samedi 8 août 2009

Clotilde Reiss jugée en Iran


L'universitaire accusée d'avoir participé au mouvement de contestation de l'élection du président iranien se retrouve samedi au tribunal.

L'universitaire française Clotilde Reiss figure parmi les accusés jugés samedi à Téhéran pour leur participation au mouvement de contestation de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, a indiqué l'agence de presse officielle Irna.

"Elle est accusée d'avoir rassemblé des informations et encouragé les émeutiers", affirme l'agence, ajoutant qu'une autre femme, employée locale de l'ambassade de France, figure également dans le box des accusés.

L'agence présente l'employée de l'ambassade uniquement sous le nom de Ashfar.

Une centaine de modérés ont commencé à être jugés depuis une semaine à Téhéran, pour des faits passibles de la peine de mort. La procédure a été dénoncée par l'ancien président Mohammad Khatami et par l'opposant Mirhossein Moussavi. Les audiences étaient interdites à tous les organes de presse hormis aux médias officiels.

(AFP)



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Les opposants iraniens maîtres de la désobéissance civile


Pour que la vague verte ne meure pas, les opposants rivalisent d'ingéniosité et de courage afin de défier Ahmadinejad et témoigner.

Sur la petite circulaire, distribuée via Internet, les consignes avaient été données noir sur blanc. « L'important, c'est d'éviter la violence», insistait le document assorti de l'itinéraire à emprunter pour manifester, mercredi matin, devant le Parlement, contre le «président illégitime de l'Iran». Au final : un petit millier de personnes, rapidement éparpillées par les forces de l'ordre. «C'est rien, mais c'est beaucoup à la fois car ce qui compte, c'est de rester en vie, pour pouvoir se mobiliser à nouveau le lendemain», remarque Amir Ali, un habitant de Téhéran, en faisant référence aux autres formes alternatives de désobéissance civile qui se multiplient, en parallèle, en Iran : concerts de klaxons, sit-in dans les universités, petits rassemblements pour commémorer les «martyrs» de la répression, en s'affichant, parfois à la nuit tombée, avec un ruban vert (la couleur de l'opposition) autour du poignet…

Depuis le début de la contestation du scrutin du 12 juin, cet ingénieur ne rate aucun rassemblement anti-Ahmadinejad. Il s'est pris des coups de matraques. Le fils de son voisin est mort, tué par balle. Un de ses meilleurs amis a reçu des menaces téléphoniques. Et pourtant, il fait partie de ceux qui continuent, aussi, tous les soirs, à crier «Mort au dictateur !», en montant sur le toit de son immeuble.

Vue de l'étranger, la contestation semble morte. Elle est devenue invisible, voire impalpable, à cause de la censure qui pèse sur les photographes iraniens - deux d'entre eux sont actuellement derrière les barreaux pour avoir vendu leurs images à des agences de presse étrangères. Les derniers rares correspondants de médias occidentaux sur place n'ont, officiellement, pas le droit de couvrir ces divers rassemblements. Mais, sur Internet, le tableau qu'offrent les manifestants eux-mêmes est beaucoup plus parlant. Chaque jour, des dizaines de vidéos prises sur le vif, lors de petits rassemblements sporadiques - y compris en province - donnent à entendre et à voir un mouvement que les autorités s'efforcent d'étouffer.

Reporters en herbe

Soucieux d'éthique, et pour éviter le bidonnage, ce nouveau journalisme citoyen s'impose d'ailleurs des règles bien précises : l'image démarre souvent avec un plan serré sur la plaque d'une avenue - pour identifier le lieu - ou sur la couverture d'un journal iranien - pour préciser la date. Par peur d'être arrêtés, les reporters en herbe ont également appris à camoufler leurs téléphones portables - équipés de caméras - dans de petites bouteilles d'eau ou dans leurs manches de chemise. La blogosphère iranienne recèle, aussi, des consignes en tout genre pour «défier» les autorités : éviter de toujours dormir sous le même toit, changer régulièrement d'adresse e-mail en utilisant des pseudonymes, éteindre son téléphone portable durant les manifestations - Nokia étant soupçonné d'avoir vendu un système de surveillance aux autorités iraniennes. Un petit film dernièrement posté sur Facebook offrait même à ses spectateurs quelques cours rudimentaires de karaté, histoire de se préparer aux coups de bâtons des policiers…

