jeudi 17 septembre 2009

A Dubaï, la CIA recrute ses espions iraniens Par Delphine Minoui


A moins de deux heures de vol de Téhéran, Dubaï est devenu la base arrière des services de renseignement américains, avides d'en savoir plus sur la République islamique.

Dans un livre paru, lundi, aux Etats-Unis (« City of Gold : Dubaï and the dream of capitalism », St. Martin's press), le journaliste américain Jim Krane révèle que la CIA a plusieurs fois opposé son veto au Département d'Etat américain, qui cherchait à fermer son consulat de Dubaï pour cause de budget limité.

Raison avancée : une telle initiative aurait privé Washington d'une vraie pépinière d'agents iraniens. Des centaines d'Iraniens en demande de visa y sont, en effet, quotidiennement « observé, interrogé et parfois recrutés pour espionner sur leur propre gouvernement », constate Jim Krane.

Parmi les cibles idéales de la CIA : des citoyens ayant travaillé pour l'armée ou le gouvernement iranien. En fonction de leur profil, ils sont à nouveau convoqués, une fois leur demande de visa déposée. Au fil des entretiens, les questions deviennent plus pointues, et peuvent prendre la forme d'un chantage indirect conditionnant l'obtention du visa aux réponses données.

Les liens étroits entre Dubaï et Téhéran ne sont pas nouveaux. Après la prise du pouvoir par les religieux à Téhéran, en 1979, Dubaï a vu débarquer des milliers d'Iraniens qui prospèrent dans l'immobilier, la restauration et l'hôtellerie. Chaque semaine, plus de 300 vols font la navette entre l'Iran et Dubaï. Le petit émirat est également le plus important partenaire commercial de la République islamique.

Soucieux de mieux comprendre l'Iran - où les diplomates américains n'ont plus droit de citée depuis la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et Washington, en 1979 -, les Américains se sont progressivement rapprochés du point d'entrée le plus proche : Dubaï. En 2006, le Département d'Etat a fini par ouvrir un bureau spécial « Iran » au sein du Consulat. Composé d'une demi-douzaine d'experts parlant le persan, il tente discrètement de décrypter la complexité de la République islamique et d'impulser un vent de changement de l'autre côté du Golfe. C'est dans ce même Consulat, précise Jim Krane, que les recrues potentielles sont approchées.

Mais les Américains ne sont pas les seuls à jouer les indics. « L'Iran, aussi, a ses propres agents secrets, parmi lesquels certains représentants locaux de compagnies étatiques, dont certaines appartiennent aux Gardiens de la révolution et aux ministère de la défense et des renseignements », note-t-il.


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