dimanche 9 août 2009

Iran: les Gardiens de la révolution veulent «juger et punir» Moussavi

L'ancien président réformateur iranien Mohammad Khatami (G) au côté du leader de l'opposition Hossein Moussavi, le 31 juillet 2009 à Téhéran. (AFP Ali Mohammadi)

Le chef du bureau politique a dénoncé un complot et appelé à juger l'ancien président réformateur Mohammad Khatami, tous comme les deux candidats de l'opposition Moussavi et Karoubi.

Un haut responsable iranien a exigé dimanche que des poursuites soient engagées contre l'ancien président réformateur Mohammad Khatami et deux candidats à la présidentielle de juin, qui auraient, selon lui, tenté d'orchestrer "une révolution de velours" en Iran.

Yadwollah Javani, chef du bureau politique des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime, a appelé à "juger et punir" M. Khatami ainsi que Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les chefs du mouvement de protestation contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, pour leur rôle dans les troubles.

Selon lui, un complot en vue de mener une "révolution de velours" contre la République islamique avait été fomenté après la présidentielle contestée du 12 juin, remportée par l'ultraconservateur Ahmadinejad.

"Quel est le rôle de Khatami, Moussavi et Karoubi dans ce coup d'Etat? S'ils en sont les instigateurs, et c'est le cas, les responsables de la justice et de la sécurité doivent les arrêter, les juger et les punir", déclare M. Javani dans un article publié dans Sobhe Sadegh, hebdomadaire du bureau politique des Gardiens de la révolution.

Un autre responsable, le général Massoud Jazayeri, adjoint du chef de l'état-major chargé des questions culturelles et de la propagande, a demandé de son côté que des mesures soient prises contre "les chefs du complot", sans citer de noms.

"Les citoyens, mais aussi les éléments vendus (aux étrangers, ndlr) et les instigateurs de ce complot, attendent de voir comment (le pouvoir) agira contre les chefs du coup d'Etat", a-t-il dit, cité par l'agence officielle Irna. "Le jugement des principaux instigateurs des troubles récents aura un rôle déterminant pour neutraliser les éventuels complots à l'avenir".

MM. Khatami, Moussavi (conservateur modéré) et Karoubi (réformateur) ont demandé l'annulation du scrutin présidentiel, en dénonçant des fraudes.

Mercredi, jour de l'investiture de M. Ahmadinejad pour un second mandat de quatre ans, M. Moussavi a affirmé que les arrestations de manifestants n'empêcheraient pas la poursuite de la contestation.

M. Jazayeri a aussi souhaité "davantage de contrôle sur les ambassades", au lendemain du procès de la jeune Française Clotilde Reiss et de deux employés locaux des ambassades britannique et française, qui seraient impliqués dans le mouvement de contestation, selon les médias iraniens.

La presse conservatrice a dénoncé le rôle présumé des pays étrangers dans ce mouvement qui a plongé l'Iran dans sa pire crise politique depuis la révolution islamique de 1979.

"Dans l'acte d'accusation, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne ont été désignés comme les soutiens (de la tentative de) renversement en douceur" du pouvoir, affirme le quotidien Tehran-e-emrouz.

La presse publie des photos de Clotilde Reiss qui a comparu samedi pour la première fois depuis son arrestation le 1er juillet, au côté d'une dizaine de personnes jugées pour leur rôle dans les protestations.

La jeune lectrice de français à l'Université d'Ispahan a dit, selon l'agence Irna, avoir rédigé un rapport sur des manifestations pour un institut dépendant de l'ambassade de France et demandé pardon lors du procès réservé à des journalistes iraniens.

"L'ambassade britannique, siège du commandement du coup d'Etat" contre le régime islamique, titrait le quotidien Iran. "Les diplomates britanniques ont participé à des rassemblements et affrontements", accuse le journal qui publie en Une un cliché de l'Iranien Hossein Rassam, principal analyste politique de l'ambassade de Grande-Bretagne, inculpé d'espionnage.

(AFP)



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samedi 8 août 2009

Jugée à Téhéran, Clotilde Reiss demande "pardon"

La Française Clotilde Reiss, sur le banc des accusés, le 8 août à Téhéran.

Samedi 8 août a commencé devant le Tribunal révolutionnaire de Téhéran le procès de l'universitaire française Clotilde Reiss, d'une employée iranienne du service culturel de l'ambassade de France, et de deux employés de l'ambassade de Grande-Bretagne.