Comparée aux émeutes étudiantes de 1999, rapidement réprimées au bout de quelques jours, cette «vague verte» surprend aujourd'hui les observateurs par sa durée. «C'est un mouvement inédit que le régime aura du mal à faire taire. Cette fois-ci, on y trouve de tout : féministes, étudiants, ouvriers, clercs de la ville sainte de Qom», remarque Ali Reza Nader, chercheur à la Rand Corporation. Selon lui, l'incarcération de figures charismatiques de cette contestation, telle que Mir Hossein Moussavi, ne ferait, d'ailleurs, que renforcer la grogne. «Certains ont pensé qu'en arrêtant des gens qu'ils pensent être les meneurs de la protestation, la question serait réglée. Mais le fait est que le mouvement a continué dans le pays et a démontré que les arrestations seront sans effet», prévient Moussavi, en personne, dans un nouveau communiqué posté, mercredi, sur son site Internet.



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jeudi 6 août 2009

Ahmadinejad, président à l’offensive



Iran. Prestation de serment à tonalité antioccidentale hier.
Par CHRISTOPHE AYAD

Un discours de combat. Fidèle à sa rhétorique de la confrontation et du défi, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a profité de sa prestation de serment pour fustiger les pays occidentaux, dont la plupart des dirigeants se sont abstenus de félicitations à cause de la fraude qui a entaché sa réélection le 12 juin et de la répression des manifestations qui ont suivi. «Nous résisterons face aux oppresseurs et nous continuerons d’agir pour changer les mécanismes discriminatoires dans le monde, au bénéfice de toutes les nations», a-t-il déclaré devant les ambassadeurs étrangers et les parlementaires iraniens.
Au complet. Jusqu’à hier matin, la participation des diplomates occidentaux à la cérémonie d’investiture était incertaine. Plutôt que de se diviser, les Européens ont décidé de venir au complet, laissant liberté aux pays d’adresser les félicitations d’usage. Or Washington (qui n’a pas d’ambassade en Iran mais dont les intérêts sont représentés par la Suisse), Berlin, Paris et Londres ont fait savoir qu’elles s’abstiendraient de saluer la réélection contestée d’Ahmadinejad. Ce dernier ne les a donc pas épargnées. «Ils [les pays occidentaux, ndlr] ont dit qu’ils reconnaissaient l’élection mais qu’ils n’enverraient pas de messages de félicitations. Cela signifie qu’ils veulent la démocratie seulement pour leurs propres intérêts et ne respectent pas les droits des peuples. Sachez qu’en Iran, personne n’attend vos messages de félicitations.»

Si les diplomates étaient au rendez-vous, les bancs du Parlement ont laissé apparaître de sérieux trous. Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, ex-président et numéro 2 du régime après le Guide suprême, Ali Khamenei, n’était pas là, tout comme l’ancien président réformateur Ali Khatami. Les deux candidats malheureux à la présidentielle, l’ex-président du Parlement Mehdi Karoubi, ainsi que l’ex-Premier ministre Mir Hossein Moussavi, chef de file de la contestation, ont aussi boycotté la cérémonie. Tout comme une soixantaine de députés réformateurs, sur 290 élus.

Pendant qu’Ahmadinejad discourait, la police antiémeute, aidée des milices bassidj, a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs centaines de manifestants et procédé à des arrestations. En fin de journée, craignant d’autres défilés, un important dispositif policier a été déployé à Téhéran.

«Sans effet»
. Deux journalistes proches du candidat Moussavi ont été arrêtés, a-t-on aussi appris hier. Il s’agit de Mir Hamid Hassanzadeh et de Reza Nourbakhch. Moussavi a réaffirmé sur son site, Ghalamnews, que la contestation se poursuivrait : «Certains ont cru qu’en arrêtant des gens qu’ils pensent être les meneurs de la protestation, la question sera réglée. Mais le fait est que le mouvement a continué dans le pays et a démontré que les arrestations seront sans effet.» Le procès d’une centaine de manifestants et responsables réformateurs, violemment qualifié de «procès pour l’exemple» à la Staline par l’ayatollah dissident Montazeri, doit reprendre samedi. Quant à Ahmadinejad, il a deux semaines pour présenter un nouveau gouvernement.



