman policier en provenance de ces trois sources. Mais, depuis quelques décennies, la répartition géographique du genre a considérablement évolué. Il suffit de flâner dans le rayon "policiers" de n'importe quelle bonne librairie pour s'en convaincre. On peut y trouver en bonne place des romans islandais, sud-africains, indiens, japonais, turcs, brésiliens...
C'est que la fiction policière apparaît souvent comme le meilleur moyen d'évoquer pour un large public la situation sociale et politique d'un pays. C'est ce que fait Naïri Nahapétian dans ce premier roman, qui place pour la première fois l'Iran sur la carte mondiale du roman policier.
L'auteur, née en 1970 en Iran, a quitté le pays à l'âge de 9 ans, après la révolution islamique. Mais elle y retourne régulièrement pour les besoins de son activité de journaliste. Le héros de Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? est lui aussi un jeune reporter né en Iran de parents ayant activement milité contre le régime du shah, et qui a grandi en exil à Paris. Sa mère est morte en Iran dans des circonstances mal élucidées. Quant à son père, avec qui il entretient des relations houleuses, il tient un magasin de photos à Paris et a rompu tout lien avec son pays d'origine et son passé.
Le jeune journaliste, Narek Djamshid, retournant pour la première fois en Iran en 2005, à quelques semaines de l'élection présidentielle, est bien sûr en quête d'un bon reportage. Mais il est aussi à la recherche de son passé. A peine arrivé à Téhéran, il est pris en charge par une amie de sa mère, Leïla Tabihi, militante "féministe islamique" qui envisage de se présenter à l'élection, si du moins le Conseil des gardiens de la Constitution l'y autorise. En attendant, Leïla Tabihi a obtenu un rendez-vous avec l'ayatollah Kanuni, chargé de la répression des opposants, auprès de qui elle entend plaider la cause d'un certain nombre de prisonniers. Elle emmène Narek avec elle au palais de justice, mais à leur arrivée, ils découvrent l'ayatollah assassiné.
Bonne occasion pour Narek d'étudier de près le fonctionnement de la police et de se familiariser avec les geôles iraniennes. Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? La liste des coupables possibles est longue : des partisans du shah, la CIA, d'anciens Moudjahidin du peuple ? S'agit-il d'une affaire privée, politique, financière ? Car les ayatollahs se livrent une lutte sans merci pour la direction des fondations pieuses qui gèrent, prétendument au profit du peuple, l'ancienne fortune du shah.
Comment peut-on être persan ? Narek a bien des raisons de se poser sans cesse la question. Si son père est persan, sa mère était d'origine arménienne, et il est reçu en Iran par sa famille maternelle. Naïri Nahapétian, qui a publié dans la revue Cemoti ("cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien") un article sur "République islamique et communautarisme : les Arméniens d'Iran", s'intéresse particulièrement à cet angle de vue et évoque dans son roman comme dans cet article un lieu aussi improbable que le club arménien de Téhéran, le seul restaurant en Iran où les femmes peuvent ne pas être voilées. Un lieu, bien entendu, interdit aux musulmans.
La situation en Iran est pleine de paradoxes pour un lecteur français. La preuve, en 2005 dans le contexte électoral une seule chose semblait certaine, un candidat au moins n'avait aucune chance, c'était "ce nabot d'Ahmadinejad" qui, comme la suite l'a montré, fut élu triomphalement avec plus de 70 % des suffrages. Autre paradoxe : comment définir par exemple une "féministe islamique" qui propose une relecture du Coran favorable aux femmes, mais dans le même temps vitupère contre "les dégâts causés par ce vent de désinvolture qui soufflait depuis l'Occident" et contre ces couples modernes qui refusent l'aide d'Allah et paient "au prix fort cette mentalité permissive aux effets destructeurs". L'écueil dans ce genre de livre - et Naïri Nahapétian ne l'évite pas toujours -, c'est de privilégier la dimension didactique au détriment de l'intrigue policière. Mais la lecture de ce premier roman reste plaisante et instructive, particulièrement en ce début d'année 2009, à quelques mois de l'élection présidentielle iranienne qui doit désigner le successeur de Mahmoud Ahmadinejad en juin prochain.
