vendredi 6 mars 2009

Charia en Iran : un homme condamné à perdre la vue

Un Iranien a été condamné à recevoir dix gouttes d'acide dans chaque œil pour avoir défiguré et rendu aveugle une femme. "Œil pour œil, c'est la loi du talion", explique la victime.

Une Iranienne défigurée à l'acide et rendue aveugle, s'est déclarée en Espagne "soulagée" par l'application de la loi du talion contre son agresseur, condamné à perdre la vue par la justice iranienne, selon plusieurs interviews publiées jeudi 5 mars dans la presse espagnole.
Ameneh Bahrami réside en Espagne, où elle a été traitée à l'Institut de micro-chirurgie oculaire (IMO) de Barcelone (nord-est), et a concédé une série d'entretiens à la presse du pays, un mois après la confirmation en appel de la sentence contre son agresseur, infligée en vertu de la charia, la loi islamique.

"Il comprendra ma douleur"


"La personne qui a fait cela doit passer par la même souffrance. Seulement de cette manière, il comprendra ma douleur", déclare, au quotidien ABC, cette jeune femme au visage défiguré, avec des paupières soudées sur l'œil gauche.
Elle explique avoir éprouvé du "soulagement" à l'annonce de la sentence, "pas seulement par vengeance mais aussi pour qu'aucune autre fille ne subisse la même chose".
L'agresseur "sera anesthésié et ne souffrira pas. Il n'aura pas le visage défiguré (...) et n'aura pas les lésions internes que moi j'ai eues. Il doit payer. Œil pour œil, c'est la loi du talion", explique-t-elle.
L'agresseur, Majid, qui avait reconnu avoir jeté de l'acide au visage d'Ameneh Bahrami, en 1994, parce qu'elle refusait sa demande en mariage, a été condamné en novembre à recevoir dix gouttes d'acide sulfurique dans chaque oeil. Cette peine a été confirmée par la cour suprême iranienne début février.

Loi du talion

Selon la loi iranienne fondée sur la charia, les auteurs de coups et blessures intentionnelles sont punis selon la loi du talion, qui consiste à infliger au coupable le même traitement qu'il a fait subir à sa victime.
D'après la jeune femme, il était prévu à l'origine que l'agresseur ne soit condamné qu'à perdre un seul œil, la loi islamique stipulant "qu'un homme équivaut à deux femmes" et donc qu'un seul œil de l'agresseur valait les deux yeux de sa victime.
Mais, "j'ai expliqué au juge qu'avec un œil on pouvait encore vivre", déclare-t-elle à El Pais. Elle dit avoir ainsi obtenu que son agresseur perde ses deux yeux et en échange elle a renoncé à recevoir une indemnisation de 20.000 euros.



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jeudi 5 mars 2009

L’Iran relance la guerre des mots contre Israël

Ce sont les mots que les Américains n’aiment pas entendre et c’est le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, qui les a prononcés hier lors d’une conférence sur Gaza à Téhéran. Qualifiant Israël de «tumeur cancéreuse», il a appelé tous les musulmans à la «résistance» face à Israël, exposant qu’elle était le «seul moyen de sauver la Palestine». «On ne pourra sauver la Palestine en mendiant auprès des Nations unies», a-t-il aussi déclaré, réitérant son idée d’un retour de tous les réfugiés palestiniens suivi d’un référendum sur l’avenir du territoire israélien.

Mais si l’Etat hébreu apparaît désormais comme ayant remplacé les Etats-Unis dans le rôle du Grand Satan dans la terminologie du régime, la plus haute autorité de l’Etat iranien n’a pas oublié de sermonner le président américain, Barack Obama, qu’il a accusé de prendre la «défense du terrorisme gouvernemental» d’Israël malgré ses promesses de changement. Il a enfin qualifié d’«erreur de jugement» le fait qu’«un pays nommé Israël soit une réalité de soixante ans qui doive être acceptée».

