Camille Grand est directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), à Paris.
Est-il certain que l'Iran fabrique la bombe ?
Nous savons que, dès l'époque du chah , l'Iran s'est lancé dans un vaste programme nucléaire dont la double finalité - civile et militaire - est probable. Nous savons que la République islamique a poursuivi pendant plus de quinze ans (de 1987 à 2003) des activités illicites dans des sites non déclarés à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), notamment dans les domaines sensibles de l'enrichissement et du retraitement. Et ceci en violation de ses engagements internationaux. Nous savons, enfin, que l'Iran cherche encore à camoufler l'existence de sites nucléaires sensibles, à l'image des installations d'enrichissement enterrées près de Qom dont l'existence vient d'être révélée.
Les activités liées à l'enrichissement sont les plus immédiatement préoccupantes. Nous savons que l'Iran a acquis auprès du Pakistan, par l'intermédiaire du réseau A.Q. Khan, des centrifugeuses destinées à l'enrichissement de l'uranium. Nous savons qu'il n'existe aucune différence technique fondamentale entre enrichir de l'uranium à 5 % pour fabriquer du combustible et l'enrichir à 90 % pour obtenir de l'uranium de qualité militaire. Aujourd'hui, l'Iran fait tourner ou assemble plus de 8 000 centrifugeuses sur le site de Natanz, auxquelles il est désormais nécessaire d'ajouter 3 000 autres à Qom, alors que le programme nucléaire militaire britannique a commencé avec 16 centrifugeuses ! A ce rythme, l'Iran pourrait disposer de suffisamment de matières fissiles pour fabriquer une bombe dans l'année qui vient.
L'incohérence, aux plans économique et scientifique, de ces activités d'enrichissement, met en doute les explications iraniennes. L'Iran affirme vouloir produire son propre combustible en grande quantité alors qu'il ne dispose pas encore d'une centrale nucléaire opérationnelle et qu'en tout état de cause celle que fabrique la Russie à Bouchehr ne pourra pas, pour des raisons de sécurité, recevoir ce combustible iranien. C'est comme si, alors que je venais de commander une machine à laver le linge, j'exigeais de construire une usine de poudre à laver dans un bunker souterrain dans mon jardin !
A ces éléments s'ajoutent d'autres indices mis en lumière par les investigations de l'AIEA : l'Iran a mené des recherches nucléaires dans des domaines d'application exclusivement militaire (uranium métal, plan d'une sphère d'uranium). Enfin, il mène ouvertement un programme balistique qui l'a conduit à déployer et à tester une grande variété de missiles dont certains seront en mesure d'emporter une charge nucléaire à plusieurs milliers de kilomètres.
Si des incertitudes techniques demeurent sur l'efficacité des centrifugeuses iraniennes, sur le caractère plus ou moins resserré du calendrier (quelques mois ou quelques années), ou sur le choix iranien d'assembler une bombe ou de s'arrêter dans un premier temps au seuil nucléaire, tous les points précédents ont été documentés par des investigations internationales et ne sont pas contestés. Ils constituent un faisceau d'indices très inquiétant qui justifie la mobilisation internationale autour du programme iranien depuis plus de six ans.
Pourquoi l'Iran n'aurait-il pas le droit de la fabriquer ? Le Pakistan, l'Inde, Israël l'ont fait sans être condamnés ainsi...
A la différence des trois pays cités, l'Iran est signataire du traité de non-prolifération (TNP) depuis 1968 et s'est engagé dans ce cadre à ne pas acquérir ni chercher à acquérir l'arme nucléaire. En contrepartie de cet engagement, il a bénéficié d'une assistance internationale pour ses activités nucléaires pacifiques.
La crise iranienne naît avant toute chose de la violation répétée des règles internationales par l'Iran, qu'il s'agisse du TNP ou des résolutions du Conseil de sécurité et du refus de ce pays d'apporter les éclaircissements nécessaires et de geler ses programmes sensibles. Son droit à l'énergie nucléaire n'est pas contesté, la construction de la centrale de Bouchehr se poursuit d'ailleurs.
