Cela dure depuis près de deux ans. A l’heure de la prière matinale, dans des cours d’école de la République islamique de l’Iran, des maîtres et des maîtresses injurient, humilient les enfants de famille bahaïe devant leurs camarades, pour les amener à renier la religion de leurs parents. Ces enseignants obéissent à une directive du ministère de l’Education et de l’Instruction, datée de l’automne 2006. Ces scènes d’un autre âge me rappellent des souvenirs.
Je me souviens d’avoir subi, en 1954, sous la monarchie triomphante, avec les gamins bahaïs de ma classe, des maltraitances similaires de la part de notre professeur d’instruction religieuse. Je me souviens de ce que racontait ma mère. A 20 ans, dans les années 1930, cette institutrice, grande jeune femme épanouie, a failli être vitriolée, pour s’être promenée sans voile dans le bazar de Téhéran. Les femmes votaient dans la communauté bahaïe dès avant la Première Guerre mondiale. Je me souviens qu’en 1981, le professeur Manoutchehr Hakim, célèbre médecin des pauvres et bahaï, a été assassiné. Les autorités se sont empressées de confisquer ses biens et ceux de son épouse française (1).
La «secte des égarés»
Je me souviens qu’au milieu des années 1980, le cimetière bahaï de Téhéran, où reposaient de nombreux membres de ma famille, a été profané, puis passé au bulldozer. Depuis un siècle et demi, chaque fois que les dirigeants iraniens sont en difficulté, ils s’en prennent à leur bouc émissaire habituel, érigé en ennemi intérieur : la communauté bahaïe. Même si, sous le régime islamique comme au temps de la monarchie, les bahaïs «n’existent pas», n’apparaissent dans aucune statistique et que les autorités ne les mentionnent que par «secte des égarés». Ils sont otages et étrangers dans leur propre patrie.
Les bahaïs sont sept à dix millions à travers le monde, dont seulement cinq cent mille d’origine iranienne. Enraciné dans les cinq continents, le bahaïsme n’est plus, depuis longtemps, une affaire irano-iranienne. Mais qui sont les bahaïs et que leur reproche-t-on ? Pourquoi le clergé iranien persiste-t-il à persécuter les fidèles de cette religion non-violente saluée par Léon Tolstoï, Gandhi, Romain Rolland, Eléonore Roosevelt, Arnold Toynbee, Bertrand Russell ?
La foi bahaïe est une religion née après l’islam. Y croire est considéré par la majorité des théologiens musulmans comme inacceptable et, par le clergé chiite, comme un crime d’hérésie et d’apostasie. Nombre de principes bahaïs leur sont irrecevables : la recherche individuelle de la vérité et le refus de tout clergé, l’éloge de la non-violence, l’égalité des droits de la femme et de l’homme, la science comme pilier de la vie du croyant, la vision internationaliste des affaires publiques, la démocratie interne. La communauté bahaïe est le seul groupe de cette envergure en Iran organisé de façon démocratique, avec des élections annuelles, sans candidature, sans dirigeants permanents, sans chef, ni clergé. Il faudrait dire «était» organisé, car à deux reprises, ses dirigeants élus, parmi lesquels plusieurs femmes, ont été enlevés, puis exécutés clandestinement au début de la Révolution islamique. Depuis, toutes les organisations bahaïes, se sont autodissoutes. Au printemps, les sept administrateurs de la communauté, interlocuteurs habituels et très surveillés des autorités, dont la tâche essentielle était de réduire le poids de l’oppression, ont été arrêtés, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. Depuis, une campagne les accuse de trahison, d’espionnage et même d’avoir organisé l’attentat du 12 avril à Chiraz, avec l’appui des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d’Israël.
Dans la Perse rétrograde du milieu du XIXe siècle, le babisme, précurseur du bahaïsme, proposait une réforme radicale des mœurs politiques, religieuses et sociales du Moyen-Orient. La fine fleur des lettrés et des théologiens iraniens de l’époque ont adhéré au babisme. Contre les babis, la réaction du clergé chiite et de son bras séculier, le pouvoir impérial, a été si sanglante que des diplomates occidentaux, pourtant habitués à la cruauté des Qadjars (1798-1925), avaient dû s’en mêler pour sauver des vies.