Dégel. Si la charge du numéro 1 iranien peut surprendre, c’est qu’elle intervient alors qu’on note de légers signes de dégel dans les relations entre Washington et Téhéran. On relève ainsi que les sites favorables au président Mahmoud Ahmadinejad scrutent scrupuleusement les petits gestes favorables à Téhéran que la nouvelle administration américaine peut montrer ici et là.

Sans doute faut-il placer le discours du Guide dans le contexte de la conférence de Téhéran sur Gaza, qui se veut une réplique à celle conclue lundi en Egypte par une promesse de la communauté internationale de verser 4,5 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) pour la reconstruction de l’enclave palestinienne. En Iran, les participants ont d’ailleurs crié à hue et à dia sur cette dernière, qualifiée par Ali Akbar Mohtashamipour, secrétaire de la conférence de Téhéran, de «spectacle de marionnettes» destiné à «approuver les atrocités du régime sioniste à Gaza». Les propos sont d’autant plus enflammés que l’Iran et le Hezbollah n’ont rien fait, du moins militairement, pour venir en aide à leurs «frères idéologiques» du Hamas.

Dure. Et, comme c’est souvent le cas en Iran, les propos du Guide répondent sans doute d’abord à des impératifs intérieurs. Même si toutes les candidatures ne sont pas encore déclarées, l’Iran est déjà en campagne pour le scrutin présidentiel de juin, laquelle promet d’être dure. Le journal Kayhan a ainsi menacé l’ex-président Khatami, prétendant à un troisième mandat, d’un destin comparable à celui de la Pakistanaise Benazir Bhutto. Ces derniers jours, Khatami et un autre candidat réformateur, Mehdi Karoubi, ont même été empêchés de tenir des discours, l’un dans une mosquée, l’autre dans une université.

Le Guide, lui, a semble-t-il choisi son camp. Le 23 août, il a lancé à Ahmadinejad : «Ne considérez pas que c’est votre dernière année à la tête du gouvernement. Non. Travaillez comme si vous aviez cinq autres années devant vous.» En attaquant violemment Israël et en tançant Obama, le Guide intervient à sa manière au profit des «radicaux». Sans que cela n’annonce nécessairement un refus à la main tendue par Washington.


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Ce que disent les juifs d’Iran

Les juifs d’Iran sont l’objet de tous les fantasmes, fantasmes alimentés par les déclarations du président Ahmadinejad niant le génocide ou le minimisant. Une exposition de caricatures sur la Shoah, largement négationniste, s’était tenue à Téhéran en décembre 2005. Il est surprenant, dans ces conditions, que les juifs d’Iran soient la principale communauté juive au Proche-Orient (après celle d’Israël, bien évidemment).

Roger Cohen, journaliste au New York Times, a séjourné en Iran. Il en a rapporté plusieurs articles très intéressants dont l’un, publié le 22 février sur le site du journal, s’intitule « What Iran’s Jews Say ».

« Ispahan. Sur la place de la Palestine, en face d’une mosquée appelée Al-Aqsa, il y a une synagogue où les juifs de cette ancienne cité se rassemblent à l’aube. Sur le portique, une bannière : “La communauté juive d’Ispahan salue le 30e anniversaire de la révolution islamique”.

Les juifs d’Iran enlèvent leurs chaussures, attachent les phylactères autour de leur bras, et prennent place. Le murmure des prières en hébreu s’élève à travers la synagogue encombrée de beaux tapis et de plantes tristes. Soleiman Sedighpoor, un marchand d’antiquités au magasin plein de trésors, conduit le service sous un chandelier.

J’avais rendu visite à Sedighpoor, 61 ans, les yeux clairs, le jour précédent dans sa petite échoppe poussiéreuse. Il m’avait vendu, avec réticence, un bracelet de perles avec des miniatures perses. Les pères achètent et les enfants vendent, a-t-il murmuré, avant de m’inviter à la synagogue. J’avais accepté et lui avais demandé ce qu’il pensait des slogans “Mort à Israël” (“Mag bar Esrael”) qui ponctuaient la vie en Iran.

