jeudi 22 janvier 2009

Les activités de la BBC en persan interdites en Iran (ministre)

Le ministre iranien de la Culture, Mohammad Hossein Safar-Harandi, a averti que les activités de la nouvelle chaîne de télévision en persan de la BBC étaient interdites en Iran, a rapporté mercredi l'agence Ilna.

"Les activités de cette chaîne sont interdites en Iran et toute collaboration avec elle créera des problèmes" à ceux qui voudront le faire, a dit le ministre, en menaçant d'"actions légales" les éventuels contrevenants.

Il a notamment lancé une mise en garde à l'équipe de la BBC en anglais qui dispose d'un bureau à Téhéran, avec un correspondant britannique. "Si la BBC en anglais abuse de l'opportunité qu'elle a en préparant des produits pour le service en persan de la chaîne, nous agirons contre elle".

"Le passé de la BBC et de la Grande-Bretagne pour créer des troubles et des divisions dans le pays est très clair", a encore dit le ministre.

La BBC a lancé le 14 janvier une chaîne de télévision en persan, moins d'un an après la naissance de la "BBC Arabic Television".

La "BBC Persian TV", qui émet par satellite, est destinée à l'Iran (70 millions d'habitants), l'Afghanistan (20 millions) et le Tadjikistan (10 millions).

Les programmes radio de la BBC sont déjà très écoutés dans ces trois pays.

Selon les autorités iraniennes, au moins 30% de la population ont accès aux télévisions satellitaires étrangères, malgré l'interdiciton des antennes paraboliques.

Les Iraniens peuvent déjà regarder une vingtaine de chaînes de télévision satellitaires en persan, notamment la Voix de l'Amérique (VOA), qui émet plusieurs heures par jour.

Le gouvernement britannique a accordé quinze millions de livres (16,8 millions d'euros) pour le lancement de la chaîne. La BBC World Service tire son financement du ministère des Affaires étrangères, à la différence de sa version nationale qui puise ses ressources dans la redevance télé.



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L'Iran veut juger Barack Obama à ses actes

Au lendemain de l'investiture de Barack Obama, l'Iran a déclaré mercredi vouloir juger le nouveau président américain à ses actes, invitant Washington à un "changement" de politique au Proche-Orient.

Selon le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki, cité par l'agence officielle IRNA, Téhéran attendra de voir quelles politiques M. Obama appliquera "en pratique" avant de se prononcer. M. Mottaki a exhorté le nouveau chef de la Maison Blanche à corriger l'image des Etats-Unis à l'étranger et à employer des conseillers qui lui disent la "vérité" sur la situation au Moyen-Orient.

"Un nouveau Moyen-Orient est en cours de construction. La nouvelle génération dans cette région cherche la justice et rejette la domination. Un changement de politique au Moyen-Orient est un des domaines" d'action "si le nouveau gouvernement américain prétend suivre une politique de changement", a ajouté M. Mottaki.

Durant la campagne électorale, Barack Obama s'est d'abord dit partisan d'un dialogue sans conditions avec les dirigeants iraniens. Mais il est ensuite apparu en retrait de cette position, en se déclarant sans autre précision favorable à une diplomatie directe, tout en fermeté.

L'Iran, a-t-il rappelé lors d'une interview la semaine dernière à la chaîne de télévision américaine ABC, représentera "un de nos plus grands défis".

"Et comme je l'ai dit durant la campagne (présidentielle), vous savez, nous avons une situation dans laquelle non seulement l'Iran exporte le terrorisme à travers le Hamas, à travers le Hezbollah, mais cherche à se doter d'une arme nucléaire qui pourrait potentiellement déclencher une course aux armements nucléaires au Proche-Orient", a-t-il dit.

Les Etats-Unis, a-t-il poursuivi, adopteront "une nouvelle approche" à l'égard de l'Iran, enverront le message que "nous respectons les aspirations du peuple iranien, mais que nous avons également certaines attentes quant à la façon dont un acteur de la scène internationale doit se comporter".

Mardi lors de son discours d'investiture, M. Obama s'est adressé au "monde musulman", assurant que les Etats-Unis cherchaient "une nouvelle façon d'avancer, fondée sur notre intérêt mutuel et notre respect mutuel".