Comme lors des précédents procès de manifestants contestant la réélection de Mahmoud Ahmadinejed, Clotilde Reiss s'est livrée à un mea culpa devant ses juges. Elle a reconnu que sa participation aux manifestations, "pour des raisons personnelles", était une "erreur", avant de demander "pardon" et d'implorer la grâce du tribunal, comme son avocat en a fait la demande. La jeune femme, âgée de 24 ans, risque jusqu'à cinq ans de prison.

L'Union européenne a aussitôt réagi, estimant que ce procès était est un acte contre l'ensemble de l'Union européenne et qu'il "sera traité en conséquence", selon la présidence suédoise de l'UE. Le ministre britannique des affaires étrangères David Miliband a lui parlé de "provocation". La France a également condamné le procès, exigeant la libération immédiate de Clotilde Reiss et de l'employée de l'ambassade.

UN RAPPORT D'UNE PAGE

La Française, accusée d'avoir "rassemblé des informations et encouragé les émeutiers" a également admis avoir remis un rapport à l'ambassade de France à Téhéran sur les manifestations à Ispahan, où elle a passé cinq mois comme lectrice à l'université. "J'ai écrit un rapport d'une page et je l'ai remis au patron de l'Institut français de recherche en Iran qui appartient au service culturel de l'ambassade de France", a-t-elle déclaré.

Interrogée sur un rapport qu'elle aurait préparé sur le programme nucléaire iranien il y a deux ans dans le cadre d'un stage au Commissariat français de l'énergie atomique, elle a affirmé que ce travail n'était pas technique : "J'ai rédigé un rapport sur les politiques en Iran en lien avec l'énergie nucléaire", a-t-elle reconnu, mais "j'ai utilisé des articles et des informations qu'on trouve sur internet et il n'y avait rien de secret."

AVEUX "FORCÉS"

Clotilde Reiss avait été arrêtée à l'aéroport de Téhéran le 1er juillet alors qu'elle rentrait en France. Paris et l'Union européenne ont exigé sa libération, estimant que les accusations étaient infondées. Elle est détenue depuis plus d'un mois à la prison d'Evin et l'ambassadeur de France n'a pu lui rendre visite qu'une fois. La jeune femme avait, selon le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner, envoyé par internet des photos des manifestations. "Ces accusations d'espionnage sont hautement fantaisistes", avait dit Nicolas Sarkozy début juillet.

Le rôle de l'ambassade de France était également sur la selette lors de l'audition d'une autre accusée, Nazak Afshar, employée locale au service culturel. Cette dernière aurait avoué avoir reçu comme consigne de son employeur de donner asile si nécessaire à des manifestants. "Si des affrontements se déroulaient devant le service culturel et si une personne voulait se réfugier à l'intérieur de l'ambassade, nous devions lui donner refuge", a-t-elle déclaré. Son fils, qui se trouve à Paris, a immédiatement dénoncé des "aveux" forcés. Nazak Afshar "n'est pas une activiste, ce n'est pas du tout une personne politique", a-t-il ajouté.

"COMPLÈTEMENT INACCEPTABLE"

Depuis une semaine, une centaine de modérés ont commencé à être jugés à Téhéran, pour des faits passibles de cinq ans de prison ou de la peine de mort. La procédure a été dénoncée par l'ancien président Mohammad Khatami et par l'opposant Mirhossein Moussavi. Les audiences étaient interdites à tous les organes de presse hormis aux médias officiels.

Un autre employé d'une ambassade occidentale a pour sa part été inculpé pour espionnage par le même tribunal. Hossein Rassam, employé iranien de l'ambassade de Grande-Bretagne, est accusé d'avoir rédigé des rapports sur les manifestations pour le compte du gouvernement britannique. M. Rassam a reconnu samedi que l'ambassade avait donné pour consigne à ses employés locaux d'être présents lors des manifestations. Londres a qualifié ce procès de "complètement inacceptable".

L'élection du 12 juin dernier a plongé l'Iran dans sa plus grande crise politique depuis la Révolution islamique en 1979. Réélu dans le trouble, Madmoud Ahmadinejad a inauguré formellement mercredi son deuxième mandat de président de l'Iran. Les violences post-électorales ont fait au moins 20 morts et des centaines de personnes, hommes politiques, journalistes, avocats ou activistes, ont été détenus dans les prisons iraniennes, selon les associations de défense des droits de l'homme.