Pourquoi la dissuasion ne fonctionnerait-elle pas au Moyen-Orient, comme durant la guerre froide ou, semble-t-il, entre l'Inde et le Pakistan ?
La logique de la dissuasion n'est en effet pas l'apanage des pays du Nord et elle peut fonctionner dans d'autres contextes, même si la multiplication des acteurs nucléaires en rend l'exercice plus délicat. Elle nécessite cependant des acteurs désireux d'en accepter les règles et les multiples déclarations belliqueuses de Mahmoud Ahmadinejad ne laissent pas présager d'un comportement prudent compatible avec l'établissement d'une dissuasion stabilisatrice. Il faut aussi souligner que la question d'un Iran atomique dépasse de très loin la question d'une relation dissuasive avec Israël et engagerait la sécurité de tous les Etats de la région et au-delà.
La solution pourrait-elle consister à faire en sorte que l'Iran s'arrête au seuil nucléaire, comme le Japon ?
Le modèle dit "japonais" de maîtrise de l'ensemble du cycle du combustible nucléaire ne fonctionne que parce que le Japon a toujours accepté un strict contrôle international de ses activités qui sont toutes placées sous la surveillance de l'AIEA. L'Iran a, au contraire, cherché de manière répétée à soustraire ses sites sensibles au contrôle international. Si, dans les textes, rien n'interdit à l'Iran de s'engager à long terme dans cette voie, il appartient à Téhéran de rétablir la confiance avec le système international, après deux décennies de dissimulation, pour qu'une telle solution puisse être examinée.
Est-il sûr que d'autres pays de la région, suivront l'exemple de l'Iran s'il se dote d'une capacité nucléaire militaire ?
Le pire n'est jamais sûr, mais c'est un risque sérieux. Si l'Iran devient une puissance nucléaire, beaucoup d'acteurs régionaux (Egypte, Turquie, Arabie saoudite et d'autres...) vont légitimement s'interroger sur leurs choix stratégiques et devoir prendre des décisions difficiles. Plusieurs choix s'offrent à eux : se lancer à leur tour dans un programme nucléaire militaire, se doter de défenses antimissiles, faire appel aux alliés occidentaux pour bénéficier d'une nouvelle forme de dissuasion élargie. La bombe iranienne risque d'entraîner une prolifération en chaîne dans la région.
Plus généralement, l'incapacité internationale à résoudre la crise iranienne, même après que la Corée du Nord s'est retirée du TNP et a procédé à des essais, risque d'ouvrir une nouvelle ère nucléaire, où l'affaiblissement du TNP conduirait à une prolifération tous azimuts, chacun estimant possible de franchir le seuil nucléaire sans trop de risque. Les soupçons sérieux qui pèsent sur la Syrie ou la Birmanie laissent supposer que certains sont déjà passés à l'acte. Il est d'autant plus urgent de résoudre la crise iranienne.
Propos recueillis par Natalie Nougayrède
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mercredi 30 septembre 2009
Pourquoi la bombe iranienne fait-elle plus peur qu'une autre ?
Iran : un dialogue impossible ?
Cela ressemble, depuis plus de quatre ans, à un dialogue impossible. Depuis 2005, l'Iran a fait preuve d'une grande obstination pour faire progresser ses travaux nucléaires. Il a refusé de faire la lumière sur ses activités illicites, dont certaines étaient cachées depuis les années 1980. Les grandes puissances ont été dans l'incapacité d'obtenir la moindre inflexion iranienne susceptible d'ouvrir la voie à une négociation.
Les huit premiers mois de l'administration Obama n'ont pas, non plus, permis une percée. Le durcissement du régime à Téhéran, après la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad, en juin, n'a pas aidé. Mais les remous politiques profonds qui se sont emparés du pays, combinés aux difficultés économiques ambiantes, et au soulèvement d'une partie de la jeunesse, pourraient encore faire bouger les lignes.