La figure la plus exceptionnelle du mouvement babi est la poétesse Tahéreh-Qorratol’Aïn (1817-1852). Théologienne, elle enseigne sans se voiler, écrit des poèmes d’amour, prend la défense des femmes, organise des cours d’alphabétisation pour nombre d’entre elles, quitte son mari, tient tête à sa famille, au clergé et au pouvoir impérial. Pour faire taire à jamais cette dangereuse hérétique devenue célèbre, Nasser-ed-Edine Chah la fait étrangler en août 1852, après une fatwa des théologiens de la cour (2). Ironie du sort, si elle est exécutée c’est qu’en tant que savante et théologienne, elle a rang d’homme, donc passible de la peine de mort pour apostasie. Une simple femme, mineure devant la loi aurait été remise à un homme de sa famille pour être rééduquée !
Baha’u’llah (1817-1892) prend à son compte une grande partie des enseignements du Bab et fonde une religion nouvelle à vocation mondiale, le bahaïsme. Il allie les réformes politiques et sociales à un renouveau de l’humanité dans la spiritualité. Emprisonné, torturé, il meurt en exil à Saint-Jean-d’Acre. Les bahaïs résument son message temporel par : «La Terre n’est qu’un seul pays et tous les humains en sont les citoyens.»
Monnaie d’échange
Les persécutions contre les bahaïs continuent au XXe siècle. Ils n’ont jamais eu le droit de vote, leur mariage n’est pas enregistré si bien que tout enfant bahaï est considéré comme bâtard et à ce titre exclu de l’héritage. Les deux monarques de la dynastie Pahlavi (1925-1979) n’ont jamais mené de politique définie à l’égard des bahaïs. En fait cette communauté leur a servi de monnaie d’échange dans leur relation avec le clergé. En 1934, dans un pays sous-équipé en établissements scolaires, le gouvernement du chah Reza (1925-1941) fait fermer des dizaines d’écoles et lycées administrés par les bahaïs, laissant sans scolarité des milliers d’élèves de toutes origines religieuses et sociales. Au début des années 1950, sous le règne du chah Mohammed Reza (1941-1979) les services secrets impériaux organisent l’émergence d’un groupe extrémiste fanatique : le Hodjatieh, dit «Association pour l’éradication du bahaïsme». Ce groupe politico-religieux sera la pépinière de nombreux dirigeants de la République islamique, dont le président Ahmadinejad. Au printemps 1955, une campagne de haine à la radio d’Etat, dans les journaux et au Parlement donne le signal et encourage les violences contre les bahaïs : les fonctionnaires sont exclus des administrations, l’Etat confisque ou détruit des biens, des foules pillent, tuent et restent impunies. Cette campagne orchestrée en pleine Guerre froide, a pour but d’acheter le silence du clergé, au moment de la signature du pacte de Bagdad et des accords déshonorants avec les consortiums pétroliers internationaux. Dans l’Iran de l’époque, on accuse les bahaïs d’apostasie, de trahison et d’inféodation à la Russie communiste et athée (on feint d’oublier que Staline a anéanti la communauté bahaïe de l’URSS dans les années 1930). A un régime impérial casqué et botté, mégalomane et dictatorial succède un régime enturbanné, xénophobe, misogyne, totalitaire encore plus répressif.
Le pouvoir iranien islamiste persécute aujourd’hui, à des degrés divers, tout ce qui est différent de lui, paraît le contester, en particulier les jeunes femmes, les étudiants, les minorités ethniques et religieuses (les zoroastriens, les juifs et les chrétiens, dits «gens du Livre», citoyens de seconde zone) et même les musulmans sunnites et soufis. Avec la République islamique, le clergé chiite tente ce qu’il n’avait pu faire sous les dynasties impériales : le nettoyage religieux de l’Iran. Depuis trois décennies, le pouvoir politico-religieux en place a émis de nombreux édits de persécutions. Publiques ou secrètes, ces fatwas laissent le champ libre aux polices et à des femmes ou à des hommes de mains. Enlèvements, disparitions et exécutions des intellectuels et des responsables élus de la communauté, viols de prisonnières avant d’en exécuter certaines, autodafés de livres, spoliations massives des biens, expulsions des emplois publics, interdiction de les embaucher et de commercer avec eux, tel a été le lot des bahaïs. Nombre de leurs lieux historiques ou sacrés, datant des XVIIIe et XIXe siècles, entretenus avec ferveur, héritages de tous les Iraniens, ont été détruits. Régulièrement les cimetières sont profanés ou passés au bulldozer, des maisons sont incendiées.