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Iran: Londres juge «complètement inacceptable» le procès d'un de ses employés

Le ministère britannique des Affaires Etrangères a protesté samedi contre la présence d'un employé de son ambassade à Téhéran au procès des personnes accusées d'avoir pris part aux manifestations contre Mahmoud Ahmadinejad.

Londres a jugé "complètement inacceptable" la présence d'un employé de son ambassade à Téhéran sur le banc des accusés au procès, samedi en Iran, d'une dizaine de personnes accusées d'avoir pris aux manifestations contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad.

"Nous pouvons confirmer qu'Hossein Rassam figure parmi les accusés au procès qui a commencé ce matin à Téhéran", a annoncé un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères dans un communiqué.

"Ceci est complètement inacceptable et est en contradiction directe avec les assurances qui nous ont été plusieurs fois données par de hauts responsables iraniens", a ajouté ce porte-parole.

Selon l'agence iranienne Fars, Hossein Rassam a été accusé samedi d'espionnage au profit d'Etats étrangers.

Il faisait partie des neuf employés locaux de l'ambassade britannique à Téhéran qui avaient été placés en détention le 27 juin par les autorités iraniennes pour leur rôle présumé dans les violences post-électorales, avant d'être libérés.



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Ahmad Salamatian: "Les Iraniens aspirent à un islam du possible"

Ahmad Salamatian, proche de l'ancien président Bani Sadr et observateur privilégié de la République islamique, juge sévèrement la répression du récent mouvement de contestation en Iran.

Par Dominique Lagarde, Delphine Saubaber, publié le 06/08/2009

Après la fraude massive lors de l'élection du 12 juin, le monde a braqué des yeux ébahis sur l'Iran. Une bouffée de rébellion au coeur de la dictature, prenant pour symbole le visage ensanglanté de la jeune Neda... Puis le rideau est tombé. Que se passe-t-il depuis que le pouvoir a bâillonné les mécontents? De son exil en France, Ahmad Salamatian, ancien compagnon de route du premier président de la République islamique, Abolhassan Bani Sadr, qui fut destitué par l'ayatollah Khomeini dès 1981, remonte le fil d'une révolte annoncée. Observateur attentif ayant regagné son pays, ces dernières années, pour de brefs séjours, il adosse, voix douce et mots à la pointe sèche, les événements d'aujourd'hui à ceux d'hier. Non, la protestation n'est pas défaite. Elle a délégitimé le régime, pris à son propre piège, la contestation politique devenant nécessairement religieuse. Elle a révélé une aspiration profonde, visant à concilier islam et liberté.

Face à la force de la répression, le mouvement né au lendemain de l'élection du 12 juin est-il mort?

Les manifestants ont peut-être perdu la première manche, mais ce n'est que le début... Car il ne s'agit ni d'une révolution ni d'un mouvement insurrectionnel, mais bien d'une contestation civique, qui ne s'insère pas dans un rapport de forces et ne peut donc être combattue par les armes. La répression brutale l'a obligée à trouver d'autres formes d'action: elle ne l'a pas anéantie. Désormais, nous assistons à un affrontement à l'intérieur même du régime. La légitimité du pouvoir est en cause et la contestation est en train de s'installer, durablement, au coeur de la vie politique.

Depuis sa création, la République islamique reposait sur une double légitimité, à la fois populaire, à travers le suffrage universel, et religieuse. Cet équilibre est-il rompu?

Avant de vous répondre, un rapide retour historique s'impose. Après la révolution islamique de 1979, qui était une révolution de masse, le premier projet de la Constitution affirmait la primauté du suffrage universel. Mais les religieux ont réussi à imposer leur tutelle, profitant du vide laissé par le chah: la monarchie avait fait table rase de toutes les institutions représentatives de la société, sans permettre à de nouvelles structures, syndicales ou politiques, de prendre le relais. Le turban a donc remplacé la couronne.

Jusqu'à sa mort, en 1989, c'est d'abord l'ayatollah Khomeini qui a exercé cette tutelle religieuse, auréolé d'une légitimité incontestée. Son successeur annoncé était l'ayatollah Hossein Ali Montazeri. Mais, en 1988, celui-ci a été écarté pour avoir protesté contre les exécutions massives de prisonniers. Montazeri était l'un des théoriciens du velayat-e faqih, ou "gouvernement du docte" (NDLR, la tutelle du juriste théologien), qui est le fondement de la théocratie iranienne. Les autres grandes figures religieuses n'étaient pas sur cette ligne.