“Laissez-les dire ‘mort à Israël’, a-t-il répondu. Je suis dans cette boutique depuis 43 ans et je n’ai jamais eu de problèmes. J’ai rendu visite à des proches qui habitent en Israël, mais quand je vois ce qui s’est passé à Gaza, je manifeste comme un Iranien.”

Le Proche-Orient est une région inconfortable pour les minorités. (...) Pourtant, 25 000 juifs environ vivent en Iran, la plus grande minorité juive avec celle de Turquie dans le Proche-Orient musulman. Il y a plus d’une dizaine de synagogues à Téhéran. Ici, à Ispahan, quelques-unes accueillent une communauté de 1 200 juifs, descendants d’une communauté vieille de 3 000 ans.

Durant les dernières décennies, depuis la création de l’Etat d’Israël et la révolution islamique de 1979, le nombre de juifs a diminué de 190 000. Mais l’exode n’a pas été comparable à celui des pays arabes, dont 800 000 juifs ont émigré en Israël. En Algérie, en Tunisie, en Egypte et en Irak – des pays où vivaient plus de 485 000 juifs en 1948 –, il en reste moins de 2 000. (...)

Bien sûr, le cycle inachevé des guerres d’Israël se sont déroulées contre des Arabes, non des Perses, ce qui explique en partie cette différence. Et pourtant, un mystère persiste au sujet les juifs iraniens. Il est important de décider ce qui est le plus important : les invectives d’annihilation anti-israéliennes, le déni de l’holocauste et autres provocations, ou le fait que la communauté juive vit, travaille, prie dans une relative tranquillité.

Je préfère sans doute les faits aux mots, mais j’affirme que la réalité de la civilité des Iraniens à l’égard des juifs nous dit plus sur l’Iran – sa sophistication et sa culture – que la rhétorique enflammée.

C’est peut-être parce que je suis juif et que j’ai été traité avec tant de chaleur en Iran. Ou peut-être parce que j’ai été impressionné par le fait que la fureur provoquée par Gaza et relayée par les affiches et la télévision ne se soit jamais transformée en insultes ou en violences contre les juifs. Ou peut-être parce que je suis convaincu que la caricature du “mollah fou” et le parallèle entre tout compromis avec l’Iran et Munich (1938) – une position populaire dans certains cercles américains – sont trompeurs et dangereux.

Je sais que, si de nombreux juifs ont quitté l’Iran, ce n’est pas sans raison. L’hostilité existe. L’accusation d’espionnage en 1999 contre un groupe de juifs de Chiraz, largement rendue publique, a montré la pire face du régime. Les juifs élisent un représentant au parlement, mais peuvent aussi voter pour un musulman s’ils préfèrent. Un musulman, en revanche, ne peut pas voter pour un juif.

Parmi les minorités, les Bahâ’is – sept d’entre eux ont été récemment arrêtés et accusés d’espionnage pour Israël – ont subi un traitement particulièrement brutal.

J’ai demandé à Morris Motamed, qui fut un membre du parlement, s’il se sentait utilisé comme un Quisling. “Non, a-t-il répliqué. En fait, je sens une tolérance profonde ici par rapport aux juifs.” Il a ajouté que le slogan “Mort à Israël” le préoccupe, mais a critiqué le “double standard” qui permet à Israël, au Pakistan et à l’Inde d’avoir la bombe nucléaire, mais pas à l’Iran.

Le double standard ne fonctionne plus, car le Proche-Orient est devenu plus sophistiqué. Une manière de considérer les tirades anti-israéliennes calomnieuses est de les voir comme une manière d’attirer l’attention sur la bombe israélienne, sur les 41 années d’occupation de la Cisjordanie, sur le refus de discuter avec le Hamas, sur l’usage répété par Israël de sa force supérieure. Le langage israélien peut être méprisable, mais toute paix au Proche-Orient – et tout engagement avec Téhéran – devra prendre en compte ces trois points.