"Aux dirigeants à travers le monde qui cherchent à semer le conflit, ou imputent les maux de leur société à l'Occident: sachez que votre peuple vous jugera sur ce que vous pouvez construire, et non sur ce que vous détruisez. A ceux qui s'accrochent au pouvoir par la corruption, la tromperie et en réduisant la contestation au silence, sachez que vous êtes du mauvais côté de l'histoire. Mais que nous tendrons la main si vous voulez desserrer votre poing", a notamment déclaré le président Barack Obama.



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Mahmoud Ahmadinejad se pose en "leader de la rue arabe"

Il n'est pas un carrefour important, une avenue, une place à Téhéran qui n'abrite une affiche géante de Palestiniens blessés à Gaza, ou une urne pour collecter de l'argent. Images en boucle à la télévision, colloques et manifestations de soutien en tout genre, dont celle, inédite, l'autre jour, de petites filles serrant une poupée pour symboliser les enfants morts sous les bombes : depuis plus de trois semaines, l'Iran vit à l'unisson de Gaza. Tabriz, une des villes saintes chiites, s'est déclarée "soeur jumelle" de Gaza, et les utilisateurs de téléphones portables ont reçu par SMS un numéro de compte bancaire pour des dons.

Le président Mahmoud Ahmadinejad a, pour sa part, réclamé un tribunal international pour y "juger les crimes de guerre d'Israël". Le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a émis une fatwa (décret religieux) appelant au boycottage des produits et des compagnies liées à Israël. Et, à la prière du vendredi, le 16 janvier, l'ayatollah Jannati a même déclaré que la ministre des affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, mériterait que "quelqu'un utilise une balle" contre elle.

En dehors de ce climat d'effervescence émotionnelle, relayé par les autorités, pas fâchées au passage de voir la crise économique éclipsée à la "une" des journaux, l'heure n'est pourtant pas aux "dérapages". Les 70 000 volontaires qui attendaient à l'aéroport pour aller défendre leurs "frères" de Gaza, la semaine dernière, ont été renvoyés chez eux par les services de sécurité. Quant aux jeunes radicaux qui ont promis "un million de dollars" pour la tête du président égyptien Hosni Moubarak, ils ont été vertement remis en place dans un éditorial de la presse conservatrice.

"SOLIDARITÉ ISLAMIQUE"

L'Iran a préféré mettre l'accent sur une offensive diplomatique de grande envergure. En quelques jours, le ministre des affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a multiplié les messages demandant des "clarifications" à l'Egypte, l'Arabie saoudite et la Jordanie, jugées trop "passives" et "proaméricaines". Le président du Parlement iranien, Ali Larijani, est allé plaider la cause du Hamas en Turquie, et M. Ahmadinejad s'est rendu à un sommet à Doha consacré à Gaza, le 16 janvier. Ni le chef de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ni l'Egypte, ni l'Arabie saoudite n'étaient présents. En revanche, le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, était là.

Pour M. Ahmadinejad, premier président iranien à avoir participé à une réunion du Conseil de coopération du Golfe, en 2007, c'était aussi une façon de mettre son pays en première ligne, avec la Syrie, derrière le Hamas. Et, d'une manière plus générale, en première ligne sur la question palestinienne. En agissant au nom d'une "solidarité islamique", M. Ahmadinejad "se positionne en leader de la rue arabe", face à l'embarras des pays arabes "modérés" qui ont reconnu Israël, estiment certains analystes.

L'Iran, plus que jamais "parrain" du Hamas, auquel il aurait donné, dit-on, 250 millions de dollars il y a trois ans ? Il suffit de se rendre au nord de Téhéran, dans un petit immeuble résidentiel qui abrite aussi, nous dira le gardien, une délégation du Hezbollah, pour poser la question au docteur Abou Osama Abdolmati, qui, depuis sept ans, est le représentant du Hamas en Iran.

