samedi 8 août 2009

Jugée à Téhéran, Clotilde Reiss demande "pardon"

La Française Clotilde Reiss, sur le banc des accusés, le 8 août à Téhéran.

Samedi 8 août a commencé devant le Tribunal révolutionnaire de Téhéran le procès de l'universitaire française Clotilde Reiss, d'une employée iranienne du service culturel de l'ambassade de France, et de deux employés de l'ambassade de Grande-Bretagne.

Comme lors des précédents procès de manifestants contestant la réélection de Mahmoud Ahmadinejed, Clotilde Reiss s'est livrée à un mea culpa devant ses juges. Elle a reconnu que sa participation aux manifestations, "pour des raisons personnelles", était une "erreur", avant de demander "pardon" et d'implorer la grâce du tribunal, comme son avocat en a fait la demande. La jeune femme, âgée de 24 ans, risque jusqu'à cinq ans de prison.

L'Union européenne a aussitôt réagi, estimant que ce procès était est un acte contre l'ensemble de l'Union européenne et qu'il "sera traité en conséquence", selon la présidence suédoise de l'UE. Le ministre britannique des affaires étrangères David Miliband a lui parlé de "provocation". La France a également condamné le procès, exigeant la libération immédiate de Clotilde Reiss et de l'employée de l'ambassade.

UN RAPPORT D'UNE PAGE

La Française, accusée d'avoir "rassemblé des informations et encouragé les émeutiers" a également admis avoir remis un rapport à l'ambassade de France à Téhéran sur les manifestations à Ispahan, où elle a passé cinq mois comme lectrice à l'université. "J'ai écrit un rapport d'une page et je l'ai remis au patron de l'Institut français de recherche en Iran qui appartient au service culturel de l'ambassade de France", a-t-elle déclaré.

Interrogée sur un rapport qu'elle aurait préparé sur le programme nucléaire iranien il y a deux ans dans le cadre d'un stage au Commissariat français de l'énergie atomique, elle a affirmé que ce travail n'était pas technique : "J'ai rédigé un rapport sur les politiques en Iran en lien avec l'énergie nucléaire", a-t-elle reconnu, mais "j'ai utilisé des articles et des informations qu'on trouve sur internet et il n'y avait rien de secret."

AVEUX "FORCÉS"

Clotilde Reiss avait été arrêtée à l'aéroport de Téhéran le 1er juillet alors qu'elle rentrait en France. Paris et l'Union européenne ont exigé sa libération, estimant que les accusations étaient infondées. Elle est détenue depuis plus d'un mois à la prison d'Evin et l'ambassadeur de France n'a pu lui rendre visite qu'une fois. La jeune femme avait, selon le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner, envoyé par internet des photos des manifestations. "Ces accusations d'espionnage sont hautement fantaisistes", avait dit Nicolas Sarkozy début juillet.

Le rôle de l'ambassade de France était également sur la selette lors de l'audition d'une autre accusée, Nazak Afshar, employée locale au service culturel. Cette dernière aurait avoué avoir reçu comme consigne de son employeur de donner asile si nécessaire à des manifestants. "Si des affrontements se déroulaient devant le service culturel et si une personne voulait se réfugier à l'intérieur de l'ambassade, nous devions lui donner refuge", a-t-elle déclaré. Son fils, qui se trouve à Paris, a immédiatement dénoncé des "aveux" forcés. Nazak Afshar "n'est pas une activiste, ce n'est pas du tout une personne politique", a-t-il ajouté.

"COMPLÈTEMENT INACCEPTABLE"

Depuis une semaine, une centaine de modérés ont commencé à être jugés à Téhéran, pour des faits passibles de cinq ans de prison ou de la peine de mort. La procédure a été dénoncée par l'ancien président Mohammad Khatami et par l'opposant Mirhossein Moussavi. Les audiences étaient interdites à tous les organes de presse hormis aux médias officiels.

Un autre employé d'une ambassade occidentale a pour sa part été inculpé pour espionnage par le même tribunal. Hossein Rassam, employé iranien de l'ambassade de Grande-Bretagne, est accusé d'avoir rédigé des rapports sur les manifestations pour le compte du gouvernement britannique. M. Rassam a reconnu samedi que l'ambassade avait donné pour consigne à ses employés locaux d'être présents lors des manifestations. Londres a qualifié ce procès de "complètement inacceptable".

L'élection du 12 juin dernier a plongé l'Iran dans sa plus grande crise politique depuis la Révolution islamique en 1979. Réélu dans le trouble, Madmoud Ahmadinejad a inauguré formellement mercredi son deuxième mandat de président de l'Iran. Les violences post-électorales ont fait au moins 20 morts et des centaines de personnes, hommes politiques, journalistes, avocats ou activistes, ont été détenus dans les prisons iraniennes, selon les associations de défense des droits de l'homme.


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