“Green Zoneism”, la définition d’une politique proche-orientale sur la base de mondes imaginaires, ne conduit nulle part.

Le réalisme à l’égard de l’Iran doit prendre en compte l’œcuménisme du carrefour Palestine. A la synagogue, Benhur Shemian, 22 ans, m’a dit que Gaza prouvait que le gouvernement israélien était “criminel”, mais qu’il croyait toujours en la paix. A la moquée Al-Aqsa, Monteza Foroughi, 72 ans, a désigné la synagogue et m’a dit : “Ils ont leur prophète, nous avons le nôtre. Et c’est bien comme cela.” »


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Dennis Ross, l’Iran et la politique de Barack Obama

Le 23 février, le département d’Etat américain a annoncé la nomination de Dennis B. Ross comme conseiller spécial de la secrétaire d’Etat pour le Golfe et pour l’Asie du sud-ouest. « Plus précisément, poursuit le communiqué, il [Ross] fournira, comme conseiller spécial, à la secrétaire d’Etat et aux principaux responsables du département d’Etat, des avis stratégiques et des perspectives pour la région ; proposera des évaluations et agira pour assurer l’intégration d’une politique efficace dans la région ; coordonnera avec les principaux responsables le développement et la formulation de nouvelles approches politiques ; et participera, à la demande de la secrétaire d’Etat, aux activités inter-agences en relation avec la région. »

Attendue depuis des semaines, cette nomination soulève bien des questions. Pourquoi, d’abord, a-t-elle tant tardé, ce retard soulevant des inquiétudes en Israël, dont Dennis Ross est considéré, à juste titre, comme un « ami » ? Ensuite, quelles sont ses fonctions exactes ?

Sur son blog, le 23 février, Jim Lobe, chef du bureau de l’agence Inter Press Service (IPS) à Washington, publie un billet intitulé « Ross gets an appointment but maybe not quite the one he wanted ».

« Il y aura sans aucun doute de nombreux commentaires sur la signification précise de cette annonce et la future autorité et influence de Ross. Mais si vous comparez cette annonce à la manière dont le Washington Institute for Near East Policy (WINEP) présentait la chose à ses responsables – Ross sera “ambassadeur extraordinaire” (at large) et “le principal conseiller de la secrétaire d’Etat sur une série de problèmes du Proche-Orient, du processus de paix israélo-palestinien à l’Iran” –, vous mesurez la différence. Non seulement il n’a pas obtenu ce statut de “principal” conseiller de Clinton, mais son domaine d’intervention est limité au Golfe et à l’Asie du sud-ouest, une région pour laquelle, contrairement à ce qu’affirme le communique du département d’Etat, il a très peu, pour ne pas dire aucune expérience directe. »

« Cela ne veut pas dire que Ross n’aura pas d’influence sur la définition de la politique à l’égard de l’Iran, mais son rôle semble limité : a) au strict conseil, sans participation directe à la mise en œuvre de la politique, et b) au département d’Etat, à moins que Clinton ne lui demande de travailler avec d’autres agences gouvernementales. Ses responsabilités à l’égard de la seule secrétaire d’Etat – il n’y a aucune mention de contact direct avec le président ou la Maison Blanche – sont à comparer au statut » de l’envoyé spécial pour le Proche-Orient, George Mitchell, et du représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke, qui dépendent directement de la Maison Blanche.

Quelques jours plus tard, le 3 mars, le même Lobe fait son autocritique dans un article intitulé « Ross Is Clearly a Major Player ». Il s’appuie pour cela sur les premiers résultats de la visite de Hillary Clinton au Proche-Orient. Clinton a déclaré au ministre des affaires étrangères des Emirats arabes unis qu’elle ne croyait pas à l’ouverture vers l’Iran, et Obama a envoyé une lettre au président russe proposant de renoncer au bouclier antimissile en Europe de l’Est en échange d’un appui de Moscou à plus de sanctions contre Téhéran. Lobe y voit la mise en application du rapport sur l’Iran du Bipartisan Policy Center (septembre 2008), rapport auquel ont collaboré des néoconservateurs connus comme Michael Rubin et Michael Makovsky. D’autre part, pour Lobe, les déclarations de Clinton en Israël et en Palestine sont conformes à ce que pense Ross : « Fatah et Cisjordanie d’abord ».