Université de l’ombre
Depuis plus de deux décennies, l’accès à l’enseignement supérieur leur est, dans les faits, interdit. Avec le renouvellement des générations, il n’y a plus de bahaïs exerçant des professions libérales, telles avocat, médecin, pharmacien. On imagine l’ampleur du drame, dans une communauté qui valorise, au plus haut point, le savoir et la science. Alors, ces militants de la connaissance ont mis en place une université souterraine : l’Institut bahaï d’études supérieures. Grâce à des enseignants locaux, bahaïs ou non, et à un réseau mondial, avec l’aide d’universités de pays démocratiques qui valident les enseignements, quelques centaines de jeunes femmes et hommes arrivent, tous les ans, de haute lutte, à acquérir des diplômes. Les autorités harcèlent régulièrement cette université de l’ombre, arrêtent des enseignants et des étudiants ou confisquent le matériel éducatif. L’un des principaux animateurs de cette université, Bahman Samandari, a été exécuté au début des années 1990.
Depuis un siècle et demi, rares sont les lettrés qui, bravant le pouvoir clérical, ont pris la défense des bahaïs. Ils occultent les apports majeurs de cette minorité à la Révolution constitutionnelle de 1905, à l’amélioration du sort des femmes ou à l’éducation de la jeunesse : ils ont ouvert, au XIXe siècle, des écoles modernes à travers tout le pays, instruit des milliers de femmes et d’hommes, donné l’exemple de la démocratie. Parmi les politiques, le docteur Mossadegh, Premier ministre dans les années 1951-1953 - renversé par le coup d’Etat de la CIA - est un des rares qui ait refusé de persécuter les bahaïs pour s’attirer les bonnes grâces des fanatiques religieux. Heureusement, avec les militants défenseurs des droits humains, en particulier la courageuse Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, les choses changent. A présent des intellectuels iraniens s’intéressent publiquement au sort des bahaïs et prennent leur défense avec plus de vigueur. Il y a quelque mois, l’armée, la milice des Pasdarans, les services secrets, ont reçu l’ordre secret du Guide suprême de recenser tous les bahaïs, «sans oublier les enfants». La présidence française de l’Union européenne pourra-t-elle mettre fin à cette conspiration du silence et réveiller chez les gouvernants de la République islamique la tradition de tolérance du vieil empire multiethnique et multiculturel perse ?
Foad Saberan né à Téhéran, médecin psychiatre à Paris.
(1) Christine Hakim, les Baha’is ou victoire sur la violence, éd. Pierre-Marcel Favre, Lausanne, 1982. (2) Bahiyyih Nakhjavani, la Femme qui lisait trop, éd. Actes Sud, 2007.
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mardi 26 août 2008
Les bahaïs d’Iran en danger
dimanche 24 août 2008
L'Iran compte lancer un satellite de télécoms, dit Ahmadinejad
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad déclare que Téhéran a l'intention de lancer un satellite de télécommunications faisant appel à une technologie dont l'Occident craint de voir l'Iran se doter pour lancer des ogives nucléaires.
Dimanche dernier, les autorités iraniennes avaient affirmé avoir mis en orbite pour la première fois un satellite factice au moyen d'un lanceur de fabrication nationale, mais des responsables américains avaient déclaré que cette tentative s'était soldée par un "échec spectaculaire".
"Aujourd'hui, le peuple iranien a acquis la technologie permettant de produire différentes sortes de satellites et, avec l'aide de Dieu, il lancera dans l'espace son premier satellite de télécommunications", a dit Ahmadinejad à l'occasion d'un rassemblement.
Il n'a pas avancé de calendrier dans les extraits de son discours retransmis par la télévision nationale. Jeudi, le chef de l'agence spatiale iranienne avait déclaré que Téhéran espérait envoyer dans l'espace un vol habité au cours des dix prochaines années.