Les multiples tentatives de négociation avec l'Iran, depuis l'été 2005, ont ressemblé à un dialogue de sourds. En sera-t-il autrement le 1er octobre à Genève ? Les attentes sont modestes, soulignent les diplomates. Les représentants du groupe des six pays traitant ce dossier de prolifération (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine, Allemagne), ainsi que le haut représentant européen, Javier Solana, doivent rencontrer un officiel iranien, le négociateur sur le nucléaire, Saïd Jalili.
Ce n'est pas une nouveauté. Mais pour la première fois, un émissaire de l'administration Obama sera autour de la table. Il s'agit de William Burns, le même diplomate auquel George W. Bush avait déjà confié ce rôle, en juillet 2008, lors d'une précédente réunion multilatérale, restée sans résultat.
Lors de la rencontre de 2008, également tenue à Genève, l'Iranien n'avait à aucun moment adressé directement la parole au responsable du Département d'Etat. Ni voulu évoquer l'offre de coopération faite depuis deux ans à l'Iran par les grandes puissances, qui sont prêtes à aider le pays dans les domaines du nucléaire civil, du commerce, et à ouvrir des discussions sur la sécurité au Moyen-Orient.
Cette offre demeure sur la table aujourd'hui. Elle repose sur le principe du "double gel" : gel de l'accroissement des sanctions de l'ONU contre l'Iran, contre un gel de l'augmentation du nombre de centrifugeuses, les appareils qui enrichissent l'uranium et peuvent, au choix, fabriquer soit du combustible pour centrale nucléaire, soit de la matière fissile pour l'arme atomique.
L'idée du "double gel" est une façon de contourner, sans la dénoncer, l'exigence de "suspension" des activités liées à l'enrichissement. Une demande inscrite dans les résolutions successives de l'ONU sur l'Iran, mais auxquelles la République islamique, depuis 2006, n'a jamais voulu se conformer.
La rencontre de Genève est importante pour l'administration américaine, car elle matérialise une volonté d'engagement au dialogue avec l'Iran, un des thèmes essentiels utilisés par Barack Obama, auprès de l'opinion publique, pour se différencier de l'action de son prédécesseur. En toute logique, elle devrait être suivie d'autres rendez-vous, car étant donné la technique iranienne de discussions, rien ou si peu pourra être abordé en une seule séance.
De façon réaliste, le président américain se dit qu'avant de passer à l'étape suivante, celle de sanctions percutantes au plan financier et énergétique, il a tout intérêt à se montrer encore patient, et à faire la démonstration de sa complète disponibilité à aller le plus loin possible dans les ouvertures diplomatiques. Afin que personne ne puisse lui reprocher, à l'avenir, de ne pas avoir essayé.
Cette politique a connu plusieurs phases. Avant le scrutin iranien du 12 juin et la répression policière qui a suivi, Barack Obama a enchaîné les gestes d'ouverture, comme ses deux lettres adressées au "Guide" Ali Khamenei, son message de Norouz aux Iraniens, ou encore sa façon de reconnaître, dans son discours du Caire, que la CIA avait trempé dans le renversement de Mossadegh en 1953. Après le mois de juin, il a été plus en retrait, dénonçant avec retard les violences, et semblant considérer que la balle était dans le camp du régime iranien.
Le président américain sait aussi qu'il doit éviter d'avoir l'air naïf ou faible. C'est la raison pour laquelle, à quelques jours de la réunion du 1er octobre, l'Iran a subitement été mis sur la défensive par une série de révélations fracassantes faites par les dirigeants occidentaux, en plein G20 à Pittsburgh. Celles-ci portaient sur la signification d'un site nucléaire iranien resté secret pendant des années, creusé sous une montagne dans la région de Qom.
Il s'agit du deuxième site clandestin d'enrichissement d'uranium à être exposé en Iran depuis le dévoilement de celui de Natanz, en 2002, par un groupe d'opposants exilés. L'épisode avait fourni le point de départ de la crise nucléaire iranienne, longue saga diplomatique jalonnée de rebondissements dignes de romans d'espionnage.