"En Europe, votre problème, c'est que vous êtes focalisés sur l'Iran !", s'exclame-t-il, assurant que son mouvement, issu des Frères musulmans, n'est pas un satellite de Téhéran et "existait bien avant la République islamique sous un autre nom, se bat et résiste depuis soixante ans". Bien sûr, le Hamas "remercie l'aide iranienne" : "Nous voulons la justice, dit-il, et nous acceptons toute l'aide qui va dans ce sens. J'engage les pays européens, dont la France, l'Italie, l'Allemagne, le Royaume-Uni, à suivre le chemin de l'Iran, qui cherche la justice pour les Palestiniens. Mais il n'y a pas que l'Iran, nous recevons de l'aide d'Arabes du monde entier."

Ce que veut le Hamas, explique M. Abdolmati, c'est une négociation "globale" : "Cessez-le-feu, retrait militaire, fin des restrictions et ouverture de tous les points de passage, dont Rafah, sans quoi nous nous battrons sans fin. Des années, s'il le faut." Considère-t-il comme certains que l'Egypte a "trahi" les Palestiniens ? Il reste prudent : "C'est un mot que je n'emploierais pas. Je préfère dire, sans les citer, que les pays arabes dits modérés auront une responsabilité morale et historique à assumer après ce qui s'est passé à Gaza."

Marie-Claude Decamps


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mardi 20 janvier 2009

Barack Obama se montre "tantôt réaliste, tantôt idéaliste"

Historien, Justin Vaisse est un spécialiste de la diplomatie américaine, et chercheur à la Brookings Institution.

Le départ de George Bush signe-t-il définitivement l'échec des néoconservateurs ?
En fait, ils n'ont jamais été dominants à Washington ou même dans l'administration Bush. L'influence intellectuelle de Bill Kristol ou Robert Kagan est notable, mais l'influence politique de décideurs comme Paul Wolfowitz, Doug Feith ou Elliott Abrams s'explique largement par leur alliance avec un autre courant, celui des "faucons nationalistes" comme Dick Cheney, Donald Rumsfeld ou John Bolton. Ces deux groupes ont promu l'intervention en Irak, mais pour des raisons différentes, s'opposant surtout à une troisième école, celle des réalistes.
Comment décrire ces trois camps ?
Les néoconservateurs veulent une Amérique forte, active et interventionniste, qui façonne son environnement international. Si elle ne le fait pas, des forces hostiles le feront, ce qui mettra en danger la sécurité des Etats-Unis et la paix internationale. Ils défendent la démocratie tant pour des raisons morales que pour des raisons de stabilité : les démocraties sont plus pacifiques (entre elles), elles n'engendrent pas de terrorisme ou de prolifération et ne menacent pas les Etats-Unis. Que ce soit pour l'URSS, l'Irak ou l'Iran, ils préfèrent changer le régime plutôt que de le légitimer par le dialogue avec lui.
Les faucons nationalistes partagent la vision musclée des néoconservateurs, mais ne s'intéressent pas à la question de la démocratie, des régimes politiques. Ils veulent projeter une image de force à l'extérieur pour que l'Amérique soit respectée.

Les réalistes, au contraire, prennent la diplomatie au sérieux. Ils privilégient l'ordre et l'équilibre des puissances, se méfient des grandes utopies, et acceptent la légitimité des régimes autocratiques, avec lesquels il faut parfois négocier pour avancer les intérêts américains.
Qui l'a emporté ?
Le 11-Septembre a changé la donne et a permis à l'alliance des faucons de l'emporter sur la question irakienne en 2002-2003 contre les réalistes, représentés par le secrétaire d'Etat Colin Powell et, à l'extérieur de l'administration, par Brent Scowcroft, ancien conseiller de Bush père, qui avait mis en garde contre une intervention en Irak dès l'été 2002. Mais suite aux déboires en Irak, et plus encore à partir de 2006, George Bush a pris un tournant réaliste sur tous les grands dossiers, avec Condoleezza Rice comme secrétaire d'Etat : Corée du Nord, Israël, terrorisme et même le principe de négocier avec l'Iran. Ce qui explique que la rupture d'Obama ne sera pas si profonde : c'est entre Bush I et Bush II que se sont faits les réajustements les plus importants.
Trouve-t-on, au sein de l'administration Obama, de telles divisions entre écoles de pensée ?
Même si leur perception de la puissance n'est pas la même que celle des néoconservateurs, il existe des "faucons libéraux", qui estiment que l'Amérique doit intervenir pour des causes humanitaires et pour empêcher les génocides, car ces désordres minent la stature morale de la communauté internationale et risquent de menacer la paix du monde et donc la sécurité des Etats-Unis. Leur chef de file est Madeleine Albright qui est très proche d'Hillary Clinton, l'actuelle secrétaire d'Etat, et de Susan Rice, l'ambassadrice à l'ONU, très en pointe sur la question du Darfour.
Qui sont les réalistes ?
Il ne faut pas exagérer l'importance de ces étiquettes. Mais dans le camp réaliste, on peut mentionner Joe Biden, le vice-président, Jim Steinberg, le numéro 2 du département d'Etat, et sans doute le général James Jones, le conseiller de sécurité - contrairement à ce qu'on pense, les militaires sont rarement interventionnistes. Ils seront réticents à intervenir sauf si les intérêts stratégiques de l'Amérique sont directement engagés. Ils privilégieront le dialogue avec Moscou et même Téhéran. Leur figure de référence : Zbigniew Brzezinski, qui vient de signer un livre avec le républicain Brent Scowcroft, ce qui montre la proximité des deux !