Privé de son dauphin, le régime n'avait donc pas de Guide vraiment crédible sur le plan religieux pour succéder à Khomeini. Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, à l'époque président du Parlement, dont l'influence était grande, a convaincu l'Assemblée des experts de désigner Ali Khamenei, un hodjatoleslam - l'équivalent d'un curé de paroisse.

Et la nomination de Khamenei a mis à nu la contradiction inhérente au système...

En greffant la souveraineté divine sur la souveraineté populaire, les "constituants" de 1980 avaient déjà créé une chimère. Avec Khamenei, le rôle du Guide a, en effet, changé: il a, peu à peu, délaissé la primauté du terrain religieux, pour laquelle il se savait contesté, afin de se consacrer au commandement des forces armées et des services de sécurité, dont il est devenu le vrai patron. Sous le turban, le képi...

Un coup d'Etat rampant, en somme?

Oui. Mais Khamenei, le Guide suprême de la révolution, n'avait pas, pour autant, les moyens d'empêcher la tenue des nombreuses consultations électorales prévues par la Constitution ou par la loi. Il s'est rapidement demandé comment il pouvait, à défaut de les supprimer, contrôler ces élections et les transformer en plébiscites.

S'il n'y est pas parvenu tout de suite, c'est qu'il y a, en Iran, au sommet du pouvoir, une certaine forme de pluralisme, avec des factions et des clans appuyés sur des réseaux. Il n'a donc pas pu empêcher, en 1997, l'élection du candidat réformateur, Mohammad Khatami. Mais il était bien décidé à faire en sorte que la situation ne se reproduise pas.

En 2005, il a réussi à faire élire son poulain, le très populiste Mahmoud Ahmadinejad, grâce aussi à la division du camp réformateur. Après quatre ans, le bilan d'Ahmadinejad s'est révélé catastrophique. Khamenei n'en a pas moins décidé qu'il devait rempiler pour un deuxième mandat, en dépit des mises en garde répétées de plusieurs de ses conseillers.

Quitte à passer en force?

Oui. Khamenei voulait mettre un terme au pluralisme des factions au sommet de l'Etat, débarquer, cette fois définitivement, Rafsandjani, barrer durablement la route au clan réformateur et parachever l'édification d'un pouvoir personnel assis sur l'appareil sécuritaire. Cela passait par la victoire d'Ahmadinejad... Khamenei a fait en sorte que celui-ci n'ait aucun rival issu de son propre camp.

Le Conseil des gardiens de la Constitution, dont la majorité des membres est désignée par le Guide et qui est chargé de sélectionner les candidats, n'en a avalisé que 4 sur 475. Khatami a renoncé à se présenter, après avoir subi de fortes pressions. Et si, sur quatre candidats sélectionnés, deux réformateurs ont finalement été autorisés à concourir, c'est parce qu'on espérait, comme en 2005, que la division du camp adverse jouerait en faveur d'Ahmadinejad.

Pourquoi avoir laissé se dérouler une campagne aussi animée, avec des débats télévisés qui ont passionné les Iraniens et les ont incités à se mobiliser?

Les organisateurs espéraient que ces débats mettraient en évidence les divisions des réformateurs. Or Ahmadinejad a, d'emblée, affirmé que c'était Rafsandjani qui se cachait derrière la candidature de Mir Hossein Moussavi, attaquant en termes très vifs l'ancien chef de l'Etat. A leur tour, les réformateurs l'ont traité de menteur...

Ce grand déballage a passionné les électeurs, qui ont massivement participé au vote, laissant présager qu'il y aurait non seulement un deuxième tour, mais que celui-ci se jouerait sans Ahmadinejad, entre les deux candidats réformateurs. C'est cette perspective qui a précipité le sommet vers le coup de force.

Lequel a enflammé la rue... Comment analysez-vous cette réaction de la société?

Le dérapage de la campagne a débouché sur une crise systémique, qui repose d'abord sur une revendication civique. Ce qui est en cause, c'est le droit de vote et la sincérité du vote. Et cette question pose forcément, aussi, celle de la légitimité religieuse du pouvoir, parce que celle-ci implique le respect d'une éthique. Un pouvoir qui ment est immoral: il n'est donc plus légitime sur le plan religieux.