Gérard Meudal
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Le soutien ambigu de l'Iran au Hamas
Ce soutien pourrait permettre de renforcer les conservateurs en vue de la présidentielle de juin prochain.
Depuis quelques jours, d'étranges candidats au martyre campent, jour et nuit, dans le vieil aéroport Mehrabad de Téhéran. Esmaee Ahmadi, un des responsables de l'Organisation des étudiants du Basij - une force de mobilisation iranienne volontaire soutenue par l'ayatollah Ali Khamenei -, vient même de déclarer, tambour battant, que plus de 70 000 jeunes seraient prêts à mener des attentats suicides contre les troupes israéliennes à Gaza. Mais selon les spécialistes de l'Iran, cette annonce, certes effrayante, ne doit pas être prise au sérieux. «Ces candidats n'ont concrètement aucun moyen d'accéder à Gaza. Impossible, pour eux, d'envisager de passer par Israël, ni par la mer. Quant au passage de Rafah, il est contrôlé par l'Égypte, avec qui Téhéran entretient des relations tendues», relativise Davoud Hermidas Bavand, qui enseigne les sciences politiques à Téhéran. Et de rappeler qu'à l'été 2006, au pic de la guerre entre Israël et le Hezbollah, aucun de ces prétendus kamikazes n'avait atteint le sol libanais…
«Un ennemi commun»
Que cherche donc Téhéran ? Pour le professeur Bavand, il faut d'abord voir là une rhétorique politique plus qu'un appel au djihad (guerre sainte). «L'objectif est clair : mobiliser les masses à travers le monde arabo-musulman en se ralliant à la cause palestinienne ; et, en interne, renforcer la fraction politique conservatrice à l'approche de l'élection présidentielle de juin prochain», estime-t-il.
En fait, la République islamique n'a jamais caché son soutien, avant tout stratégique, au Hamas. Pour l'Iran, le blocus imposé sur Gaza et la suspension des aides financières européennes au gouvernement palestinien, après la victoire de ce parti politique aux élections législatives de 2006, représentaient une occasion rêvée pour renforcer son influence régionale. «Il ne fait aucun doute que l'Iran soutient moralement, politiquement et financièrement le Hamas. Ils ont un ennemi commun, Israël, qu'ils ont intérêt à affaiblir», note Davoud Hermidas Bavand.
Certains experts vont plus loin en estimant que les pièces détachées des roquettes palestiniennes tirées sur Israël seraient de fabrication iranienne. Mais si cette information, difficile à vérifier, s'avère juste, le politologue iranien estime qu'«il est néanmoins erroné de penser que le Hamas agit sous les ordres de Téhéran». «L'alliance stratégique a ses limites. N'oubliez pas que pendant la guerre Iran-Irak les Palestiniens se sont rangés du côté de Saddam Hussein contre Téhéran», dit-il.
De plus, «l'Iran n'a sûrement pas intérêt à provoquer un embrasement régional, qui servirait d'argument idéal à Israël pour s'attaquer à ses installations nucléaires», estime un diplomate occidental familier du dossier. Pour l'heure, dit-il, la République islamique sait qu'il vaut mieux ne pas faire trop mauvaise figure, et ce dans un seul but : «S'imposer comme un acteur régional incontournable au moment des pourparlers de paix.» Le porte-parole de la diplomatie iranienne, cité hier par l'agence Mehr, a indiqué que le président Mahmoud Ahmadinejad vient d'envoyer 22 émissaires dans plusieurs pays pour demander l'arrêt des attaques israéliennes et la fin du blocus de Gaza.