Il existe aussi une troisième école, celle qui met en avant l'importance des institutions internationales et du multilatéralisme. Quelqu'un comme Anne-Marie Slaughter, qui devrait diriger le centre d'analyse et de prévision du département d'Etat, insiste sur la nécessité de renforcer les organisations internationales et les normes collectives. Ces "institutionnalistes" pourraient jouer un rôle d'arbitrage entre les réalistes et les interventionnistes.
Et Barack Obama, quelle est sa vision du monde ?
Il s'est bien gardé de trop s'engager et, encore une fois, l'étiquetage a ses limites ! Tantôt il a paru réaliste, en évoquant l'ouverture vers l'Iran et une ligne plus douce vis-à-vis de la Russie, en consultant Zbigniew Brzezinski ou même Brent Scowcroft. Tantôt il a paru idéaliste, évoquant l'importance d'un leadership américain déterminé pour le "monde libre". Mais en même temps, ayant vécu à l'étranger, il est très conscient du problème d'image des Etats-Unis. Enfin, n'oublions pas que c'est un professeur de droit : ça ne fait pas de lui automatiquement un institutionnaliste, mais il est sensible à cette question de la légalité.


Propos recueillis par Corine Lesnes


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Paris et Londres veulent accroître les sanctions européennes contre l'Iran

Aider le président américain Barack Obama à traiter avec l'Iran en position de force ? C'est la motivation d'un groupe de pays européens, France et Royaume-Uni en tête, qui ont multiplié les démarches, ces dernières semaines, pour tenter de parvenir à de nouvelles sanctions de l'Union européenne (UE) contre la République islamique. L'Italie et, de façon plus nuancée, l'Allemagne, les ont rejoints. Mais les discussions entre Européens n'ont pas abouti à ce stade car les Vingt-Sept sont divisés.

L'Iran est aux prises avec la communauté internationale en raison de la poursuite de son programme d'enrichissement d'uranium, soupçonné d'avoir pour but la fabrication de l'arme nucléaire.

Les partisans de sanctions accrues estiment qu'il faut que l'UE se dote des moyens d'accompagner l'équipe Obama dans ce qui se profile comme une nouvelle stratégie américaine d'ouverture en direction de l'Iran (engagement) avec un "plus grand bâton", c'est-à-dire des pressions économiques accrues, indique-t-on de source diplomatique occidentale.

La France a été sur ce plan particulièrement active, notamment lors de sa présidence du Conseil européen, dans la continuité de ce que Nicolas Sarkozy avait décidé en 2007. Paris et Londres ont plaidé auprès des partenaires européens en faveur de nouvelles mesures, visant notamment le secteur énergétique de l'Iran et les activités bancaires du pays.

Il s'agirait d'empêcher l'Iran de se procurer certains équipements et technologies pour son industrie pétrolière, qui fournit une grande partie des revenus du pays. L'Iran connaît d'importants problèmes d'investissements et de modernisation de son infrastructure énergétique, rendus plus aigus encore par la chute des prix mondiaux du brut.