A Pittsburgh, M. Obama a aussitôt durci son langage sur l'Iran, allant jusqu'à rappeler qu'"aucune option n'est exclue", même si sa préférence va clairement à la diplomatie. Dans les discussions avec les partenaires européens, l'échéance de la fin de l'année semble confirmée : si l'Iran n'obtempère pas avant ce délai, notamment en faisant toute la transparence sur son programme nucléaire, de nouvelles sanctions, mordantes, seront prises.
L'un des grands changements est que, depuis le coup de tonnerre qu'a constitué la "découverte" du site de Qom, il est devenu plus difficile pour la Russie et la Chine d'apporter une "couverture" diplomatique à l'Iran. L'unité des "Six" est jugée cruciale par les Américains et les Européens. M. Obama a beaucoup misé sur sa politique de reset (redémarrage ) avec la Russie, et il doit se rendre en novembre en Chine.
Après plus de sept années de tensions autour de l'atome iranien, la leçon qui peut être tirée est celle d'un lent échec diplomatique, en tout cas à ce jour. En 2003-2004, les Européens (France, Royaume-Uni, Allemagne) avaient bel et bien obtenu des gestes de l'Iran, notamment la suspension de l'enrichissement d'uranium et des inspections inopinées et larges de l'AIEA. Mais c'était à une période où, peu après l'invasion de l'Irak, la République islamique était prête à se montrer coopérative pour gagner du temps et échapper à un scénario militaire.
A partir de la mi-2005, l'Iran basculait dans un ton de confrontation, encouragé par la remontée des prix du pétrole et le constat des vulnérabilités de l'armée américaine en Irak. Mahmoud Ahmadinejad parvenait au pouvoir. Mais avant même que ce radical issu des rangs des pasdarans ne prenne ses fonctions, les activités de conversion d'uranium avaient repris. L'Iran rompait l'accord avec les Européens. Côté occidental, les efforts diplomatiques se tournaient vers un transfert du dossier au Conseil de sécurité, chose réalisée début 2006. Téhéran a alors commencé à dépeindre la campagne des Occidentaux dénonçant ses activités d'enrichissement d'uranium comme une violation des droits des Etats non nucléaires signataires du Traité de non-prolifération de 1968. Il trouvait des soutiens à cette idée notamment du côté du Brésil et des pays non alignés.
Face à la communauté internationale, l'Iran continue aujourd'hui de louvoyer, de jouer sur les divisions de ses interlocuteurs. Il souffle le chaud et le froid, dans un savant dosage hérité d'une diplomatie persane millénaire. Par exemple cet été, quand les inspecteurs de l'AIEA ont été autorisés à se rendre sur le site nucléaire d'Arak. Un geste en particulier salué par la Russie.
Ou encore quand l'Iran a apporté le 9 septembre un texte très hermétique, en guise de réponse à l'offre des "Six" réitérée cinq mois plus tôt. Moscou applaudissait. L'administration Obama, elle, constatait la vacuité du document, qui n'abordait pas le dossier nucléaire, mais elle ne s'opposait pas non plus au principe d'une rencontre à six avec l'émissaire iranien. La date, le 1er octobre, fut choisie par l'Iran.
Habile manoeuvre de Téhéran, car cela permettait en principe de franchir sans encombre l'étape de l'Assemblée générale des Nations unies, à laquelle M. Ahmadinejad devait se rendre. Une échéance qui avait durant l'été été considérée par les Occidentaux comme la date-butoir donnée aux Iraniens pour jauger de leurs intentions. Toutefois il y eut un boomerang pour les officiels iraniens : l'affaire du site secret de Qom surgissait, comme preuve embarrassante de leurs efforts de dissimulation.