"Notre pays dispose d'un missile moderne qui peut lancer le deuxième étage à 250 km dans l'espace. Le deuxième étage est un missile plus petit transportant le satellite qui contient des matériels techniques très complexes", a dit le président.
La technologie balistique à longue portée qui sert à placer des satellites en orbite peut aussi être utilisée comme vecteur d'armements.
Les pays occidentaux, qui accusent l'Iran de vouloir fabriquer une bombe atomique, pensent que Téhéran cherche à se doter d'une technologie plus avancée en matière de missiles dans le but de lancer des ogives nucléaires. Téhéran rejette ces accusations et affirme que son programme nucléaire répond à des desseins pacifiques.
Reza Taghipour, le chef de l'agence spatiale, avait déclaré jeudi que l'Iran coopérerait avec d'autres pays islamiques pour construire un satellite. Il ajoutait que Téhéran s'unirait en outre à la Russie et à des pays d'Asie pour lancer un autre satellite.
Edmund Blair, version française Philippe Bas-Rabérin
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dimanche 20 juillet 2008
Réunion à Genève sur le dossier du nucléaire iranien
Les puissances mondiales impliquées dans le dossier du nucléaire iranien ont commencé à sonder samedi à Genève la volonté réelle de Téhéran de négocier une issue à la crise ouverte il y a six ans.
La participation sans précédent d'un haut diplomate de l'administration américaine, William Burns, de même que les déclarations récentes de hauts responsables iraniens ont suscité des attentes.
Mais l'optimisme, observé notamment sur les marchés pétroliers, pourrait être de courte durée, un diplomate occidental ayant rappelé avant le début des discussions qu'en dépit d'une "bonne" ambiance, une décision iranienne de cesser toute activité d'enrichissement d'uranium n'était pas à l'ordre du jour.
"Ils cherchent à régler des problèmes plus importants qui pourraient être inclus dans des négociations complètes", a dit ce responsable, qui a requis l'anonymat.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères iranien Manouchehr Mottaki a présenté de Téhéran cette réunion comme quelque chose de "positif et de constructif".
"La rencontre d'aujourd'hui pourrait se poursuivre par d'autres, afin que les points de vue de toutes les parties puissent être mises sur la table et que nous parvenions à un accord", a déclaré le chef de la diplomatie iranienne.
"INTENTIONS POSITIVES"
Les représentants des six puissances impliquées dans le dossier (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu - Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne - plus l'Allemagne) vont discuter avec le négociateur en chef de l'Iran de leurs dernières propositions de coopération, remises le mois dernier à Téhéran, et de la réponse iranienne.
A son arrivée à Genève, le négociateur iranien, Saeed Jalili, s'est dit animé d'"intentions positives".
Selon un haut responsable iranien, Jalili a reçu mandat du Guide suprême de la révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, et du président, Mahmoud Ahmadinejad, de prendre les décisions nécessaires.
La rencontre de Genève, a dit ce responsable à Reuters, "clarifiera le sort des négociations".
L'Iran, quatrième producteur mondial de pétrole, affirme que son programme nucléaire a pour unique visée la production d'électricité; l'Occident le soupçonne de vouloir se doter de l'arme atomique.
L'ensemble de propositions remises en juin aux autorités iraniennes par le porte-parole de la diplomatie européenne, Javier Solana, visent à offrir à Téhéran des incitations économiques et techniques en échange d'une suspension de ses activités d'enrichissement de l'uranium.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté trois trains de sanctions contre l'Iran dans cette crise ouverte à l'été 2002, lorsque le Conseil national de la résistance iranienne, groupe d'opposants en exil, a dénoncé l'existence d'un centre d'enrichissement de l'uranium à Natanz et d'une centrale nucléaire à eau lourde à Arak.
La tension s'est accrue la semaine dernière avec des essais de missiles auxquels l'Iran a procédés.
Version française Henri-Pierre André et Olivier Guillemain
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À Genève, le moment de vérité entre Iraniens et Occidentaux
Pour la première fois, les États-Unis participent à une rencontre sur le nucléaire avec le négociateur de Téhéran, et la présence annoncée du numéro trois de la diplomatie américaine.