Ayant pour l'heure échoué dans leur tentative faute de consensus européen, les responsables français et britanniques semblent se concentrer sur un autre objectif : faire interdire sur le territoire de l'UE les activités des banques iraniennes Saderat et Mellat. Ces institutions sont déjà frappées de sanctions unilatérales américaines, la première en raison de son soutien à des "organisations terroristes", la seconde parce qu'elle aide le secteur nucléaire iranien.

Un autre axe de travail consiste à rallonger la liste des entités iraniennes déjà visées par des mesures européennes autonomes, afin de traquer les sociétés qui servent de "faux nez" aux activités de l'Iran dans sa stratégie de contournement des sanctions internationales.

Depuis des années, les Etats-Unis et Israël incitent les Européens à resserrer l'étau économique et financier sur l'Iran, pour contraindre son régime à satisfaire les demandes du Conseil de sécurité de l'ONU. On anticipe, à Paris et à Londres, que l'administration Obama poursuivra sur cette voie tout en ouvrant, sans doute, de nouveaux canaux de discussions avec l'Iran.

L'effort des Français et des Britanniques se heurte aux réticences de plusieurs pays européens soucieux de protéger leurs intérêts économiques. C'est le cas de l'Autriche, dont la firme OMV a conclu en 2007 un accord avec l'Iran dans le domaine pétrolier, et du Luxembourg, qui pense à son secteur bancaire. En Allemagne, pays dont de nombreuses PME sont actives en Iran, de forts tiraillements politiques existent entre la chancelière Angela Merkel (favorable à de nouvelles sanctions) et son ministre des affaires étrangère, Frank-Walter Steinmeier (qui y est opposé). La Suède a fait valoir que le processus des sanctions serait plus légitime s'il restait dans le cadre du Conseil de sécurité de l'ONU, qui a voté trois résolutions de ce type depuis 2006. L'Espagne, la Grèce et Chypre veulent mettre l'accent sur le dialogue avec Téhéran.

Le flou entourant les intentions de l'équipe Obama ainsi que la perspective de l'élection présidentielle iranienne en juin pèsent sur le débat. "L'augmentation des sanctions ne ferait-elle pas le jeu des radicaux iraniens ?", s'interrogent certains. "Les Français poussent très fort, commente une source européenne, mais on ne voit pas très bien comment on peut faire alors que les Américains n'ont pas encore bougé."

Les Européens s'inquiètent de leur marginalisation sur le dossier nucléaire iranien, où ils ont joué depuis 2003 un rôle de premier plan. Les responsables français ont incité M. Obama à ne pas casser le canevas des efforts diplomatiques menés jusqu'à présent, estimant dangereux que Washington renonce à certaines exigences.

Alors que l'UE est sur une position d'attente, Paris, Londres et Rome ont discrètement décidé, en décembre 2008, d'aller de l'avant. En conseillant fortement aux banques, aux assurances, aux compagnies de navigation et à toute firme liée au secteur énergétique de se passer de transactions ou de contrats avec l'Iran.

Natalie Nougayrède



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vendredi 16 janvier 2009

L'Iran détient la clé de son propre réveil, par Shirin Ebadi

Alors que l'on vient de célébrer le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, on pourrait se laisser aller au découragement. Avec toute la violence et les violations des droits que rien ne semble pouvoir arrêter, le Moyen-Orient est un terrain propice à un tel sentiment de désespoir. En effet, l'extrême violence qui règne actuellement à Gaza va laisser son empreinte sur des générations de jeunes, fragiliser les perspectives de paix, et aggraver une crise humanitaire déjà profonde.

Nos combats sont nombreux et quelques lueurs d'espoir apparaissent dans cette région du monde. Je suis convaincue, par exemple, que mon pays détient la clé de son propre réveil.

En Iran, une jeune génération de femmes déterminées et cultivées oeuvre inlassablement pour faire progresser les droits des femmes. Il y a environ deux ans, elles ont lancé la campagne "Un million de signatures", un mouvement populaire visant à réformer le système judiciaire et à informer la population de la discrimination à l'égard des femmes. A ce jour, elles ont recueilli des signatures, dont celles de beaucoup d'hommes iraniens, et elles ont débattu avec des milliers d'Iraniens de l'importance d'une réforme de la justice.