Durant les années Bush, l'Iran refusait de négocier sur son programme nucléaire en invoquant la crainte que cela mettrait en oeuvre des forces de changement de régime, dans le cadre d'un complot ourdi par les Etats-Unis. M. Obama, en parlant au début de sa présidence de "respect mutuel", a cherché à neutraliser ce soupçon. C'était avant que le régime iranien réagisse à la vague de contestations de rue en criant aux ingérences de l'Occident, et qu'à Téhéran plus personne ne paraisse capable d'assumer un rapprochement avec Washington. On voit mal comment le nucléaire iranien cessera d'être le dossier des rendez-vous ratés.
Nathalie Nougayrède
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samedi 26 septembre 2009
L'Iran annonce de nouveaux essais de missiles
Mahmoud Ahmadinedjad, lors de sa rencontre avec le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, le 25 septembre. L'Iran souffle le chaud et le froid : quelques heures à peine après avoir annoncé, par la voix de son responsable du programme nucléaire, que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pourrait visiter le deuxième centre d'enrichissement d'uranium iranien, donc l'existence a été révélée vendredi, le régime iranien a fait savoir qu'il comptait procéder à de nouveaux essais de missiles à partir de dimanche.
L'agence de presse officielle Isna a annoncé ce samedi que les Gardiens de la révoluton, l'armée idéologique du régime, effectueront des essais de missiles pour "entretenir et développer" les capacités des forces armées. Il s'agit d'un nouveau pallier dans l'escalade diplomatique qui oppose, depuis vendredi, les principales puissances occidentales au régime iranien, accusé de vouloir se doter de l'arme atomique.
Le président Mahmoud Ahmadinedjad avait confirmé vendredi des informations recueillies par les services de renseignements de plusieurs pays, attestant de l'existence d'un second centre d'enrichissement de l'uranium à Qom, à une centaine de kilomètres de Téhéran. L'ONU avait pris une résolution en 2006 demandant à l'Iran de suspendre son programme d'enrichissement d'uranium, craignant qu'il s'agisse d'une couverture pour le développement d'un programme nucléaire militaire, ce que Téhéran dément.
Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et Israël avaient brandi la menace de nouvelles sanctions si l'Iran n'ouvrait pas ces installations aux inspecteurs de l'AIEA, laissant entendre que la possibilité de frappes militaires ne pourrait pas être exclues si Téhéran refusait de coopérer.
Une réunion est prévue le 1er octobre à Genève entre l'Iran et les pays membres du groupe "5+1", États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne.
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Iran: Israël réclame une réponse «sans équivoque»
L'Etat hébreu appelle les grandes puissances à la plus grande fermeté après la révélation de l'existence d'un second site d'enrichissement d'uranium en Iran, ennemi juré d'Israël.
La révélation de l'existence d'un second site d'enrichissement d'uranium en Iran nécessite «une réponse sans équivoque» des grandes puissances lors de la réunion avec Téhéran le 1er octobre, a déclaré samedi le chef de la diplomatie israélienne, Avigdor Lieberman.
«Les révélations sur ce second site d'enrichissement nucléaire en Iran prouvent sans le moindre doute que ce pays veut s'équiper de l'arme atomique, et nous espérons qu'une réponse sans équivoque sera donnée le 1er octobre», a déclaré à la radio publique Avigdor Lieberman.
L'Iran et les six pays impliqués dans le dossier nucléaire iranien (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Etats-Unis) doivent se retrouver à Genève le 1er octobre.
Cette réunion interviendra alors que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a annoncé vendredi avoir été informée par l'Iran qu'il construisait un second centre d'enrichissement d'uranium, en plus de celui déjà existant de Natanz (centre).
Les Occidentaux, qui soupçonnent Téhéran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ont d'emblée accusé l'Iran d'avoir développé ce site en secret, le mettant en demeure de changer de politique d'ici décembre sous peine de nouvelles sanctions «sévères».
Israël, qui fait valoir de longue date le risque d'un Iran nucléaire, considère la République islamique comme son pire ennemi, le président iranien ayant plusieurs fois annoncé la disparition prochaine de l'Etat hébreu.