PEUT-ÊTRE une lueur au bout du tunnel ! Pendant quatre heures, cet après-midi à l'Hôtel de ville de Genève, le négociateur iranien, Saïd Jalili, et Javier Solana, le diplomate en chef de l'Union européenne, vont tenter d'enclencher un processus concret de discussions en vue de régler le contentieux nucléaire iranien qui menace la stabilité du Moyen-Orient. « Le contexte » de la rencontre est jugé « positif » par les deux camps, même si de récentes manœuvres militaires israéliennes et iraniennes ont relancé les bruits de bottes. « Je n'en attends rien, mais j'en espère beaucoup », a déclaré Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française.
Preuve du « sérieux » des États-Unis à privilégier l'option diplomatique, pour la première fois, un diplomate de haut rang le numéro trois du Département d'État, William Burns sera face aux Iraniens. Un changement d'approche confirmé hier par Condoleezza Rice, la secrétaire d'État. Cette évolution a été saluée par son homologue iranien, Manouchehr Mottaki, qui espère que « cette nouvelle approche positive se reflétera aussi dans le contenu des discussions ».
Les Occidentaux veulent croire que l'assouplissement américain conduira l'Iran à faire un geste. À leurs yeux, ce geste doit être l'acceptation de leur dernière proposition de « gel contre gel » pour amorcer un dialogue. Mi-juin à Téhéran, au nom des 5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine et Russie, ainsi que l'Allemagne), Javier Solana a présenté des propositions, dont l'élément clé est le gel, pendant six semaines, de nouvelles sanctions contre l'Iran, qui devrait accepter en retour de stopper toute nouvelle activité d'enrichissement d'uranium.
L'impact des sanctions
Jusqu'à maintenant, l'Iran a toujours refusé de suspendre l'enrichissement, un préalable à des négociations pour les Occidentaux, qui soupçonnent Téhéran de vouloir se doter de l'arme nucléaire à des fins militaires.
Ces dernières semaines, Téhéran a semblé changer de ton. Le 4 juillet, Jalili a téléphoné à Solana pour lui annoncer qu'« il serait bien vu » que les deux hommes se rencontrent prochainement. Un tel empressement est plutôt rare chez les Iraniens. Il s'expliquerait notamment par l'impact des dernières sanctions adoptées par l'Union européenne, en particulier celle frappant la plus puissante institution financière iranienne, la banque Melli, interdite d'opérer sur le Vieux Continent. « Une semaine après votre visite à Téhéran, vous renforcez vos sanctions, ce n'est pas très fair-play », s'est plaint Jalili à Solana.
Sur le fond, la réponse envoyée par Jalili aux dernières propositions de Solana reste « décevante », dans la mesure où Téhéran n'admet pas l'exigence d'arrêter d'installer des centrifugeuses. Mais sur la forme, la missive de quatre pages laisse entrevoir quelques raisons d'espérer. Le dernier paragraphe souligne « les zones communes » entre les propositions des deux camps. Les Iraniens font également référence à l'idée de « gel contre gel » défendue par Solana . Et surtout, la réponse de Téhéran s'adresse autant à Condoleezza Rice qu'aux cinq autres ministres des Affaires étrangères associés aux contacts. « Ce fut l'élément clé pour que les Américains décident d'envoyer Burns à Genève, cela veut dire que le contact peut s'enclencher », se félicite ce diplomate. La signature de Mme Rice au bas de la lettre accompagnant les propositions de Solana a impressionné son homologue iranien.
Attirer les États-Unis
« Mottaki s'est longuement arrêté sur le paraphe, il a été étonné de voir que c'était bel et bien de l'encre et non pas une simple signature électronique », précise un proche du dossier. Les Iraniens ont toujours cherché à attirer les États-Unis dans les négociations. « Aujourd'hui, nous sommes à un moment de vérité », assure-t-on à Bruxelles. Si l'Iran accepte la procédure de dialogue qui lui a été proposée, la rencontre de Genève sera un succès. L'établissement d'un format de discussions pourra être négocié.
En revanche, un refus iranien entraînerait un durcissement américain, George Bush s'estimant mal récompensé de son dernier geste. Quant aux Européens, ils renforceraient les sanctions contre Téhéran, en transposant à l'UE la dernière résolution onusienne contre l'Iran. Personne n'a intérêt à une rupture. Dans ces conditions, un « ni oui ni non » iranien satisferait l'Occident.