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Washington promet à Israël d'infliger des sanctions à l'Iran en cas de refus de dialogue

Robert Gates, le 14 novembre 2008, au Pentagone

Après la carotte, le bâton. C'est peu dire que la politique de la main tendue de Barack Obama envers l'Iran avait été peu appréciée par des dirigeants israéliens persuadés de son inanité. Le gouvernement de Benjamin Nétanyahou a salué le nouveau message, plus ferme, que sont venus lui présenter, il y a quelques jours, les principaux conseillers du président américain.


Robert Gates, secrétaire à la défense, et le général Jim Jones, conseiller pour la sécurité nationale du chef de la Maison Blanche, ont indiqué que si Téhéran ne répond pas à l'offre de dialogue de Washington d'ici à la fin septembre, au moment où se tiendra l'Assemblée générale des Nations unies, et persiste à poursuivre son programme nucléaire soupçonne de contenir un volet militaire, les Etats-Unis prendront l'initiative de réunir une coalition internationale pour imposer des sanctions beaucoup plus drastiques à l'Iran.

Au premier rang de celles-ci figure un dispositif pour empêcher Téhéran d'importer de l'essence. S'il peut paraître paradoxal de tabler sur la dépendance pétrolière d'un pays qui détient les deuxièmes réserves mondiales de pétrole, la réalité est plus complexe : l'Iran consomme un demi-million de barils de produits pétroliers par jour, dont 40 % sont importés, en raison de la vétusté des installations de raffinage.

Le prix à la pompe est l'un des plus bas du monde, mais un blocus sur l'essence importée par Téhéran pourrait avoir des conséquences sociales et politiques. Dans un pays en proie à un climat post-électoral délétère, le pouvoir peut d'autant moins se risquer à infliger à la population un possible renchérissement du coût de la vie. Si personne, à Washington, ne s'est exprimé officiellement à ce sujet, certains experts proches du Parti républicain tablent sur une révolte de la "rue iranienne" que ne manquerait pas, selon eux, de provoquer une pénurie d'essence.

Ce n'est pas la seule mesure envisagée. Selon le quotidien Haaretz, les représentants de M. Obama ont indiqué qu'ils réfléchissaient à une interdiction d'assurer les contrats commerciaux conclus avec l'Iran.

CONSULTATIONS

Ultérieurement, une interdiction pour les avions iraniens d'atterrir sur les aéroports occidentaux, et pour les navires de faire escale dans les ports occidentaux, pourraient être appliquées. Haaretz indique que les Etats-Unis étudient enfin la possibilité de confier à l'un de leurs sous-marins nucléaires la mission de "cibler" en permanence l'Iran si Téhéran annonce son intention de franchir le pas de l'armement nucléaire.

L'ensemble de ce dispositif va dans le sens de ce que souhaitaient les responsables israéliens. En échange, Washington leur a demandé de mettre une sourdine à leur rhétorique guerrière, c'est-à-dire aux menaces de moins en moins voilées de se livrer à des frappes préventives contre les installations nucléaires iraniennes..

D'un côté comme de l'autre, on rappelle que "toutes les options sont sur la table", une façon de confirmer que les frappes militaires ne sont pas exclues, notamment de la part d'Israël. Les avions de combat israéliens ont récemment participé à l'exercice allié "Red flag" (Drapeau rouge) organisé à partir de la base de Nellis, au Nevada. Au programme, il y avait un exercice de ravitaillement en vol des F-16 de Tsahal, l'armée israélienne, une facilité qui serait bien utile pour une opération de bombardement des sites nucléaires iraniens.

Reste que cette escalade rhétorique de Washington est largement théorique. La possibilité de réunir une coalition internationale sur un catalogue de sanctions qui entraînerait inéluctablement une riposte de l'Iran (la perspective d'un blocage du détroit d'Hormuz par où transitent beaucoup de navires pétroliers, a de quoi inquiéter les pays occidentaux), est aléatoire, comme l'a montré le récent sommet du G-8 à L'Aquila (Italie).