C'est pour cela que plusieurs grands ayatollahs, de tendances politiques différentes, ont pris position contre le coup de force de Khamenei. L'ayatollah Montazeri, qui reste l'autorité religieuse la plus prestigieuse en Iran, estime ainsi qu'un pouvoir ne respectant pas le suffrage universel n'est pas un pouvoir islamique. En clair, ce théoricien de la théocratie considère que Khamenei ne peut plus prétendre à la légitimité religieuse. Et son argumentaire, religieux, rejoint celui des manifestants qui, eux, s'appuient sur des valeurs séculières et modernes.

Comment la République islamique a-t-elle pu générer une jeunesse aussi désireuse de démocratie et de modernité?

La transition démographique, très rapide en Iran, a bouleversé la société. Dans les dix années qui ont précédé la chute du chah, plus de la moitié de la population rurale a quitté les campagnes. Aujourd'hui, plus de 66 % des Iraniens vivent en ville. Cette urbanisation à marche forcée s'est accompagnée, au cours des quarante dernières années, d'un effort d'alphabétisation et d'éducation sans équivalent dans le monde musulman.

Il n'y a plus de ville moyenne qui n'ait son université ; le nombre de diplômés ne cesse de croître. L'âge moyen du mariage est passé de 13 ans, du temps du chah, à 27 ans, et la croissance démographique a chuté (3,5% par an avant la révolution, pour 1,6% aujourd'hui). Le rôle des femmes a aussi évolué en profondeur. Elles ont investi la culture, le cinéma...

En l'espace d'une génération, la société a totalement changé. Assoiffée de modernité, elle est, pour la première fois dans l'histoire de l'Iran, en avance sur le système politique. Elle souffre de ses anachronismes, sans avoir encore réussi à se doter d'instances représentatives.

La société iranienne est donc nourrie d'aspirations séculières?

Elle exprime sa souffrance à travers une contestation qui est, à mes yeux, post-islamiste. La société iranienne demeure, sur le plan de ses émotions comme sur celui de sa mémoire collective, une société musulmane. Mais si l'islam fait partie de son identité, elle ne croit plus, contrairement aux sociétés arabo-musulmanes, à l'idéologisation de la religion comme instrument de pouvoir.
Au début du siècle dernier, en Iran, comme dans d'autres pays musulmans, le combat pour les libertés publiques était l'apanage d'une élite intellectuelle. Aujourd'hui, en Iran, ce n'est plus le cas. De ce point de vue, le pays ressemble moins aux pays arabes qu'aux anciennes démocraties populaires d'Europe de l'Est. Et n'oublions pas que ce n'est pas Gorbatchev qui a été le fossoyeur de l'URSS, mais son prédécesseur, Andropov...

La victoire de Barack Obama a-t-elle eu un impact sur le mouvement iranien?

Si George W. Bush était encore au pouvoir, les Iraniens ne seraient pas descendus aussi massivement dans la rue. Avec l'élection d'Obama, le monde extérieur est devenu moins menaçant et agressif aux yeux des Iraniens. Du coup, ils se sont sentis plus libres de livrer ce combat à l'intérieur.

Quels sont les aspirations et les moyens d'action de cette société civile?

Les Iraniens aspirent à un islam du possible, compatible avec leur désir de modernité. Près de deux mois après les élections, ils restent fermes sur leur position. Récemment, les autorités faisaient courir le bruit que tel journaliste emprisonné allait bientôt réapparaître à la télévision, avouant s'être laissé entraîner par des étrangers. Or des membres de sa famille qui lui ont rendu visite en prison l'ont trouvé plus déterminé que jamais...

Cette classe moyenne qui a manifesté n'a pas le culte de la mort, mais celui de la vie, et sa revendication s'inscrit dans la durée. C'est pour cela qu'il s'agit d'une crise majeure pour le régime. Le pouvoir aurait intérêt à ce que le mouvement devienne insurrectionnel, car, militarisé, le rapport des forces basculerait en sa faveur.

En Pologne, au temps de Solidarnosc, Adam Michnik avait coutume de dire que la réussite du syndicat polonais dans son combat contre le régime communiste dépendrait de sa capacité à s'autolimiter, pour ne pas rompre le consensus qu'il avait fait naître au sein de la société. Il avait raison.