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samedi 19 juillet 2008
Washington tend la main à l’Iran
A la télévision iranienne, l’ex-président Ali Akbar Hachémi Rafsandjani se donnait du mal, mercredi soir, pour convaincre que Téhéran avait été bien inspiré d’accepter, en juillet 1988, un cessez-le-feu dans la guerre Irak-Iran. Sans l’arrêt des combats, disait-il, de grandes villes auraient été détruites par Saddam Hussein. Une façon de dire, à l’iranienne, en convoquant le passé, que le pays serait menacé de terribles destructions s’il persistait dans son bras de fer nucléaire. La République islamique triompherait en fin de compte, mais le prix à payer serait trop élevé. Même tonalité sur d’autres programmes de la télévision, comme sur le site de l’agence de presse officielle Irna, où l’on découvre des images d’apocalypse.
Compromis. Désormais, Téhéran reconnaît vivre sous la menace d’une possible intervention militaire américaine ou israélienne. On le confesse même au plus haut niveau. «Certains disent […] que Bush mènera une action [militaire contre l’Iran, ndlr] durant les derniers mois de son mandat […]. Si quelqu’un commet une telle action, le peuple iranien le poursuivra et le punira, même s’il n’est plus au pouvoir», a lancé le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Même le président Mahmoud Ahmadinejad, longtemps réticent à admettre l’idée une telle attaque, a fini par s’en convaincre. D’où l’impression donnée à présent par le régime que tout est fait pour prévenir ou parer une telle opération. C’est dans ce contexte que Téhéran a fini par accepter de rencontrer les Six, les cinq pays membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, conduits par le diplomate en chef de l’Union européenne (UE), Javier Solana, afin d’essayer de trouver un compromis sur la crise nucléaire. Ces discussions se dérouleront demain à Genève.
Une rencontre exceptionnelle puisque participera, pour la première fois depuis 1979, un diplomate américain de premier plan, le sous-secrétaire d’Etat américain pour les Affaires politiques, William J. Burns, numéro 3 du département d’Etat. «Le geste américain est courageux et substantiel. La présence de Burns permettra de renforcer ceux qui, au sein du régime iranien, veulent négocier», commente une source diplomatique européenne. Même si Washington prend soin d’en minimiser la portée, précisant qu’il s’agit d’une mission sans lendemain et que Burns n’aura pas de tête-à-tête privé avec Saïd Jalili, le chef de la délégation iranienne, son déplacement constitue un revirement spectaculaire de l’administration Bush. Celle-ci avait fait jusqu’alors de la suspension de l’enrichissement d’uranium la condition impérative d’une présence américaine à des négociations multilatérales avec l’Iran.
A Téhéran comme à Washington, les lignes ont donc bougé. Mais très peu. Ahmadinejad continue de répéter que l’Iran n’acceptera pas de suspendre son programme d’enrichissement et décrit la nouvelle offre de coopération élargie avec l’Iran - en échange de cette suspension - présentée mi-juin par Solana comme «un nouveau jeu qui n’apportera rien d’autre que l’humiliation» ; le «paquet» offert par l’UE est pourtant substantiel, avec un volet économique et un autre nucléaire. Avant, il y avait eu les déclarations d’Ali Velayati, un conseiller du Guide suprême, pour qui l’Iran a intérêt à trouver un compromis avec les Six. Mais, dans les milieux diplomatiques, on estime que ses pouvoirs sont limités.
Ce qui complique tout, ajoute-t-on, c’est que le Guide «laisse tout le monde parler en son nom». Néanmoins, il semble que les pays européens aient reçu des «signaux significatifs». D’abord, d’Ahmadinejad lui-même qui, le temps d’un discours, vient de briser quelques tabous, empiétant sur les prérogatives du Guide : il s’est déclaré favorable à des négociations avec Washington, et même à l’ouverture d’une section d’intérêts américains à Téhéran ; il a aussi prétendu que l’Iran était en mesure d’arriver à la «connaissance nucléaire», ce qui est différent que d’arriver à l’enrichissement.