Notre action collective est une réussite remarquable et un exemple fort de la manière dont une société civile dynamique sert de catalyseur pour le changement. Du point de vue du gouvernement, cependant, cette action prend trop d'importance.

En 2008, le gouvernement iranien a lancé une contre-campagne visant ces femmes, et des dizaines d'entre elles ont été emprisonnées, harcelées et privées de documents permettant de quitter le pays. Ces actes ne passent pas inaperçus. Récemment, deux experts des droits de l'homme des Nations unies ont présenté une déclaration conjointe exprimant leur profonde préoccupation. Les rapporteurs spéciaux Margaret Sekaggya and Yakin Erturk ont souligné que les autorités iraniennes prenaient particulièrement pour cible les femmes et les hommes actifs dans la campagne "Un million de signatures".

En décembre 2008, l'Iran a empêché Nasrin Sotoudeh, jeune avocate de renom oeuvrant pour la défense des droits humains, de se rendre en Italie où devait lui être remis un prix international des droits de l'homme. Quelques jours plus tard, la police iranienne a procédé à la perquisition et à la fermeture des bureaux d'une organisation que j'ai contribué à fonder, le Centre des défenseurs des droits de l'homme, au motif qu'elle exerçait ses activités sans autorisation. Une semaine plus tard, les autorités iraniennes ont perquisitionné mon propre cabinet, saisissant mes ordinateurs. Elles m'ont confisqué de nombreux dossiers confidentiels concernant la défense des droits d'Iraniens injustement emprisonnés ou privés de leurs droits fondamentaux pour avoir mené la campagne "Un million de signatures" et d'autres actions importantes pour la défense des droits de l'homme.

Il y a quelques jours, la police a laissé un groupe de "manifestants" s'attaquer à mon domicile et à mon cabinet. C'est un bien triste signe des temps que, en Iran, les protestations pacifiques organisées par des femmes demandant davantage de droits se terminent par des arrestations et de la violence de la part de la police iranienne, alors que cette même police a fermé les yeux pendant la manifestation violente de voyous devant chez moi.

Les jeunes défenseurs des droits de l'homme avec lesquels je travaille sont-ils intimidés ? Non ! Cette génération remarquable de militants iraniens comprend que les progrès réalisés par des forces modérées en Iran constituent une menace pour ceux qui craignent le changement. Cependant, ils n'acceptent pas que les actes insensés de ceux qui cherchent à freiner la progression de l'Iran les empêchent de poursuivre leurs efforts pour faire avancer le pays.

On m'interroge souvent à propos de l'élection présidentielle prévue en juin, et je réponds parfois que mon avis sur le futur vainqueur n'a pas vraiment d'importance. En tant qu'avocate, et ayant consacré ma carrière à lutter pour et au sein du système judiciaire iranien, je m'intéresse davantage à la légalité de la protection des droits de l'homme en Iran. La véritable réussite sera une élection respectant une procédure régulière. Les politiciens vont et viennent, mais un système judiciaire sain, efficace et juste, est la garantie à long terme de droits de l'homme accrus pour le peuple iranien.

Suis-je découragée par les derniers événements ? Non. En 2005, j'ai écrit que l'Iran connaissait un processus de "réveil", qu'un profond changement social se produisait dans la société. Les dernières mesures de répression contre les défenseurs des droits de l'homme sont inacceptables et constituent une régression, mais elles ne vont pas empêcher les Iraniens de rester sur la voie qu'ils ont choisie. Ce n'est pas une voie aisée, mais les voies dignes d'intérêt le sont rarement. Quels que soient les récents événements, je suis déterminée à rester en Iran et à poursuivre mon action de valorisation et de défense des principes des droits de l'homme.

Traduit de l'anglais par Isabelle Chérel.



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mercredi 14 janvier 2009

Le legs délicat du dossier iranien de Bush à Obama

Barack Obama promet une "nouvelle approche" à l'égard de l'Iran... Mais comment son arrivée à la Maison-Blanche peut-elle modifier les relations irano-américaines?