Laura Rozen, sur le site de Foreign Policy, explique pourquoi les diplomates ont tellement de mal à définir les fonctions de Ross (« Why State’s having a hard time explaining Dennis Ross’s job, », 25 février).

Ces questions rejoignent celles d’Omid Memarian sur The Huffington Post (2 mars), « Is Dennis Ross Iran’s Real envoy ? » Il pense que William Burns, le sous secrétaire d’Etat aux affaires politiques, jouera un rôle plus important que Ross. De même, il pense que Lee Hamilton, qui a codirigé avec James Baker le rapport bipartisan sur l’Irak publié en décembre 2006, et qui est un des seuls responsables américains à avoir été en contact avec le guide de la révolution Ali Khamenei, aura aussi un rôle important. Hamilton affirme que « le point de départ des relations américano-iraniennes devrait être d’affirmer notre respect pour le peuple iranien, notre refus de la stratégie de changement de régime, et de reconnaître les problèmes de sécurité de l’Iran et son droit à l’énergie nucléaire civile ».

Ces interrogations reflètent à la fois les incertitudes sur l’avenir de la politique de Barack Obama et les appréciations critiques sur la personnalité de Dennis Ross, l’un des responsables de la politique proche-orientale de Bush père et de William Clinton. Il est un membre actif du lobby pro-israélien. Il a été en charge du dossier israélo-palestinien et il est sûrement l’un des responsables de l’échec du processus d’Oslo. Il porte également une lourde responsabilité dans l’échec des négociations entre la Syrie et Israël en 2000. Pour une biographie critique, lire « Right Web, » 30 octobre 2008.

Sur les vues de Ross telles qu’elles se sont exprimées durant la campagne en faveur d’Obama, lire son entretien avec le quotidien israélien Haaretz (24 octobre 2008), « Dennis Ross on why he’s working for Obama and how he’d talk to Iran ».

La difficulté, selon les remarques du professeur Gary Sick, qui a servi au Conseil national de sécurité sous les présidences Ford, Carter et Reagan, et qui fut le principal conseiller à la Maison Blanche durant la révolution irakienne (1979) et la crise des otages américains (lire ses commentaires plus anciens sur « Quelle menace iranienne ? ») est que Ross a adopté des positions assez différentes. D’abord, il a défendu un dialogue sans conditions avec l’Iran, donc un dialogue qui s’ouvrirait sans que l’Iran renonce à l’enrichissement de l’uranium, mais qui s’accompagnerait de pressions économiques supplémentaires ; il excluait le recours à la force (lire le rapport 2008 du Jewish People Policy Planning Institute, institut que préside Ross).

En revanche, il a participé à la rédaction du rapport bipartisan sur l’Iran (lire plus haut) qui prône une politique beaucoup plus dure, puisque le dialogue est conditionné à l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium ! Et le rapport prévoit un blocus de l’Iran et même une campagne de bombardements aériens... Ross a défendu ces positions à plusieurs occasions : lire, par exemple, « Dennis Ross : 18 Months to Avoid War with Iran » (The Huffington Post, 5 juillet 2007). Il affirmait alors qu’il restait 18 mois pour éviter la guerre ; ce délai est désormais passé...

Pour les vues de Gary Sick sur une autre politique américaine à l’égard de l’Iran, lire son texte du 21 janvier 2009, « The Republic and the Rabhar », National Interest.
Alain Gresh


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Abbas critique l'ingérence de l'Iran dans les affaires palestiniennes

Nous envoyons un message à l'Iran : arrêtez de vous ingérer dans nos affaires", a affirmé, mercredi 4 mars, le chef de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lors d'une conférence de presse à Ramallah, aux côtés de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. Celle a effectué sa première visite au Proche-Orient. L'Iran "intervient uniquement pour approfondir la division entre les Palestiniens", a-t-il asséné.