«Nous ne sommes pas surpris par les dernières révélations, car nous disons depuis longtemps que l'Iran développe ses activités nucléaires à des fins militaires», a ainsi ajouté Avigdor Lieberman.
«Renverser le régime fou de Téhéran»
«Les Russes sont eux aussi parvenus aux mêmes conclusions, car ce second site d'enrichissement d'uranium sert uniquement des objectifs militaires (...). Il est à présent clair que le nucléaire iranien, c'est le problème du monde entier et pas seulement d'Israël», a-t-il encore dit.
«Sans perdre de temps, il faut oeuvrer au renversement du régime fou de Téhéran», a conclu Avigdor Lieberman.
De New York, où il était venu pour l'assemblée générale de l'ONU, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a rétorqué que ce site était «parfaitement légal».
Les Occidentaux ont néanmoins réclamé que les Iraniens accordent aux inspecteurs de l'AIEA l'accès au site suspect, qui se trouverait près de la ville religieuse de Qom, au sud de Téhéran, soigneusement dissimulé dans un camp de l'armée d'élite du régime.
Ahmadinejad a par ailleurs affirmé que son pays attendait beaucoup des négociations à Genève.
Téhéran réfute toute prétention militaire et assure que son programme est purement civil.
Plusieurs résolutions de l'ONU ont déjà été votées contre l'Iran, dont certains assorties de sanctions.
(Source AFP)
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M. Obama a été mis au courant, à peine élu...
S'il s'agissait de frapper les esprits, la méthode a réussi. Au G20 l'annonce de la mise en demeure des présidents américain et français, Barack Obama et Nicolas Sarkozy, et du premier ministre britannique Gordon Brown, à l'Iran, a pris tout le monde de court. "Je ne veux pas préjuger de la suite mais, de toute évidence, il s'agit d'une révélation incroyablement importante que le monde a besoin de digérer", a dit la secrétaire d'Etat américaine, Mme Clinton.
La conférence de presse, vendredi 25 septembre au petit matin, a été annoncée la veille au soir par un simple rectificatif au programme : "Le président fera une déclaration à 8 h 30 dans la salle de presse du G20." La Maison Blanche n'a donné aucune précision, sauf au New York Times. Toute la matinée, l'annonce d'un nouveau site d'enrichissement d'uranium iranien à Qom a pris le pas sur la régulation bancaire. Les trois délégations ont affronté la même série de questions. Pourquoi l'annonce au G20 et non la veille à la réunion de l'ONU sur la non-prolifération, et une coalition Brown-Obama-Sarkozy au lieu du groupe habituel (Allemagne, Russie, Chine) ?
Dans la délégation américaine, la satisfaction se lisait sur les visages même si M. Obama a réfuté l'idée de "victoire" : "Ce n'est pas un match de football." Les officiels ont précisé que les services de renseignement connaissaient ce site de Qom depuis "plusieurs années" : "Nous avions des informations indiquant que l'objectif était une usine secrète de centrifugeuses. Nous voulions attendre de vérifier si tel était le cas. Plus la construction avançait, plus le dossier s'est alourdi."
A peine élu, M. Obama a été informé "pendant la transition". "Nous avons travaillé énergiquement avec nos amis pour être sûrs d'avoir un dossier solide à présenter à l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), ayant appris que de telles présentations de renseignements doivent être effectuées de façon crédible", a dit un officiel souhaitant garder l'anonymat. Cet été, la Maison Blanche a suggéré aux services de renseignement de travailler avec Paris et Londres pour développer les preuves à apporter à l'AIEA.
Sur la date, les Américains disent avoir voulu éviter d'être doublés par les Iraniens, après avoir appris - ils n'ont pas dit comment - que ces derniers avaient envoyé une lettre, lundi, à l'AIEA, parlant du site. Seuls les pays qui ont été associés à la collecte du renseignement ont préparé la présentation à l'AIEA. Pourquoi ne pas avoir alerté plus tôt la communauté internationale ? "Ç'aurait été une erreur terrible. Au début, une usine comme celle-là peut avoir des usages multiples. Il était important d'attendre que la construction atteigne le stade où elle est indéniablement prévue pour des centrifugeuses", justifie cet expert.