"Une nouvelle approche". C'est la politique préconisée par Barack Obama, à l'égard de l'Iran. Evasif mais optimiste, le président élu, qui entrera en fonction mardi prochain, a reconnu le 11 janvier sur la chaîne ABC, que le dossier iranien sera "l'un des plus gros défis" de son début de mandat.

"Nous avons une situation dans laquelle l'Iran n'exporte pas seulement le terrorisme à travers le Hezbollah et le Hamas, mais poursuit également un programme nucléaire qui pourrait potentiellement déclencher une course à l'arme atomique au Moyen-Orient", a ainsi expliqué le futur résident de la Maison-Blanche.

La question iranienne est l'un de ces nombreux legs de l'administration républicaine sur lesquels un changement de cap est attendu. Mais en sera-t-il ainsi? Pour l'ex-ambassadeur Denis Bauchard, conseiller pour le Maghreb et le Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales (Ifri), et ancien président de l'Institut du Monde arabe, le fait de présenter l'Iran comme un interlocuteur désormais valable, est déjà un signe positif.

"L'Iran est une puissance régionale, un acteur-clé dans la résolution de nombreux conflits dans la région. Il faut le prendre au sérieux, et surtout lui donner la garantie que les Occidentaux n'essayeront pas de renverser le régime". Les 65 millions de dollars investis par les Etats-Unis en 2009, pour la "promotion de la démocratie" en Iran, sont, à ce titre, très mal perçus.

Il reste qu'un dialogue ne peut s'ouvrir que sur la base d'intérêts communs. L'Afghanistan et la lutte contre les taliban rassemblent les deux pays. En 2001, la République islamique avait déjà proposé ses services dans ce domaine, proposition à laquelle Washington n'avait finalement pas donné suite. L'Irak, dont l'Iran ne souhaite pas le démantèlement, peut être un autre de ces sujets soumis à négociations.

Il s'agirait là, en tout cas, d'une première étape avant d'aborder les problèmes de fond, dont le dossier nucléaire. Un sujet capital aux yeux des Etats-Unis et de la communauté internationale, mais difficile à traiter. Le New York Times révèle ainsi que l'administration Bush avait refusé, l'année dernière, une demande israélienne de missiles anti-bunker suffisamment performants pour détruire le complexe nucléaire iranien de Natanz, seul site officiellement identifié d'enrichissement de l'uranium. Le quotidien précise qu'en revanche, Washington avait autorisé des actions clandestines de sabotage afin d'entraver les appétits nucléaires de la République islamique.
Le 12 juin prochain, lors des élections présidentielles en Iran, Mahmoud Ahmadinejad pourrait ne pas être reconduit au pouvoir.

Ces révélations ne faciliteront pas la tâche de Barack Obama, qui semble néanmoins décidé à empêcher Téhéran de se doter de l'arme atomique. Selon le rapport de la mission française d'information parlementaire sur l'Iran, remis en décembre dernier, la première bombe nucléaire iranienne serait en état de fonctionnement dès 2010. Une démarche "à la japonaise" tient d'ailleurs à préciser Denis Bauchard, l'essentiel étant "d'être capable" de produire la bombe, et d'adopter une posture dissuasive.

Enfin, l'autre question-clé en suspens est celle de l'interlocuteur. Les relations irano-américaines sont, en effet, à l'aube d'un double changement. A l'investiture américaine de ce mois-ci répondra l'élection présidentielle en Iran, le 12 juin prochain, avec la possibilité que Mahmoud Ahmadinejad ne soit pas reconduit au pouvoir.

La perspective d'un début de normalisation des relations avec Washington s'invitera dans la campagne, selon Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS sur les Mondes iranien et indien, même si le partenaire privilégié d'Obama serait plutôt l'ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la Révolution.

Le prochain président américain toucherait ainsi "l'Iran millénaire" plus que le gouvernement en place. Une initiative plus à même, selon le spécialiste, d'engager un dialogue constructif, à l'image de celui amorcé entre la Russie et l'Iran lors de la visite de Vladimir Poutine au maître de Téhéran en octobre 2007.

Par Marc Etcheverry



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