Delphine Minoui
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mercredi 7 janvier 2009
L'indignation suscitée en Iran par les événements de Gaza renforce le président Ahmadinejad
Cette semaine, les imposantes cérémonies chiites de l'Achoura ont pris un tour nouveau à Téhéran. Les pénitents qui commémorent en se frappant la poitrine la mort de l'Imam Hussein, tué à la bataille de Kerbala, en l'an 61 de l'Hégire, semblent lui avoir associé les événements sanglants de la bande de Gaza. Le martyre d'Hussein est aussi celui des "frères de Gaza" proclame plus d'un intervenant.
Dans un pays qui ne reconnaît pas Israël, mais accorde un large soutien financier au Hamas, les autorités ont pris dès le début de l'offensive israélienne une position en pointe. A la tribune du Majlis, le président du Parlement, Ali Larijani, a prophétisé que la bande de Gaza deviendra le "cimetière" des Israéliens.
Peu après, le Guide suprême, l'ayatollah Khamenei appelait les musulmans à aider Gaza décrétant que ceux qui donneraient leur vie à cette cause "seraient considérés comme des martyrs". Le ministère des affaires étrangères a proposé d'installer un hôpital en Egypte pour soigner les blessés. Un appel au boycottage des firmes qui ont des liens "sionistes" a été également lancé.
Enfin, pour faire bonne mesure la presse iranienne a fustigé la "trahison" et la "passivité" de certains dirigeants arabes. Le Jombhoui Eslami (conservateur) demandant même de "résister face au mouvement anti-islamiste et de commencer la bataille du sang contre l'épée".
"Gaza-Kerbala : c'est un effet miroir, nous a expliqué au téléphone depuis Téhéran Ahmad Mehram, professeur en sciences sociales. L'émotion indignée de la rue devant les images en boucle à la télévision des morts palestiniens jointe à l'effervescence du deuil de l'Achoura a créé un climat tel que tous ceux qui critiquaient les diatribes outrancières du président Ahmadinejad sur l'urgence de détruire Israël, estimant qu'elles donnaient une image désastreuse du pays, sont obligés de se taire."
DES JEUNES "PRÊTS À MOURIR"
Dans les faits, au-delà des déclarations enflammées, l'Iran laisse évoluer la situation en évitant soigneusement tout aventurisme. Les 70 000 jeunes qui, selon la presse officielle, se disent "prêts à aller mourir à Gaza" n'ont pas reçu le feu vert des autorités. Quant au chef des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime, le général Mohammad Ali Jafari, interrogé sur quelle aide militaire l'Iran pourrait apporter au Hamas, il s'est contenté de répondre : "La résistance des habitants de Gaza et le profil de la guerre ne rendent pas nécessaire l'aide militaire d'autres pays. Ils ont les armes requises."
Indéniablement, du moins à ce stade, l'offensive d'Israël vient à point pour le président iranien, malmené ces derniers temps par les critiques.
Les élections législatives du printemps ont montré que les "ultras" sur lesquels il s'appuie ont perdu du terrain au Parlement, dominé par un rival potentiel pour l'élection présidentielle de juin, Ali Larijani, ancien négociateur en chef du dossier nucléaire.
M. Ahmadinejad, qui est aussi critiqué dans le clan conservateur pour sa mauvaise gestion de l'économie - l'inflation flirte avec les 30 % - n'a d'ailleurs pas encore indiqué s'il briguerait un nouveau mandat. Selon certains analystes, le Guide suprême hésiterait encore sur le choix du candidat conservateur à soutenir.
Si les événements de Gaza ont donné un répit au gouvernement iranien, ils lui ont aussi permis, dénoncent les réformateurs qui espèrent que l'ex-président Mohammad Khatami se présentera à la présidentielle, de faire pression sur ses adversaires.
Ainsi, un important journal proche des réformateurs, Kargozaran, a été fermé le 31 décembre. Officiellement pour avoir publié un article "critiquant les militants palestiniens à Gaza" et "justifiant les crimes contre l'humanité du régime sioniste".
C'est aussi sur l'accusation de "soutien aux sionistes", en dépit de ses communiqués dénonçant le sort des Palestiniens, que le Prix Nobel de la paix 2003, Shirin Ebadi, a vu sa maison attaquée à Téhéran il y a quelques jours, après que l'association des juristes en faveur des droits de l'homme qu'elle anime a été fermée.