Corine Lesnes (Pittsburgh, envoyée spéciale)
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vendredi 25 septembre 2009
Nucléaire : l'Iran affirme posséder une deuxième usine
Alors que les principaux dirigeants occidentaux réfléchissent actuellement sur d'éventuelles sanctions contre l'Iran, Téhéran révèle l'existence d'une seconde unité d'enrichissement d'uranium.
L'information risque de refroidir un peu plus les relations entre Téhéran et les six pays occidentaux chargés du dossier nucléaire iranien. Alors que Mahmoud Ahmadinejad avait proposé mercredi une rencontre entre des experts nucléaires occidentaux et iraniens - un geste jugé encourageant mais accueilli avec prudence par les Etats-Unis et l'Union européenne -, l'Iran vient de révéler l'existence d'une seconde unité d'enrichissement d'uranium. Selon des responsables occidentaux, cette annonce figurait dans une lettre envoyée lundi à Mohammed El-Baradei, le directeur général de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA). Plusieurs responsables occidentaux prétendent que l'usine se trouverait près de la ville de Qum, dans une région montagneuse située au sud-ouest de Téhéran.
Mardi, l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) avait déjà affirmé que ses scientifiques étaient parvenus à fabriquer une nouvelle génération, plus performante, de centrifugeuses. «Des cascades de 10 centrifugeuses chacune sont actuellement à l'essai», avait déclaré son responsable, Ali Akbar Salehi. Selon lui, ces nouvelles centrifugeuses seraient en mesure de multiplier par «plus de cinq» la capacité iranienne à enrichir de l'uranium. Téhéran a pour «objectif de parvenir à décupler» au total cette capacité, avait-il ajouté.
L'enrichissement de l'uranium peut servir aussi bien de combustible nucléaire pour produire de l'énergie que pour fabriquer une arme atomique. Or, l'Iran est soupçonné par les pays occidentaux et Israël de mener en secret un programme nucléaire à des fins militaires, ce que Téhéran nie en insistant sur le fait qu'il a le droit de développer un tel programme pour produire de l'énergie.
Paris prône des «sanctions massives» contre Téhéran
Jeudi, à l'unanimité, les quinze membres du Conseil de sécurité ont adopté la résolution rédigée par les États-Unis, sur la non-prolifération des armes nucléaires. Une résolution qui ne mentionne pas explicitement l'Iran. Barack Obama entend manifestement, à ce stade encore, laisser ouverte la porte du dialogue avec Téhéran et s'en remet aux pourparlers prévus à Genève le 1er octobre.
La France, elle, veut accélérer les choses. «Avant la fin de l'année, si l'Iran n'a pas changé de politique» en matière d'armement nucléaire, il faudra «prendre des sanctions massives, dans les domaines financier et énergétique», prévenait la présidence française. «L'Iran accumule les centrifugeuses et l'uranium enrichi. Il n'en a aucun besoin», insistait le communiqué de l'Elysée, affirmant qu'il fallait «empêcher une catastrophe». Un peu plus tard dans la soirée, à l'ONU, Nicolas Sarkozy était allé encore un peu plus loin : «Je soutiens la main tendue des Américains» à Téhéran, mais «qu'ont amené à la communauté internationale ces propositions de dialogue ? Rien. (…) Il y a un moment où les faits sont têtus et où il faudra prendre des décisions».
Fin août, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait indiqué que l'Iran avait ralenti sa production d'uranium faiblement enrichi et permis aux inspecteurs de l'ONU d'accéder au réacteur de recherche d'Arak, ce qu'ils réclamaient depuis longtemps. L'AIEA avait également souligné que l'Iran continuait d'installer des centrifugeuses sur son site de Natanz, mais que le nombre de machines en activité avait diminué.