Il est peu probable que la Russie et la Chine emboîtent le pas aux États-Unis, ce qui signifie que de nouvelles sanctions devraient intervenir sans le blanc-seing du Conseil de sécurité des Nations unies. Washington poursuit cependant des consultations à ce sujet avec ses principaux partenaires sur le dossier iranien, tels la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

Tout en prêchant à Israël la modération, les Etats-Unis ne sont pas mécontents de la stratégie de la tension menée par Tel-Aviv, espérant ainsi amener Téhéran à composer. Israël de son côté ne se fait pas d'illusions sur les chances américaines d'aboutir à un compromis. Il y a du bluff de part et d'autre dans cette épreuve de force avec Téhéran. Mais une quasi-certitude : jusqu'à présent, les sanctions ont plutôt fortifié la détermination de l'Iran dans sa fuite en avant nucléaire.

Laurent Zecchini




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Khomeyni, la théocratie populaire

A Téhéran, cérémonie en hommage à l'ayatollah Khomeyni qui, début 1979, rentrait d'exil et jetait les bases de ce qui allait devenir la République islamique d'Iran.

Avant même le lever du jour, ce jeudi 1er février 1979, à l'aéroport de Mehrabad à Téhéran, la foule était immense. A la mesure de l'espoir des millions d'Iraniens qui ont participé au succès de la révolution.

Ces scènes de délire, cet enthousiasme presque mystique pour Ruhollah Khomeyni, vieil ayatollah hiératique qui descendait de l'avion d'Air France, après quinze ans d'exil en Irak et quelques semaines à Neauphle-le-Château (Yvelines), mettaient un point final à la dynastie des Pahlavi, créée à la cosaque par Reza Chah en 1925.

Depuis Assouan (Egypte), où il s'était réfugié après avoir abandonné les rênes du pouvoir à Téhéran, qu'il avait tenues si longtemps d'une main de fer, un homme malade et brisé a peut-être regardé ces images : Mohammed Reza Pahlavi, fils de Reza Chah. Celui qui s'était fait proclamer "shahinchah Aryamer" ("roi des rois, lumière des Aryens") et que ses "tuteurs" américains, qui l'avaient définitivement assis sur le trône par un coup d'Etat de la CIA en 1953 contre son premier ministre nationaliste Mossadegh, avaient plus prosaïquement bombardé "gendarme du Golfe".

La journée était assurément historique. La République islamique, proclamée par Khomeyni, allait très vite subordonner les principes d'une république à ceux d'une théocratie, avec des aspirations de justice sociale et des contraintes de loi islamique (charia) scellées dans le sang. Trente ans après, le régime des mollahs est toujours là. A chaque soubresaut, le sursaut de ce nationalisme profond, si ancré chez les Iraniens, lui a permis d'aller de l'avant.

Il y avait d'abord eu ce que l'ayatollah Khomeyni appellera la "deuxième révolution" : la prise de l'ambassade américaine par un groupe d'étudiants. Cette crise des otages durera 444 jours, et contribuera à mettre l'Iran au ban des nations. Lorsqu'en septembre 1980 les troupes irakiennes envahiront la région pétrolifère du Khouzistan, les Américains et les Français, entre autres, se rangeront du côté de l'Irak. La guerre durera huit ans, fera un million de morts et assoira le pouvoir des gardiens de la révolution, cette armée idéologique qui, avec les milices des bassidji, ont été les héros du front, avant de devenir plus tard des lobbies qui "corsetteront" le pouvoir.

Pour l'Iran viendra le temps de la reconstruction, des règlements de comptes (massacre d'opposants en prison), et, bientôt, d'un changement de Guide suprême. A la mort de Khomeyni en 1989, l'homme fort du régime, Hachémi Rafsandjani, fait désigner à sa place Ali Khamenei, religieux de rang intermédiaire à l'origine, qui va tisser son propre réseau de pouvoir dans un Iran de plus en plus clientéliste.

Une quasi-théocratie

L'élection triomphale du réformateur Mohammad Khatami à la présidence de la République en 1997 sera-t-elle annonciatrice du printemps de Téhéran tant attendu ? L'ouverture est indéniable. La pression se relâche un peu sur les femmes, les intellectuels, les jeunes, qui sont la majorité désormais de la population. Les livres et les journaux fleurissent. Le président parle du dialogue des civilisations, fait entrevoir une détente. Mais la guérilla des fondamentalistes enraye tout progrès : une série d'assassinats politiques, à l'automne 1998, des révoltes étudiantes réprimées en 1999 font vite voir ce que sont les pouvoirs d'un président dans une quasi-théocratie.