Même si cela doit durer des années, il ne faut surtout pas que ce mouvement politique dérape, car il serait perdu. Il faut espérer, aussi, qu'aucune puissance extérieure ne soit tentée de militariser le problème iranien. Ce serait la meilleure façon d'encourager le despotisme.



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Clotilde Reiss jugée en Iran


L'universitaire accusée d'avoir participé au mouvement de contestation de l'élection du président iranien se retrouve samedi au tribunal.

L'universitaire française Clotilde Reiss figure parmi les accusés jugés samedi à Téhéran pour leur participation au mouvement de contestation de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, a indiqué l'agence de presse officielle Irna.

"Elle est accusée d'avoir rassemblé des informations et encouragé les émeutiers", affirme l'agence, ajoutant qu'une autre femme, employée locale de l'ambassade de France, figure également dans le box des accusés.

L'agence présente l'employée de l'ambassade uniquement sous le nom de Ashfar.

Une centaine de modérés ont commencé à être jugés depuis une semaine à Téhéran, pour des faits passibles de la peine de mort. La procédure a été dénoncée par l'ancien président Mohammad Khatami et par l'opposant Mirhossein Moussavi. Les audiences étaient interdites à tous les organes de presse hormis aux médias officiels.

(AFP)



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Les opposants iraniens maîtres de la désobéissance civile


Pour que la vague verte ne meure pas, les opposants rivalisent d'ingéniosité et de courage afin de défier Ahmadinejad et témoigner.

Sur la petite circulaire, distribuée via Internet, les consignes avaient été données noir sur blanc. « L'important, c'est d'éviter la violence», insistait le document assorti de l'itinéraire à emprunter pour manifester, mercredi matin, devant le Parlement, contre le «président illégitime de l'Iran». Au final : un petit millier de personnes, rapidement éparpillées par les forces de l'ordre. «C'est rien, mais c'est beaucoup à la fois car ce qui compte, c'est de rester en vie, pour pouvoir se mobiliser à nouveau le lendemain», remarque Amir Ali, un habitant de Téhéran, en faisant référence aux autres formes alternatives de désobéissance civile qui se multiplient, en parallèle, en Iran : concerts de klaxons, sit-in dans les universités, petits rassemblements pour commémorer les «martyrs» de la répression, en s'affichant, parfois à la nuit tombée, avec un ruban vert (la couleur de l'opposition) autour du poignet…

Depuis le début de la contestation du scrutin du 12 juin, cet ingénieur ne rate aucun rassemblement anti-Ahmadinejad. Il s'est pris des coups de matraques. Le fils de son voisin est mort, tué par balle. Un de ses meilleurs amis a reçu des menaces téléphoniques. Et pourtant, il fait partie de ceux qui continuent, aussi, tous les soirs, à crier «Mort au dictateur !», en montant sur le toit de son immeuble.

Vue de l'étranger, la contestation semble morte. Elle est devenue invisible, voire impalpable, à cause de la censure qui pèse sur les photographes iraniens - deux d'entre eux sont actuellement derrière les barreaux pour avoir vendu leurs images à des agences de presse étrangères. Les derniers rares correspondants de médias occidentaux sur place n'ont, officiellement, pas le droit de couvrir ces divers rassemblements. Mais, sur Internet, le tableau qu'offrent les manifestants eux-mêmes est beaucoup plus parlant. Chaque jour, des dizaines de vidéos prises sur le vif, lors de petits rassemblements sporadiques - y compris en province - donnent à entendre et à voir un mouvement que les autorités s'efforcent d'étouffer.

Reporters en herbe

Soucieux d'éthique, et pour éviter le bidonnage, ce nouveau journalisme citoyen s'impose d'ailleurs des règles bien précises : l'image démarre souvent avec un plan serré sur la plaque d'une avenue - pour identifier le lieu - ou sur la couverture d'un journal iranien - pour préciser la date. Par peur d'être arrêtés, les reporters en herbe ont également appris à camoufler leurs téléphones portables - équipés de caméras - dans de petites bouteilles d'eau ou dans leurs manches de chemise. La blogosphère iranienne recèle, aussi, des consignes en tout genre pour «défier» les autorités : éviter de toujours dormir sous le même toit, changer régulièrement d'adresse e-mail en utilisant des pseudonymes, éteindre son téléphone portable durant les manifestations - Nokia étant soupçonné d'avoir vendu un système de surveillance aux autorités iraniennes. Un petit film dernièrement posté sur Facebook offrait même à ses spectateurs quelques cours rudimentaires de karaté, histoire de se préparer aux coups de bâtons des policiers…