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Mauvais traitements en prison dans le pays « le plus libre du monde »
Alors que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, ne cessent de répéter que l’Iran est “le pays le plus libre du monde“, les journalistes iraniens détenus sont victimes de mauvais traitements, voire de tortures. Ahmad Zeydabadi, figure emblématique du journalisme en Iran, est toujours sous pression pour faire des aveux. Alors que son dossier a été “perdu”, Bahaman Ahamadi Amoee est toujours incarcéré. Said Matinpour, qui souffre de problèmes respiratoires, ne bénéficie pas d’un suivi médical.
« Les journalistes emprisonnés en Iran sont privés de leurs droits élémentaires et ne bénéficient d’aucune protection. Leurs avocats et leurs familles sont menacés. Mahmoud Ahmadinejad doit rendre des comptes sur la situation dans les prisons iraniennes depuis le 12 juin dernier, notamment au vu des témoignages de journalistes victimes de tortures et de mauvais traitements. Les Nations unies doivent impérativement envoyer sur place une mission d’enquête, afin de visiter les prisons, notamment celle d’Evin. La vie de plusieurs journalistes est en danger », a déclaré Reporters sans frontières.
Arrêté le 14 juin 2009, Ahmad Zeydabadi a passé trente-cinq jours « dans une cellule qui ressemblait à une tombe ». Selon sa famille, le journaliste est maintenu sous pression pour formuler des excuses publiques et demander pardon au Guide suprême. En 2007, le journaliste avait écrit une lettre ouverte à l’ayatollah Khamenei, dans laquelle il se demandait « pourquoi ne peut-on pas critiquer les actions du Guide suprême ». « Lors de ma dernière visite, Ahmad m’a dit qu’il était toujours à l’isolement, et qu’il avait été frappé par ses interrogateurs pour qu’il rédige une lettre d’excuses à l’ayatollah Khamenei. Ses interrogateurs ont même dit qu’ils avaient reçu l’autorisation de faire tout ce qu’ils voulaient avec lui », a déclaré sa femme Mahdieh Mohammadi, très inquiète pour son mari.
Said Matinpour, journaliste de l’hebdomadaire Yarpagh en langue azérie, souffre de problèmes respiratoires suite à une infection pulmonaire. Selon sa femme qui a reçu un appel de son mari le 20 septembre, « il était incapable de parler tant il toussait ». Les autorités ont refusé d’accéder à la demande de permission médicale de son avocat. Said Matinpour a été arrêté le 11 juillet après avoir été convoqué à la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Un mois auparavant, il avait été condamné à huit ans de prison pour avoir “entretenu des relations avec des étrangers” et pour “publicité contre le régime”. Déjà emprisonné de mai 2007 à février 2008, il souffre de multiples problèmes de santé.
Bahaman Ahamadi Amoee, selon son avocate Me Fraideh Gheyrat, est toujours en isolement dans la section 209 de la prison d’Evin, victime de pressions malgré la demande de libération sous caution demandée depuis son arrestation. « Le dossier de mon client a été perdu, ce qui est une signe inquiétant. Du jamais vu dans ma carrière. Soit le dossier est lourd ou incomplet, et dans ce cas, les interrogatoires se poursuivent. Or, alors qu’on m’a dit que les interrogatoires de mon client étaient terminés, il semblerait qu’il n’y ait plus de dossier. » Bahaman Ahamadi Amoee, collaborateur de plusieurs publications proches du courant réformateur, a été arrêté à son domicile, le 20 juin dernier, avec son épouse, Jila Baniyaghoob. Cette dernière a été libérée le 19 août, contre le versement d’une caution de 100 millions de toman (soit 90 000 euros).
Shiva Nazar Ahari, blogueuse du site Azadizan http://azadiezan.blogspot.com/ (Libération de la femme), a été libérée le 23 septembre après 3 mois de détention, contre le versement de 200 millions de toman (soit 180 000 euros). Elle est toujours en attente de jugement.
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