Les Iraniens et les Six vont donc discuter à Genève, ce qui n’était pas arrivé depuis plusieurs années. D’où «la mise en scène» orchestrée par Téhéran pour justifier ces pourparlers. Mais sur quoi porteront-ils ?
Pourparlers. Les Six, qui cherchent à provoquer «une dynamique de négociations», ne veulent surtout pas affoler Téhéran. Outre le pactole offert en échange de la suspension définitive de l’enrichissement, ils proposent des prénégociations de six semaines. Au cours de celles-ci, l’Iran renoncerait à poursuivre l’enrichissement et les Six n’adopteraient pas de nouvelles sanctions. C’est la formule «gel contre gel».
L’Iran acceptera-t-il ou cherchera-t-il à gagner du temps ? Personne n’a la réponse. D’autant plus que le régime obéit à une règle qui ne souffre pas d’exception : sauver la face. Ce qui pourrait consister à négocier tout en prétendant ne pas le faire. A dire secrètement oui tout en claironnant non. Il lui resterait à trouver la formule magique d’une telle opération.
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vendredi 18 juillet 2008
Iran: info ou intox?
Déclarations belliqueuses, manoeuvres militaires, tirs de missile: Téhéran multiplie les démonstrations de force. Mais que cherche au juste la République islamique?
A quoi joue donc Téhéran ? Les nouveaux tests, le 9 juillet, de missiles iraniens, - dont l'un, le Shahab 3, serait capable d'atteindre Israël - ont ravivé le spectre d'une guerre régionale. La même semaine, un conseiller du Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, lançait un avertissement : l'Iran, en cas d'attaque contre son territoire, viserait « 32 bases américaines et le coeur d'Israël ».
Pendant ce temps-là, les Etats-Unis renforcent toujours leur présence militaire dans le golfe Arabo-Persique et les services de renseignement israéliens s'interrogent sur l'opportunité d'une frappe aérienne contre le programme nucléaire iranien. A première vue, le risque d'un conflit ouvert n'a jamais paru si important.
Oui, mais voilà. Les nombreux experts qui se sont penchés sur les photos des tests iraniens ont décelé une faille de taille : la photo officielle illustrant le lancement de quatre missiles aurait été retouchée, afin de dissimuler l'échec du tir de l'un d'entre eux.
« L'objectif du test était d'envoyer un signal, souligne Mark Fitzpatrick, chercheur à l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de Londres. L'Iran a donc maquillé ses images, d'une part, et exagéré les capacités du missile dans ses déclarations, d'autre part. »
Alors, info ou intox, du côté de Téhéran ? Placée sous pression par la communauté internationale en raison de son programme nucléaire, soupçonné d'avoir des objectifs militaires, la République islamique, qui s'apprête à fêter ses 30 ans, ne lésine pas sur les moyens pour tenir à distance ses adversaires. Et s'octroyer, selon les termes de ses dirigeants, « un droit inaliénable à la technologie nucléaire civile ».
Même les manoeuvres militaires des Gardiens de la révolution, le fer de lance du régime, font l'objet d'une publicité inhabituelle. Téhéran, comme Washington et Israël, semble se préparer à toutes les éventualités.
"L'Iran cherche à montrer ses muscles"
Certains analystes, toutefois, voient dans les dernières provocations iraniennes un « coup de bluff » destiné à sortir la tête haute des discussions qui doivent redémarrer, le 19 juillet, entre Saïd Jalili et Javier Solana (voir l'encadré). Objectif : laisser entendre que les adversaires de l'Iran se sentiraient obligés de reprendre le dialogue, par crainte d'une riposte éventuelle de Téhéran. Selon Graham Allison, directeur du Belfer Center pour la science et les affaires internationales, à l'université Harvard, les récents tirs de missiles se résument à une « mise en scène théâtrale », car l'Iran « cherche à montrer ses muscles ». Mais, dit-il, « il n'y a aucun signe selon lequel les missiles iraniens bénéficient d'une avancée technique par rapport à ce que l'on connaissait déjà ».