Comparée aux émeutes étudiantes de 1999, rapidement réprimées au bout de quelques jours, cette «vague verte» surprend aujourd'hui les observateurs par sa durée. «C'est un mouvement inédit que le régime aura du mal à faire taire. Cette fois-ci, on y trouve de tout : féministes, étudiants, ouvriers, clercs de la ville sainte de Qom», remarque Ali Reza Nader, chercheur à la Rand Corporation. Selon lui, l'incarcération de figures charismatiques de cette contestation, telle que Mir Hossein Moussavi, ne ferait, d'ailleurs, que renforcer la grogne. «Certains ont pensé qu'en arrêtant des gens qu'ils pensent être les meneurs de la protestation, la question serait réglée. Mais le fait est que le mouvement a continué dans le pays et a démontré que les arrestations seront sans effet», prévient Moussavi, en personne, dans un nouveau communiqué posté, mercredi, sur son site Internet.



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jeudi 6 août 2009

Ahmadinejad, président à l’offensive



Iran. Prestation de serment à tonalité antioccidentale hier.
Par CHRISTOPHE AYAD

Un discours de combat. Fidèle à sa rhétorique de la confrontation et du défi, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a profité de sa prestation de serment pour fustiger les pays occidentaux, dont la plupart des dirigeants se sont abstenus de félicitations à cause de la fraude qui a entaché sa réélection le 12 juin et de la répression des manifestations qui ont suivi. «Nous résisterons face aux oppresseurs et nous continuerons d’agir pour changer les mécanismes discriminatoires dans le monde, au bénéfice de toutes les nations», a-t-il déclaré devant les ambassadeurs étrangers et les parlementaires iraniens.
Au complet. Jusqu’à hier matin, la participation des diplomates occidentaux à la cérémonie d’investiture était incertaine. Plutôt que de se diviser, les Européens ont décidé de venir au complet, laissant liberté aux pays d’adresser les félicitations d’usage. Or Washington (qui n’a pas d’ambassade en Iran mais dont les intérêts sont représentés par la Suisse), Berlin, Paris et Londres ont fait savoir qu’elles s’abstiendraient de saluer la réélection contestée d’Ahmadinejad. Ce dernier ne les a donc pas épargnées. «Ils [les pays occidentaux, ndlr] ont dit qu’ils reconnaissaient l’élection mais qu’ils n’enverraient pas de messages de félicitations. Cela signifie qu’ils veulent la démocratie seulement pour leurs propres intérêts et ne respectent pas les droits des peuples. Sachez qu’en Iran, personne n’attend vos messages de félicitations.»

Si les diplomates étaient au rendez-vous, les bancs du Parlement ont laissé apparaître de sérieux trous. Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, ex-président et numéro 2 du régime après le Guide suprême, Ali Khamenei, n’était pas là, tout comme l’ancien président réformateur Ali Khatami. Les deux candidats malheureux à la présidentielle, l’ex-président du Parlement Mehdi Karoubi, ainsi que l’ex-Premier ministre Mir Hossein Moussavi, chef de file de la contestation, ont aussi boycotté la cérémonie. Tout comme une soixantaine de députés réformateurs, sur 290 élus.

Pendant qu’Ahmadinejad discourait, la police antiémeute, aidée des milices bassidj, a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs centaines de manifestants et procédé à des arrestations. En fin de journée, craignant d’autres défilés, un important dispositif policier a été déployé à Téhéran.

«Sans effet»
. Deux journalistes proches du candidat Moussavi ont été arrêtés, a-t-on aussi appris hier. Il s’agit de Mir Hamid Hassanzadeh et de Reza Nourbakhch. Moussavi a réaffirmé sur son site, Ghalamnews, que la contestation se poursuivrait : «Certains ont cru qu’en arrêtant des gens qu’ils pensent être les meneurs de la protestation, la question sera réglée. Mais le fait est que le mouvement a continué dans le pays et a démontré que les arrestations seront sans effet.» Le procès d’une centaine de manifestants et responsables réformateurs, violemment qualifié de «procès pour l’exemple» à la Staline par l’ayatollah dissident Montazeri, doit reprendre samedi. Quant à Ahmadinejad, il a deux semaines pour présenter un nouveau gouvernement.



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