Aux côtés de Mahmoud Abbas, la secrétaire d'Etat a déclaré que les Etats-Unis voulaient progresser rapidement sur la voie de la paix au Proche-Orient et annoncé le retour de l'émissaire américain dans la région après la formation d'un gouvernement en Israël. "Nous sommes déterminés à progresser. Le temps presse", a déclaré Mme Clinton après des entretiens avec M. Abbas et le premier ministre palestinien, Salam Fayyad.

Téhéran organise, mercredi 4 mars, une conférence sur Gaza qui réunit pendant deux jours la direction du Hamas et des représentants de pays de la région et des délégations sud-africaine et nigériane. Elle se veut une réponse à celle conclue, lundi 2 mars, en Egypte par une promesse de la communauté internationale de verser 4,5 milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza.


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dimanche 1 mars 2009

Nucléaire, gaz, armement : le partenariat Moscou-Téhéran se renforce

Retardée à maintes reprises par le passé, la construction par la Russie de la première centrale nucléaire iranienne à Bouchehr (Sud) est achevée. L'inauguration a eu lieu en fanfare, mercredi 25 février, en présence de Sergueï Kirienko, le chef de l'agence fédérale russe de l'énergie atomique, et de son homologue iranien, Gholamreza Aghazadeh. La mise en service définitive de la centrale n'interviendra pas avant plusieurs mois.

La Russie a d'ores et déjà livré le combustible nucléaire nécessaire au démarrage de la centrale, mais il n'a pas encore été introduit dans le réacteur. Après utilisation, ce combustible devra lui être renvoyé, sous étroite surveillance de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA). L'Iran fait l'objet de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, en raison de sa coopération insuffisante avec l'AIEA et de son refus de suspendre son programme d'enrichissement d'uranium.
L'achèvement de Bouchehr - un projet que la Russie a repris à l'allemand Siemens en 1994 - couronne le partenariat entre Moscou et Téhéran. Alors que les Occidentaux comptent avoir le feu vert de Moscou pour des pressions accrues sur Téhéran, soupçonné de produire du nucléaire à des fins militaires, la Russie ne cesse de renforcer des relations déjà étroites avec la République islamique.

MISSILES SOL-AIR S-300
Outre le nucléaire civil, les deux puissances régionales bordant la mer Caspienne ont tissé des liens dans le domaine énergétique, avec la création, en octobre 2008, d'un cartel du gaz (Russie, Qatar, Iran). La coopération militaire se porte également bien. L'Iran est, avec l'Inde et la Chine, l'un des trois principaux clients de Rosoboronexport, l'agence russe en charge des ventes d'armements.
En 2007, l'Iran a acheté à la Russie des systèmes de défense antiaérienne TOR-M1. Signé il y a quelques années, un autre contrat prévoit la fourniture de missiles sol-air S-300. Officiellement, la Russie n'a encore rien livré, mais le thème des S-300 est utilisé par Moscou comme une carte supplémentaire dans le jeu diplomatique international.
La Russie n'a aucun intérêt à voir émerger une puissance nucléaire dans la zone eurasienne qu'elle ambitionne de dominer, mais son attitude est ambiguë. A Moscou, le programme nucléaire iranien n'est pas perçu comme une menace.
Selon le général Leonid Ivachov, ancien chef d'état-major de l'armée russe, "la vraie question n'est pas de savoir si l'Iran est capable ou non de fabriquer des armes nucléaires". "L'existence d'un petit stock d'armes nucléaires sans autre forme de soutien est d'ordre dissuasif. Attaquer d'autres pays, gagner une guerre nucléaire dans un conflit avec une coalition de grandes puissances demanderait un potentiel que l'Iran ne possède pas et ne possédera pas dans un proche avenir", affirme le général Ivachov.