Une fois la spirale de la provocation enclenchée, le risque d'un dérapage est bien réel. Dans son livre Iran, la prochaine guerre, (Le Cherche Midi), Bruno Tertrais, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, fait part de son pessimisme pour l'avenir : « Soit l'Iran sera parvenu au seuil de la fabrication de l'arme nucléaire, forçant les Etats-Unis ou Israël à intervenir militairement ; soit il aura effectivement décidé de se doter de la bombe et les règles de la géopolitique mondiale s'en trouveront bouleversées. » Dans les deux cas, l'« Iran serait au centre de la prochaine guerre ». Le premier scénario entraînerait le bombardement massif des sites iraniens. Dans ce cas, précise Bruno Tertrais, Téhéran aurait vite fait de riposter en attaquant le détroit d'Ormuz pour couper la route du pétrole, en tirant des missiles sur Israël et en activant ses leviers régionaux - le Hezbollah au Liban et certaines milices chiites en Irak. Conséquence directe : une nouvelle flambée des cours du pétrole. Mais le deuxième scénario s'annonce encore plus catastrophique. Si l'Iran parvient à fabriquer une ou plusieurs bombes, une course à la prolifération dans le monde arabe semble inévitable. Avec, à la clef, une modification des rapports de force au Moyen-Orient.
Lors de sa visite en Israël, le mois dernier, l'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmées des Etats-Unis, a qualifié de « très mauvaise idée » une attaque militaire sur les sites nucléaires iraniens. Mullen aurait même prévenu les Israéliens que Washington refuserait de donner son feu vert à une attaque de l'Etat hébreu sur l'Iran, croit savoir Anthony Cordesman, spécialiste des questions militaires iraniennes au Centre des études stratégiques et internationales, à Washington.
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Les Etats-Unis pourraient rétablir une présence diplomatique en Iran
Le quotidien britannique The Guardian rapporte, dans son édition de jeudi 17 juillet, que les Etats-Unis vont annoncer, le mois prochain, leur intention de rétablir une présence diplomatique en Iran en ouvrant une section d'intérêts diplomatiques à Téhéran. Une telle décision constituerait une première depuis la rupture diplomatique avec le régime des mollahs à la suite de la crise des otages en 1980.
"Avec cette décision, des diplomates américains seront en poste dans ce pays", annonce l'article du Guardian, sans citer de source précise. Pour le quotidien, une telle évolution constituerait "un tournant remarquable dans la politique du président George Bush, qui s'en est tenu jusque-là à une approche dure de l'Iran tout au long de sa présidence". Cette annonce serait également l'aboutissement d'un travail de sape mené depuis deux ans par le département d'Etat américain. "[Ils] ont fait pression sur la Maison Blanche depuis deux ans pour qu'elle rétablisse des relations diplomatiques avec l'Iran par le biais d'une section d'intérêts", explique The Guardian.
DISCUSSIONS À GENÈVE SUR LE NUCLÉAIRE
Le retour des diplomates américains reste cependant dépendant de l'accord des autorités iraniennes. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a fait savoir, en juin, qu'il n'était pas opposé à cette éventualité. "Nous n'avons pas reçu de demande officielle mais nous pensons que tout développement de nos relations est correct", avait-il indiqué. Actuellement, les intérêts américains en Iran sont gérés par la diplomatie suisse et Washington s'appuie sur les services britanniques pour se tenir au courant des évolutions politiques intérieures. Téhéran conserve, pour sa part, une section d'intérêts à Washington, hébergée par l'ambassade du Pakistan.
Les révélations du Guardian interviennent alors que Washington a confirmé, mercredi, que le numéro trois du département d'Etat, William Burns, se rendrait à Genève au cours du week-end pour participer à des discussions sur la question du nucléaire avec le négociateur iranien. En soi, la présence d'un haut représentant américain autour d'une table avec un responsable iranien représente déjà une première depuis que les pays occidentaux négocient avec Téhéran sur ce dossier particulièrement sensible.
Les Etats-Unis ont répété qu'ils refuseront de participer à des négociations avec les Iraniens tant que ces derniers n'auraient pas suspendu leurs activités d'enrichissement de l'uranium. Mercredi, la Maison Blanche a néanmoins tenu à préciser que l'émissaire américain sera là "pour écouter, pas pour négocier". M. Burns sera présent au sein d'une délégation incluant des émissaires russe, chinois, français, allemand et britannique, ainsi que le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana.
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