L'arrivée du populiste Mahmoud Ahmadinejad à la présidence en 2005 marque un tournant : c'est la fuite en arrière, la radicalisation à outrance. Cet homme simple, issu des milices islamiques et croyant illuminé, qui veut "apporter l'argent du pétrole à la table de chaque Iranien pauvre", dilapide les fonds de réserve dans ses tournées incessantes en province, accentuant l'inflation (25 %) et le chômage. Ses diatribes contre Israël "qui doit disparaître de la carte" accroissent l'isolement du pays. Trois séries de sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU, en raison du programme nucléaire iranien contesté et soupçonné de comporter un volet militaire, feront le reste. L'Iran est à nouveau au ban des nations.

Le 12 juin 2009 les Iraniens se sont rendus aux urnes avec empressement. Pour mieux déchanter le lendemain. Tandis que le gouvernement affirmait la réélection de M. Ahmadinejad dans une ambiance de coup d'Etat, des centaines de milliers de manifestants défilaient dans les rues. Souvent derrière la bannière verte de l'ex-premier ministre Mir Hossein Moussavi. Ce candidat malheureux à l'élection, soutenu par les réformateurs, crie à la fraude et fait vite figure de chef de l'opposition. Durement réprimées (une quarantaine de morts), les manifestations cèdent la place à une répression féroce (2 000 arrestations).

M. Ahmadinejad et les fondamentalistes, appuyés sur les miliciens islamistes, tenteraient-ils une "troisième révolution" visant à instaurer un pur gouvernement islamique, comme pour célébrer les trente ans de l'arrivée au pouvoir de Khomeyni ? En cet été 2009, la question est posée.

Marie-Claude Decamps



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mercredi 5 août 2009

Ahmadinejad, isolé, prête serment

Le président Mahmoud Ahmadinejad prête serment, à côté du chef du pouvoir judiciaire , l'Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahrudi. Crédits photo : AFP

Mahmoud Ahmadinejad a promis que ce nouveau mandat de quatre ans serait «le début de changements importants en Iran et dans le monde». Devant le Parlement, une manifestation a été dispersée.

«L'épopée de l'élection présidentielle du 12 juin est le début de changements importants en Iran et dans le monde». C'est avec ces mots que le président iranien a prêté serment mercredi, devant le Parlement. «Nous résisterons face aux pays oppresseurs et nous allons continuer à agir pour changer les mécanismes discriminatoires dans le monde, au bénéfice de toutes les nations». Mahmoud Ahmadinejad entame ainsi un second mandat très contesté, qui pourrait lui rendre la tâche difficile pour les quatre années à venir.

Le président iranien, dont la réélection n'a toujours pas été reconnue par l'opposition, sait qu'il peut compter sur l'appui du guide suprême, l'ayatollah Khamenei, numéro un du régime. Lundi, ce dernier lui a renouvelé son soutien, en validant officiellement sa réélection. «Pourtant, le président n'a jamais été aussi isolé sur la scène politique», prévient Ali Reza Nader, chercheur à la Rand Corporation, un think-tank basé à Washington.

Signe d'un mouvement de contestation qui refuse de s'essouffler et qui persiste à dénoncer le trucage des dernières élections, de grandes figures du courant réformiste - parmi lesquelles les ex-présidents Khatami et Rafsandjani - ont sciemment boudé la cérémonie le confirmant à son poste. Le soir même, des milliers d'Iraniens sont montés symboliquement sur leur toit pour crier «Mort au dictateur !».