Marie-Claude Decamps
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samedi 3 janvier 2009
L'Iran derrière les missiles Grad du Hamas
De Gaza, des centaines d'islamistes ont été envoyés en «formation» à Damas et à Téhéran, ces dernières années.
De « l'obus du pauvre » confectionné à base de sucre au début des années 2000, jusqu'aux missiles Grad, qui viennent de frapper pour la première fois Beersheva, à 40 km de la bande de Gaza : en quelques années, le Hamas est parvenu à allonger la portée de ses roquettes pour atteindre, désormais, Israël en profondeur, et créer la panique chez plus de 800 000 de ses ressortissants. Progressivement, ses tirs de roquettes ont remplacé les attentats suicides, comme principale arme contre l'État hébreu.
Ce « saut qualitatif » est dû à un renforcement des liens logistiques entre le Hamas et son allié iranien, via le Hezbollah libanais et la Syrie. Depuis la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes de 2006, « des centaines de ses membres sont allés suivre des entraînements en Syrie et en Iran », affirme au Figaro un ancien responsable de la sécurité de l'Autorité palestinienne à Gaza. Ce sont les cadres de la branche militaire du Hamas, qui détiennent l'expertise en matière de lancement de roquettes, et non pas les centaines de membres des forces de l'ordre, qui ont été tués par Tsahal, depuis le début de son offensive, il y a une semaine. D'où la poursuite des tirs contre le sud de l'État hébreu. « Ces cadres sont cachés dans l'entrelacs de tunnels et de bunkers que le Hamas a construit depuis qu'il a renversé l'Autorité palestinienne à Gaza en juin 2007 », explique un observateur palestinien à Gaza.
Ce camouflage souterrain est l'autre nouveauté dans la stratégie de défense du Hamas face à Tsahal. Les islamistes ont en effet tiré les leçons de la très bonne résistance du Hezbollah au Liban face à Israël, durant la guerre de l'été 2006. S'inspirant du Parti de Dieu, le Hamas a creusé des galeries souterraines, lui permettant d'échapper aux bombardements israéliens, et aux drones, ces avions sans pilote qui repèrent les cibles à frapper. Le Hamas compte également sur ces bunkers pour faire face à une offensive terrestre de Tsahal. Ils permettent de stocker des armes, voire même de s'entraîner, comme c'était le cas dans les tunnels récemment mis au jour à Hébron, en Cisjordanie.
300 tonnes d'explosifs importés à Gaza
Plus de 400 roquettes artisanales ou de fabrication iranienne (Grad 1) ont été tirées, depuis une semaine. Le Hamas en dispose encore de plusieurs milliers, dont des katiouchas et des Grad 2, de plus longue portée, que les islamistes pourraient utiliser, en cas d'attaque terrestre. Les missiles pénètrent à Gaza, via les 200 à 300 tunnels de contrebande que le Hamas contrôle à la frontière avec l'Égypte, et dont une centaine seulement ont été détruits par Tsahal. Grâce à ces cavités, le Hamas a pu importer, selon Israël, 300 tonnes d'explosifs, qui lui manquaient pour la détonation des missiles, mais également des munitions antichars et des fusils d'assaut. « Les Grad parviennent en pièces détachées à Gaza, puis sont assemblées par les experts du Hamas qui ont été formés en Syrie ou en Iran », souligne un diplomate. Comme le Hezbollah, le Hamas dispose de petites unités très mobiles, communiquant entre elles par talkie-walkie. Persuadé qu'une offensive militaire israélienne était inéluctable, le Hamas a établi ces derniers mois un haut conseil de guerre, dirigé par Ahmad al-Jabari, un des chefs des brigades Ezzedine al-Qassam, sa branche armée, et Saïd Siam, son ancien ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'union nationale palestinien.