Marie Jégo



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Washington : comment approcher l'Iran ?

La nouvelle politique américaine envers Téhéran est en train de timidement se dessiner. Mais à tâtons. Pendant sa campagne, Barak Obama avait fait du dialogue avec l'Iran un des éléments de sa candidature. Or, à moins de quatre mois des élections présidentielles iraniennes, c'est la prudence qui prime. ..

La nomination, cette semaine, de Dennis Ross, d'abord pressenti comme envoyé spécial en Iran, au poste - moins prestigieux - de conseiller spécial auprès de Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat pour le Golfe et l'Asie du Sud-Ouest, en est la meilleure illustration. Cet ex-négociateur au Proche-Orient de Bill Clinton, co-fondateur du groupe United Against Nuclear Iran, était perçu, par certains, comme étant trop proche du lobby pro-israëlien.
« C'est une façon mesurée et équilibrée de le garder impliqué sans faire trop de dégâts », note ainsi Steve Clemons, expert à la New America Foundation, un centre de recherche progressiste de Washington, sur son blog « The Washington Note ». D'après lui, si Dennis Ross s'était retrouvé à jouer directement le rôle d'émissaire, « cela aurait servi de prétexte à la campagne populiste du président (iranien Mahmoud) Ahmadinejad qui se représente aux élections en juin, et cela aurait été considéré en Iran comme un signe qu'Obama n'est pas sérieux au sujet d'un changement stratégique des relations avec l'Iran ».
Dans un article paru, mercredi, dans le Los Angeles Times, Paul Richter y voit, lui, le signe d'une volonté délibérée de l'équipe d'Obama de ne pas précipiter la nouvelle politique américaine et de prendre le temps qu'il faudra pour préparer d'éventuelles discussions avec l'Iran - des discussions dont le contenu reste encore vague.

Une analyse qui rejoint l'éditorial de David Ignatius, publié hier dans les colonnes du Washington Post. On y apprend que l'équipe de la Maison Blanche consulterait, sur l'Iran, un certain Lee Hamilton, connu pour ses prises de position modérées, et dont on a pu entendre parler en 2006, à l'époque où il co-dirigeait l'Iraq Study Group qui suggérait un engagement avec le régime iranien. Hamilton, selon Ignatius, fait partie de ceux qui favorisent un processus de rapprochement progressif, sur le même modèle que celui qui avait été privilégié avec l'ex-Union soviétique.

Reste à voir sous quelle forme pourraient avoir lieu les discussions préliminaires, sachant qu'un entretien direct entre Obama et Ahmadinejad, ou encore Ali Khamenei, le guide suprême -numéro un du régime iranien - est bien évidemment inenvisageable. Selon Hamilton, cité par Ignatius, Washington devra, pour lancer des discussions, s'engager à « montrer notre respect envers le peuple iranien, renoncer à la politique de « regime change », trouver des opportunités de dialogue sur différents sujets, et reconnaître les soucis sécuritaires de l'Iran ainsi que son droit à l'énergie nucléaire civile ». Mais l'administration américaine doit également compter avec les réticences de certains membres du Congrès, des Israéliens et des Arabes modérés qui voient d'un mauvais œil la perspective d'un dialogue, voir d'un compromis, entre les Etats-Unis et l'Iran...

De plus, une question majeure reste en suspens : comment amorcer l'éventuel dialogue ? Les sujets d'attaque sont nombreux : L'humanitaire - en évoquant, par exemple, la disparition de l'Américain Robert Levinson en Iran, le diplomatique - en envisageant l'ouverture d'une section des intérêts américains à Téhéran (actuellement représentés par l'Ambassade de Suisse) -, ou encore l'Afghanistan - un dossier bien connu des deux pays, et sur lequel ils ont déjà planché ensemble, en 2003, à travers des négociations menées dans l'ombre... Pour l'heure, diverses idées semblent être proposées. Mais on continue à avancer dans le flou, aussi bien du côté américain que du côté iranien...
Delphine Minoui


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