«Déterminés à empoisonner la vie du futur gouvernement»

Mercredi matin, la police anti-émeute et les miliciens islamistes ont dispersé plusieurs centaines de manifestants de l'opposition qui tentaient de se rassembler devant le Parlement. «Notre mouvement est déterminé à empoisonner la vie du futur gouvernement, dans les jours, les mois et les années à venir», prévient un courriel qui fait actuellement le tour d'Internet et qui se revendique de la «vague verte», en référence à l'opposition qui se cristallise autour de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les deux rivaux réformistes d'Ahmadinejad lors du scrutin du 12 juin dernier. Sur la blogosphère, oùs'activent les protestataires, Ahmadinejad écope désormais du titre de «président imposé d'Iran». Malgré de sévères mises en garde, le quotidien réformiste Etemad-e Melli parle, lui, de «gouvernement issu d'un coup d'État». Interdite d'accès au procès controversé d'une centaine d'opposants, qui a commencé samedi et qui doit reprendre jeudi, la presse libérale s'est rattrapée, ces derniers jours, en relayant différents messages condamnant «l'extorsion d'aveux sous la contrainte».

Isolé, Mahmoud Ahmadinejad l'est également dans son propre clan, celui des fondamentalistes. Certains de ses alliés traditionnels lui reprochent, par exemple, d'avoir tardé à se défaire de son vice-président Esfandiar Rahim Mashaie, comme lui avait pourtant demandé Khamenei. Le limogeage de son ministre des Renseignements - qui s'était discrètement opposé aux fameux «aveux» - et celui de son ministre de la Culture ont également révélé au grand jour d'importantes dissensions internes. Ces fissures qui traversent la faction la plus dure du régime laissent présager des discussions houleuses au moment de la composition du futur gouvernement iranien. Les ministres choisis par Ahmadinejad devront être validés par les députés iraniens, majoritairement conservateurs, mais de plus en plus critiques à l'égard du président. Le défi international s'annonce lui aussi difficile à relever. Mardi, la France a fait savoir qu'elle n'adresserait pas les félicitations d'usage. La chancelière allemande et le président américain ont adopté la même attitude, même si la Maison-Blanche a reconnu mardi qu'Ahmadinejad était bien le président «élu» d'Iran.



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Ahmadinejad prête serment, des opposants dispersés

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a prêté serment mercredi et promis devant le Parlement que son nouveau mandat serait «le début de changements importants en Iran et dans le monde».

A l’extérieur du Parlement, la police a dispersé plusieurs centaines d’opposants qui tentaient de se rassembler et «qui scandaient des slogans contre Mahmoud Ahmadinejad», selon un témoin.

«Nous résisterons face aux (pays) oppresseurs et nous allons continuer à agir pour changer les mécanismes discriminatoires dans le monde, au bénéfice de toutes les nations», a ajouté Mahmoud Ahmadinejad. «Ils (les pays occidentaux) ont dit qu’ils reconnaissent les élections mais qu’ils n’enverraient pas de message de félicitations. Cela signifie qu’ils veulent la démocratie seulement pour leurs propres intérêts et ne respectent pas les droits des peuples», a-t-il estimé. «Sachez qu’en Iran, personne n’attend vos messages de félicitations», a-t-il lancé.

La séance du parlement a été présidée par son président Ali Larijani. «Certains gouvernements occidentaux se sont ridiculisés par leur comportement précipité et les Iraniens, unis et d’une seule voix, répondront le moment venu à leurs calomnies», a-t-il déclaré dans son discours.

L’ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, qui préside deux institutions clés du pouvoir, le Conseil de discernement et l’Assemblée des experts, n’a pas assisté à la cérémonie, selon un journaliste de l’AFP. Les sièges de la salle n’étaient pas tous occupés, selon des images diffusés par la télévision. La cérémonie a commencé par la récitation de verset du Coran.

Depuis le 12 juin et la réélection du président dès le premier tour avec près de 63% des voix, l’Iran est plongé dans sa plus grave crise politique depuis l’instauration de la République islamique en 1979, avec des manifestations monstres. Une trentaine de personnes ont été tuées, environ 2.000 ont été arrêtées et plus d’une centaine sont jugées par le tribunal révolutionnaire de Téhéran.

Le président ultraconservateur disposera après l’investiture de deux semaines pour présenter les membres de son nouveau gouvernement aux députés en vue d’obtenir un vote de confiance.

Alors que les leaders de l’opposition Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi réclament toujours l’annulation de l’élection pour fraude, le chef du pouvoir judiciaire, l’ayatollah Mahmoud Hachemi Chahroudi, a appelé mardi à l’unité.

Le journal d’opposition Etemad Melli avait laissé entendre mardi que l’opposition pourrait ne pas prendre part à la prestation de serment.

(Source AFP)



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