« En 2005, 70 % des roquettes n'atteignaient même pas Israël », se souvient un ancien artificier de la police palestinienne. « Mais à force de tâtonner, le Hamas a progressé, dans la détonation à la cible ou dans la stabilisation en vol de ses engins », ajoute-t-il. Cela étant, ses missiles manquent encore de système de guidage. « Les Iraniens ne donnent pas au Hamas toutes les armes que ce dernier réclame », affirme un proche de sa direction en exil. Pour Téhéran, donner davantage, c'est davantage contrôler : « or le Hamas y est opposé, il reste attaché à son indépendance », assure ce sympathisant. Récemment encore, Téhéran n'aurait pas accédé à une demande d'assistance du Hamas, d'après des sources proches du renseignement israélien. À Gaza, des responsables du Hamas promettent des « surprises » si Tsahal pénétrait en territoire palestinien. Fanfaronnade ? Pas sûr. Certains redoutent que le Hamas se serve de la poignée de djihadistes étrangers ou locaux, que le mouvement intégriste a laissé prospérer à ses flancs, pour commettre des attentats suicides contre les chars israéliens.
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vendredi 2 janvier 2009
L'Union européenne exprime ses "craintes" pour l'avocate iranienne Shirin Ebadi
Un peu plus d'une semaine après la fermeture à Téhéran, le 21 décembre 2008, des bureaux d'une association de défense des droits de l'homme dirigée par le prix Nobel de la paix 2003 Shirin Ebadi, l'Union européenne (UE) a fait part, mercredi 31 décembre, aux autorités iraniennes, de ses "craintes réelles" sur la sécurité de l'avocate iranienne.
"L'ambassadeur d'Iran en France a été convoqué aujourd'hui par la présidence du Conseil de l'Union européenne qui lui a marqué avec fermeté combien elle jugeait inacceptables les menaces pesant sur Mme Ebadi et ses collègues", a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay, au dernier jour de la présidence française de l'UE.
"La présidence a rappelé à l'ambassadeur d'Iran que les autorités iraniennes étaient comptables de la sécurité de Mme Ebadi qui suscite des craintes réelles au sein de l'Union européenne", a-t-il ajouté. La France a également demandé à l'Iran de "permettre la réouverture" du Cercle des défenseurs des droits humains et à lui accorder un statut légal "qu'il demande depuis des années".
Créé en 2000 par Shirin Ebadi et par d'autres défenseurs iraniens des droits humains, le Cercle avait prévu de célébrer le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme dans ses bureaux de Téhéran le 21 décembre, selon l'organisation internationale de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW).
"CHARGES DOUTEUSES"
Cette organisation avait exprimé, le 23 décembre, son inquiétude devant les "nouvelles persécutions et éventuelles poursuites judiciaires dont Shirin Ebadi et les membres du Cercle pourraient faire l'objet".
"Il est en effet courant pour les autorités iraniennes, selon Human Rights Watch, de faire suivre ce genre de perquisitions, et autres mesures de harcèlement, d'arrestations arbitraires et de périodes de détention, conduisant souvent à des poursuites judiciaires basées sur des charges douteuses." L'organisation internationale rappelait ainsi que "Mohammad Sadiq Kaboudvand, fondateur de l'Organisation de défense des droits humains du Kurdistan, purge actuellement une peine de dix ans de prison en raison de ses activités de défenseur des droits humains".
L'attention portée par l'Union européenne à Mme Ebadi coïncide avec la reconnaissance par les autorités iraniennes de la détention d'un célèbre blogueur irano-canadien, interpellé pour des écrits présumés sur des figures vénérées du chiisme.
Le cas d'Hossein Derakhshan "fait l'objet d'une enquête préliminaire et il se trouve en détention", a notamment déclaré le porte-parole du ministère de la justice, Ali Reza Jamshidi, mardi. Son blog, hautement politisé, n'a pas été actualisé depuis le 30 octobre et, selon des informations diffusées de l'étranger, il aurait été interpellé le 1er novembre, à son arrivée à Téhéran, pour une visite privée.
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